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Messianisme

Le messianisme est lié à la notion juive du progrès : l’Histoire a un sens, elle correspond à un projet. « Au commencement » conduit vers un aboutissement, la Création étant bonne... mais inachevée. Le messianisme juif est donc une affirmation optimiste de la réussite, in fine, de l’humanité.

Aux confins de la politique et de l’eschatologie (attente d’une restauration nationale et de la libération universelle), le messianisme est une tension vécue entre le « déjà là » et le « pas encore », et, pour le Judaïsme, une évidence immanente, quotidienne, empirique. Ce n’est que sous la pression missionnaire du Christianisme que le Judaïsme a dû construire cette évidence vécue en système, aux fins d’argumentation.

Difficile à enfermer dans une définition en effet, le messianisme est-il attente d’un homme, d’une hypostase, ou d’une ère ? Événement politique ou parachèvement de la condition humaine ? Accomplissement du pro­jet de la Création ou signe de son échec ? Dû à la volonté divine ou à l’effort humain ? Une attente passive ou une construction ?
Pour le Judaïsme qui fait, au fil de !’Histoire, l’expérience de la non-rédemption du monde, le salut passe, pour commencer, par l’assomption de ce monde dans le cadre de l’Alliance, c’est-à-dire des mitsvot. De même, le surgissement de faux messies explique que le messianisme juif reste une espérance.

A.-M. D.


Du point de vue juif on peut appeler messianisme l’ensemble complexe et varié des croyances, convictions ou opinions du peuple juif, selon lesquelles le monde va vers un avenir de paix, de justice et de bonheur, vers un temps lié à la venue d’un messie personnel issu du peuple juif, ou à l’instauration d’une société humaine liée au peuple juif et inspirée par son action. Le messianisme, ainsi connu et enseigné par les juifs, imprègne le peuple et chacun de ses membres d’une conscience, d’un rôle à jouer, d’une responsabilité à assumer en vue de l’avenir. Une telle conscience peut être appelée messianité.

Du point de vue chrétien, la foi en Jésus-Christ, c’est-à-dire en Jésus-Messie, Messie des juifs, ressuscité, vainqueur de la mort, Sauveur du monde, amène à enseigner que le temps messianique, ‘les jours du Messie’, a réellement commencé. Cet enseignement n’est pas reçu par les juifs qui n’acceptent pas le témoignage des chrétiens sur la Résurrection de Jésus.
Cette divergence entre juifs et chrétiens est fondamentale alors que la discussion sur les critères du début de l’ère messianique reste possible. En effet, certains maîtres en Israël, comme les chrétiens, pensent que le temps messianique n’amène pas nécessairement, en son début, ni la fin des guerres, de l’injustice et de la souffrance, ni la disparition du mal et du malheur.

La grande diversité des opinions et croyances parmi les juifs et les chrétiens, parmi les juifs croyants et non croyants, pratiquants et non pratiquants, conduit à privilégier comme repères les enseignements que donnent la prière synagogale d’Israël, instituée et obligatoire, et la liturgie des Églises chrétiennes. C’est en effet la prière qui constitue la base reconnue et autorisée par rapport à laquelle les communautés et les personnes peuvent interpréter, discuter et diverger.

S’il n’y a pas de doute, chez les chrétiens, sur l’identité du Messie, sur Jésus, Fils de David, il y a, chez les juifs, une grande diversité d’opinions sur le caractère personnel du Messie, Fils de David, Fils de Joseph, sur qui peut être ou a pu être le Messie.

La prière synagogale, demande et annonce la venue d’un Rédempteur, du ‘Rejeton de David’, liée à la reconstruction du Temple. Elle demande que soit développée la force du salut qui se manifeste avec ce Rejeton descendant de David. Une telle espérance nourrit directement ou indirectement la messianité de nombreux juifs et chrétiens engagés dans la lutte contre l’injustice, la maladie, la souffrance, la pauvreté.

Quelques lectures :
Point de vue juif :
- Ephraïm E. Urbach, Les Sages d’Israël, Cerf-Verdier, Lagrasse-Paris, 1996, Chap. XII, La Rédemption.
- David Banon, Le messianisme, Que sais-je ?, N° 3377, P.U.F., Paris, 1998
Point de vue chrétien :
- Catéchisme de l’Eglise Catholique, voir Index : Messianisme, Messie
- La question du Messianisme, Sens 9/10-2006