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Après la conférence ICCJ 2013 à Aix-en-Provence : quelques réactions de participants

Nous avons demandé à quelques participants de nous livrer leurs impressions, et plutôt qu’un compte-rendu de plus, de mettre en relief ce qu’ils en ont retenu, ce qui les a particulièrement marqués.

Mise à jour 19 aout 2013 avec un témoignage de plus.
Nous avons reçu pour le moment 6 témoignages de personnes d’origines différentes, 2 juives et 4 catholiques, présentés dans l’ordre de réception : merci à eux pour leur contribution. Nous en espérons quelques autres et cet article sera complété quand nous les recevrons.


La conférence annuelle du conseil international des Chrétiens et Juifs est toujours un moment fort dans l’année.
Les choix des lieux de rencontre sont variés, Cracovie , Manchester, Melbourne... Il y a toujours une raison. Cette fois, à Aix-en-Provence nous étions réunis dans la ville de Jules Isaac, un des pères fondateurs de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France.
De plus, le soleil de Provence nous a accompagnés.

Les conférences, les ateliers variés étaient tous de haut niveau.
Je crois que la visite au Camp des Milles et la rencontre avec le Père Patrick Desbois va longtemps rester dans ma mémoire.
Son discours m’a fortement impressionnée. Je connaissais son travail de recherche en Ukraine. Son acharnement à faire parler les derniers témoins des exécutions des Juifs dans les villages est impressionnant.
La façon dont il nous a décrit ses recherches, ses démarches qui lui ont pris beaucoup d’années, avant d’obtenir des résultats est remarquable.
La préservation du camp des Milles en Europe occidentale est à mon sens un maillon important dans la mémoire de la Shoa.

Nadine Iarchy , Belgique, Juive, Vice-présidente du Conseil International des femmes juives

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Je dois d’abord dire que le thème « La laïcité : une chance ou un défi pour les religions ? En France et dans le monde ? », a été de la part de l’ICCJ un choix judicieux. Ce choix nous a permis de revisiter le thème du dialogue inter-religieux en prenant comme point d’appui, tantôt la laïcité, tantôt la modernité, tantôt la sécularisation. C’est là que la figure et la présence de Jules Isaac à travers son œuvre et sa personnalité ont aussi coloré la teneur de nos débats.

Je retiens l’interpellation de Mgr Dagens poussant le croyant à dire non seulement ce qu’il croit mais aussi de pouvoir expliquer du dedans de lui même ses raisons de croire. Pour un chrétien cela n’est pas sans faire écho a ce qui est dit dans la première épître de St Pierre « Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1P 3,16).

Je cite Mgr Dagens : « Nous voilà donc appelés à être des croyants qui, dans des conditions nouvelles, exercent leurs responsabilités de citoyens, non pas en se repliant sur eux-mêmes, mais au contraire en s’intéressant à ce qui conditionne l’existence de tous.

De quelles façons pouvons-nous manifester ce souci des autres ? À cette question, je donnerai une double réponse :
- en osant dire à d’autres ce que nous croyons
- en manifestant ce qu’il y a de plus spécifique dans la tradition judéo-chrétienne : la connaissance de l’homme dans sa relation à Dieu.
 »

Se replier sur soi même ou se fondre dans le monde moderne sont les deux chemins décrits par le pasteur Bourquin. La modernité oblige le croyant malgré lui à prendre position soit pour l’intransigeance, soit pour l’assimilation.

Je cite Gilles Bourquin : « Quelles sont donc, pour conclure, les pistes qui s’offrent à nous ? Nos chemins se situent entre la dissolution postmoderne dans l’agnosticisme, d’un côté, qui revient à admettre que tout est vrai et faux à la fois, et les replis identitaires de type fondamentaliste, de l’autre, qui bétonnent la vérité dans un espace sécurisant mais clos, avec un risque non négligeable de générer de la violence contre ce qui est perçu comme étranger, impur et dangereux. »

La laïcité à sa façon permet aux gens de se rencontrer car la laïcité permet la liberté d’expression et la liberté de penser. La laïcité est alors une aide pour le dialogue inter-religieux.

