Accueil > Groupes AJCF locaux > PACA > Aix-en-Provence > Archives > Névé Shalom – Wähat as-Salam « Oasis de Paix »

Névé Shalom – Wähat as-Salam « Oasis de Paix »

Le 19 mai 2015, l’AJC d’Aix-en-Provence recevait avec bonheur Dominique Nodet et Nicolas Brecher, respectivement président et vice-président des « Amis Français de Neve Shalom - Wāħat as-Salām ». Il s’agissait de nous faire découvrir ce qui se vit dans le village israélien de Neve Shalom - Wāħat as-Salām.

Neve Shalom (en hébreu : נווה שלום - Neve Shalom ; en arabe : واحة السلام - Wāħat as-Salām) qui tire son nom du Livre d’Isaïe (32, 18) : « Mon peuple habitera une oasis de paix... » se trouve en plein cœur d’Israël à égale distance (30 km) de Jérusalem, Tel Aviv et Ramallah. Il est situé sur une colline en bordure de la vallée d’Ayalon qui fut, depuis les temps anciens jusqu’à nos jours, le théâtre de nombreuses guerres. Cette colline, située dans l’ancien « no man’s land » démilitarisé avant 1967, n’avait été ni habitée ni cultivée depuis l’époque byzantine. C’est un dominicain, le frère Bruno Hussar, d’origine juive né en Égypte, qui rêve puis fonde le village en 1970 sur un terrain de 40 hectares loué au monastère voisin de Latroun(1).

Les pionniers ont commencé à vivre ici l’été 1972, dans des baraquements sans eau ni électricité. Après des années très dures, les premières familles arabes et juives s’installent à partir de 1977. Elles ont choisi de vivre ensemble dans l’égalité et l’amitié, convaincues que leurs différences, loin d’être causes de conflits, peuvent être, au contraire, sources d’enrichissement. Enclave pacifique, Neve Shalom propose à ses habitants juifs et palestiniens (comme ils se nomment eux-mêmes) mais tous citoyens de l’État d’Israël de sortir du conflit qui déchire la Terre sainte depuis des décennies, en appliquant littéralement le principe du vivre ensemble, en développant une communauté sociale, culturelle et politique, fondée sur l’acceptation mutuelle, le respect et la coopération dans la vie quotidienne. La langue officielle est l’hébreu, mais chacun respecte sa propre identité nationale, culturelle et religieuse et reconnaît celle de l’autre(2).

Neve Shalom est une utopie contemporaine vécue : « Nous refusons d’être ennemis » rappelle Evi Guggenheim Shbeta, l’une des porte-paroles de la communauté. Mais loin des comportements angéliques illusoires : « Nous discutons, et oui, il nous arrive de crier aussi notre désaccord, mais nous retrouvons toujours la voix du dialogue pacifique pour résoudre nos conflits » dit-elle encore. « Pacifistes actifs », les habitants de Neve Shalom ont souvent constaté que dans la présentation des conflits dans les médias, la télévision en particulier, le parti pris unilatéral d’une des parties comme de l’autre est flagrant, terrifiant. Chacun se sert de l’écran pour recruter les opinions pour la guerre. Et Evi Guggenheim Shbeta de questionner : « Quand comprendra-t-on enfin que jamais la violence n’a résolu aucun problème ? Que la violence ne fait que provoquer la violence ? […] Combien de temps va-t-on continuer d’investir des milliards dans la machinerie de guerre si insensés plutôt que dans l’éducation de la paix ? » Mais elle ajoute, témoin d’espérance : « Nous avons toujours pu constater que la disponibilité au dialogue authentique naît souvent d’une situation apparemment sans issue. »(2)

Village coopératif entre Juifs et Arabes, Neve Shalom fonctionne sur le mode démocratique : deux comités se réunissent plusieurs fois par mois pour organiser la vie du village : l’« Amouta », chargée des différentes institutions éducatives, et l’« Agouda », qui fait office de mairie. Pour l’heure 60 familles vivent à Neve Shalom et 90 nouvelles familles devraient s’installer dans les prochaines années. Puis l’expansion devra s’arrêter faute de place : chaque famille recevant un terrain de 500 m2, sur lequel elle construit sa maison. Mais la renommée du village fait que la liste des postulants est longue. Pour être accepté, il ne s’agit cependant nullement d’être militant mais de partager des idéaux et au moins une conviction : que les citoyens arabes (un Israélien sur cinq) devraient être les égaux des juifs dans ce pays. On demande aussi aux habitants une certaine stabilité financière pour ne pas ajouter une difficulté au projet, ce qui limite tout de même l’accès à des familles de milieux aisés (médecins, psychologues, architectes, professeurs…). Enfin il y a aussi un vrai souci de parité dans les emplois du village : autant de femmes que d’hommes, autant de Juifs que d’Arabes, autant d’habitants du village que de gens venus de l’extérieur(3). Les emplois offerts par le village, outre sa gestion, concernent essentiellement l’accueil des touristes et l’hôtellerie, le village recevant quelques 10 000 visiteurs par an.