Olivier Rota l’a rappelé dans les conclusions du colloque :
« Une unanimité cependant se dégage, dans l’appréciation de la laïcité comme un lieu d’opportunités qui permet d’une part aux religions d’assumer ce qu’il y a d’essentiel dans leur projet, et d’autre part aux religieux de définir ce qu’il y a d’essentiel dans leur tradition. »

Et avec le psalmiste je peux dire « Que ton nom est grand sur toute la terre  » Ps 8.

Pierre Girard , France, catholique, AJCF Val-de-Marne, délégué diocésain pour les relations avec le Judaïsme du diocèse de Créteil

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Le thème de la laïcité, cette laïcité si chère aux Français car elle permet la bonne entente même avec ceux qui n’ont pas de religion, a sans doute surpris nos amis anglo-saxons de l’ICCJ. Tous ne sont pas repartis avec une impression mauvaise de ce concept même si à l’arrivée une certaine méfiance les habitait.
C’est ce que je retiendrai de ces 4 jours de Conférence de l’ICCJ.
Mais il y eut aussi des échanges entre participants tout aussi fructueux et amicaux que ceux des ateliers et des communications. Cela aussi est à mettre au bilan positif de ces 4 jours.

Danielle Delmaire , France, catholique, AJCF (Comité directeur national et groupe de Lille)

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Impressions après le congrès d’Aix : une diversité féconde


Voici quelques premières impressions sur le chemin du retour d’Aix, impressions qu’il faudra bien sûr confirmer et approfondir après relecture des interventions et travaux en atelier.

Une diversité internationale et confessionnelle, bienfaisante, pour nous catholiques français qui, convaincus des valeurs de la laïcité made in France restons souvent « conditionnés » par cette particularité et n’osons pas toujours ouvrir en grand les fenêtres d’une réflexion à nouveaux frais sur ce thème majeur aujourd’hui.

Une diversité de positionnement dans le dialogue entre juifs et chrétiens. 
La célébration du cinquantième anniversaire de la disparation de Jules Isaac a permis de revisiter les origines du dialogue et de revivifier notre engagement dans le travail et la persévérance des pionniers.

La diversité générationnelle présente au Congrès était une richesse précieuse.
Les plus anciens, héritiers directs et pour certains témoins des pionniers, sont le signe vivant du chemin parcouru jusqu’au Concile Vatican II et au-delà : sa réception, que l’on continue toujours à écrire. Le point d’attention fort est ici celui de la relation entre l’Eglise et les juifs.
Les plus jeunes, surtout les universitaires intervenants, en partant d’un point du vue plus général, celui de la société sécularisée d’aujourd’hui, nous obligent à mieux saisir l’héritage commun, que juifs et chrétiens ont à porter ensemble au monde, chacun dans le respect de son identité propre.

La déléguée diocésaine pour les Relations avec le Judaïsme que je suis, se retrouve alors pleinement dans sa mission : nourrir le lien « ad intra » entre Juifs et chrétiens et, ensemble le lien « ad extra » avec la société qui, dans mon diocèse, celui de Saint-Denis, a le visage du monde entier… sans oublier que l’histoire du dialogue retrouvé entre juifs et chrétiens peut être un paradigme de tout dialogue…

Un dernier mot : grand merci à tous ceux et celles qui nous ont permis de vivre ces moments forts d’amitié et de partages féconds, afin de repartir plus joyeux dans le service de notre mission !

Danielle Guerrier , France, catholique, déléguée diocésaine pour les Relations avec le Judaïsme du diocèse de Saint-Denis.

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Je voudrais remercier tous ceux qui ont donné de leur temps et de leur savoir faire pour ce colloque du Conseil International des Chrétiens et des Juifs qui à mon avis est une pleine réussite ! Fond et forme.

Sur la forme je n’insisterai pas : cadre, rythme des journées….

Sur le fond : je me suis inscrite à cause du thème et je ne l’ai pas regretté ; les prises de parole diversifiées et nourrissantes, fortes et dynamiques m’ont permis de creuser ma réflexion sur la place des religions dans nos sociétés – thème enrichi par les origines diversifiées des intervenants qui nous ont décentrés de nos problèmes franco-français.
Les ateliers ont permis de se rencontrer autrement et ont été les bienvenus mais trop courts ! J’ai été très sensible à l’évocation de Jules Isaac et à la visite du camp des Milles qui a donné du sens à notre rencontre.

Ce temps à Aix restera comme un temps fort de cette année et pas seulement dans le cadre de l’Amitié judéo-chrétienne.

Régine Maire , France, catholique, déléguée diocésaine pour les Relations inter-religieuses du diocèse de Lyon.

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Impressions du Colloque

Les conférences de ce Colloque international 2013 sur « La laïcité, une chance ou un défi pour les religions » seront diffusées dans la revue SENS, et les lecteurs pourront en apprécier la qualité et le niveau. Ce sont donc plutôt des impressions que je présente. ( NDR  : Les textes seront disponibles bien avant sur le site AJCF, certains sont déjà en ligne.)

Le lieu choisi, tout d’abord : Aix-en-Provence. Jules Isaac y a vécu ses dernières années, animé par l’exigence de recréer ces liens de connaissance et d’estime réciproques entre Chrétiens et Juifs - cette exigence qui est encore celle de l’AJCF et de l’ICCJ. Aix-en-Provence est à proximité du camp d’internement des Milles - une des antichambres de la Shoa... Le temps d’une visite au camp durant le Colloque, l’historien Isaac - dont les proches ont été déportés - et l’Histoire ont été réunis dans une même perspective : le devoir de transmettre et d’éduquer. Ce qu’ont admirablement exprimé Alain Chouraqui -maître d’œuvre de la réalisation du Mémorial des Milles – et le Père Patrick Desbois, à la fin de la visite.

Le thème, ensuite : si la laïcité, en France, est admise comme un des fondements de notre République – un fondement que bouscule l’actualité récente - je me suis rendue compte qu’elle est parfois incomprise, sinon inapplicable ailleurs. L’Histoire, encore une fois, est présente dans ce clivage : la séparation des cultes et de l’Etat, le confinement du religieux dans la sphère privée, sont des héritages de la Révolution française... parfois interprétés comme une manifestation d’intolérance dans d’autres pays.

Sur le plan humain aussi, ce Colloque auquel assistaient quelque 200 personnes venues des cinq continents a été une richesse, particulièrement perceptible lors des échanges en ateliers ou durant les repas. Dans l’un des ateliers, le témoignage du Sheikh Ghassan Manasra, musulman et soufi, venu de Nazareth, a été pour moi une ouverture à l’espérance.

Après ces quatre jours féconds, j’éprouve un sentiment de gratitude. A l’égard des membres du Comité directeur de l’AJCF et des personnes d’Aix et de Marseille qui ont collaboré à la préparation de l’événement. Mention spéciale à Liliane Apotheker, qui a animé, présenté, traduit, et en quelque sorte porté le quotidien de la session, entourée de Florence Taubmann, Bruno Charmet et Rosine Voisin : au nom de l’AJCF, puissance invitante du Colloque, ils ont rempli leur rôle d’accueillants avec sérieux et simplicité. J’ai été impressionnée aussi par le rayonnement et l’humour des responsables de l’ICCJ, visiblement heureux de travailler ensemble malgré les distances géographiques et linguistiques.

Gratitude, enfin, d’avoir vécu ces moments de relation sereine, avec des Chrétiens et des Juifs de bonne volonté, auxquels se sont joints des Musulmans - eux aussi en recherche de dialogue. Le désir de fraternité transcende les barrières théologiques : j’ai le sentiment que cet enseignement de Jules Isaac, dont la haute figure ne nous a pas quittés, a été à l’œuvre durant ces journées.

Anne-Marie Dreyfus , France, juive, du groupe AJCF de Draguignan