Neve Shalom n’a pas vocation à rester un symbole, ni un îlot autarcique de paix dans une zone tourmentée. Le but : établir des ponts entre Israël et la Palestine. À cet égard, le village, avec l’aide du réseau de soutien, dont l’association de nos conférenciers, a récemment offert aux hôpitaux de Gaza de nouveaux équipements(3). Mais ce n’est pas facile, car pour Ahmad Hijazi, directeur du développement de cette communauté, « Chaque fois que nous faisons des propositions, nous sommes accusés d’être une cinquième colonne, de vouloir saper les fondements de l’État ».(4)

Pour le rayonnement de ses idées, le village s’appuie sur ses trois institutions éducatives : l’école primaire, l’école pour la Paix, le centre spirituel pluraliste. L’éducation a été depuis les débuts l’une des finalités de Neve Shalom, dès les premières naissances dans le village s’est imposée l’idée de la création d’un cadre éducatif conforme à l’idéal de la communauté. La première réalisation : la crèche binationale, suivie plus tard du jardin d’enfants et de l’école. Cette école est vraiment le « poumon éducatif du village de la paix » ; elle a été la première en Israël à dispenser un enseignement bilingue, biculturel et laïque. Jusqu’à 13 ans, les enfants juifs et palestiniens y sont éduqués dans la compréhension de leurs différences, « pour les rendre capables de la paix dont nous avons nous-mêmes été incapables », selon le vœu de Bruno Hussar. Soulignons que l’enseignement de l’histoire se fait sous la double approche juive et palestinienne. L’école en a inspiré quatre autres dans le pays, et 90 % de ses élèves actuels ne viennent pas du village mais des environs(3). Et tandis que le village lui-même, du fait du système de cooptation de ses habitants, n’est pas représentatif de la réalité sociologique du pays, l’école au contraire avec ses 250 enfants issus en majorité des villages environnants est bien, elle, représentative d’un panel sociologique complet. L’association française de nos conférenciers soutient en priorité cette école en proposant un système de parrainage par classe.

Quant à l’école pour la Paix, elle promeut, sous forme de séminaires de quelques jours, la connaissance, la compréhension et le dialogue entre groupes antagonistes. La résolution de conflits, la pédagogie pour la paix sont enseignées aux jeunes comme aux adultes de tous horizons, de tous lieux où la coexistence pose problème. Bien que ce travail soit devenu plus difficile depuis la seconde intifada, quelques 60 000 personnes sont passées par l’école de la paix. Ce sont des « facilitateurs » dont de nombreux journalistes qui ont été formés à Neve Shalom et œuvrent désormais dans des organismes pour la paix en particulier en Israël et en Palestine(3).

Pas question non plus d’occulter la dimension religieuse bien que beaucoup de ses habitants soient athées ou agnostiques, ni de jouer au syncrétisme. Un « centre spirituel pluraliste » propose des enseignements ouverts sur toutes les religions et sert de salle polyvalente. Et la doumia, demi-sphère blanche surplombant la vallée, posée en contrebas du village, offre à chacun un lieu de silence où se recueillir ou prier. Chacun demeure qui il est, gardant son identité propre. L’objectif du village : vivre ensemble, « ou plutôt », comme dit l’une des pionnières fondatrices Anne le Meignen, citée par Mélinée Le Priol (la Croix) : « celui d’être heureux ensemble. »(3)

Références :
- 1 article du journal « Horizons et débats »
- 2 site internet Neve Shalom
- 3 article de La Croix du 29 décembre 2014 par Mélinée Le Priol
- 4 wikipédia consultation du 27 avril 2015

Documentation
- « Le Mariage de la Paix : Au cœur du conflit, une Juive et un Palestinien dans le village de la tolérance », de Evi Guggenheim Shbeta, Eyas Shbeta (ed. Michel Lafon) 2004
- Vidéocassette des deux émissions « La Source de Vie » de Josy Eisenberg (fév. 2003).
- « Shalom Bruno », recueil de témoignages en mémoire de Bruno (français et anglais), édité en 1996/97 par les Amis Italiens à la demande du Village.
- « Living with the conflict », film de présentation réalisé par le Village en 1996, en français.
- « Quand la Nuée se levait », Bruno HUSSAR, Editions du Cerf, 1988, 130 p.

Pour connaître le travail de l’association française
Les Amis Français de Nevé Shalom / Wahat As-Salam,
Secrétariat,
37 rue de Turenne 75003 Paris
Tél./fax : 01 42 71 46 32
amis.francais@nswas.info
Facebook : https://www.facebook.com/oasisdepaix

BA 22 mai 2015