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Le rapport Pilecki, déporté volontaire à Auschwitz de 1940 à 1943

Voilà un document historique qu’on peut qualifier d’extraordinaire : Le rapport Pilecki, déporté volontaire à Auschwitz de 1940 à 1943

Recension de Henri Doron (AJCF Paris Ouest) pour le site de l’AJCF

Le rapport Pilecki, déporté volontaire à Auschwitz de 1940 à 1943,}

Editions Champ Vallon (3 avril 2014)
324 pages, 25 €

Recension de Henri Doron
AJCF PARIS OUEST

Voilà un document historique qu’on peut qualifier d’extraordinaire à plusieurs titres :

- c’est le récit vécu de l’édification et de l’agrandissement constant du camp de concentration d’Auschwitz jusqu’à sa transformation en camp d’extermination le plus important du système nazi ;

- c’est un témoignage minutieux et donc cruel – et difficilement soutenable – sur les violences gratuites et les mises à mort au gré des surveillants de blocks ;

- c’est la relation de la formation d’un réseau de résistants polonais à l’intérieur du camp en liaison avec la résistance militaire polonaise dans le pays occupé ;

- c’est le témoignage d’un officier polonais résistant de la première heure, W. Pilecki, qui est le seul à s’être fait rafler volontairement pour entrer dans le camp et y continuer la résistance ;

- ce document a été écrit en 1945 après un compte rendu sommaire, de l’automne 1943, envoyé au gouvernement polonais en exil à Londres ;

- il n’a pas été publié en Pologne en 1945 et n’est traduit en français que cette année 2014, sous l’égide d’une petite maison d’édition de l’Ain, petite mais audacieuse et riche en publications historiques !

Dès octobre 1940, Witold Pilecki a pu informer Londres des conditions de vie à Auschwitz et a trouvé les moyens de renouveler cette information par l’intermédiaire de la résistance polonaise.
Comme les historiens l’ont relevé après la guerre, les Alliés ont donc été au courant assez tôt des conditions d’existence et de massacres dans le camp d’Auschwitz (rapport de Jan Karski, informations parvenues jusqu’à F.D. Roosevelt) mais pour des raisons stratégiques et paradoxalement « humanitaires » ils ne sont pas intervenus avant l’invasion de l’ Allemagne ! Or l’idée de Pilecki était de constituer un réseau de résistants dans le camp (qui compta jusqu’à 800 membres principalement polonais) qui s’insurgerait le moment venu avec l’intervention de l’armée polonaise clandestine et des Alliés. Ce qui ne se produisit jamais et ce qui le conduisit à s évader avec deux compagnons en avril 1943, une des 144 évasions réussies sur 802 tentatives !

Ce que met en évidence cette macabre relation de Pilecki c’est que le camp d’Auschwitz a été ouvert par les Allemands dès leur conquête de la Pologne au printemps 1940, à partir de bâtiments évacués par les soldats polonais et ce pour emprisonner des militaires polonais et des membres de l’élite polonaise que les nazis voulaient faire disparaître même s’ils en libérèrent quelques-uns sous diverses pressions. Avant l’extermination des juifs de toute l’Europe à partir de 1942 (plus d’un million y furent anéantis la plupart dès leur arrivée) Auschwitz a été le camp de la mort des Polonais : 75.000 y périrent ce qui en fait le plus grand cimetière de Pologne. Comme il était et reste un symbole du martyre et du patriotisme du peuple polonais il n’est pas étonnant que des controverses aient pu naître avec les organisations juives, notamment au moment de l’affaire du carmel d’Auschwitz.

Ce document est unique en son genre même si nous connaissons d’autre témoignages par exemple de Charlotte Delbo, Primo Levi, Jan Karski, Schlomo Venezia, etc.

Ajoutons que la tragédie est allée jusqu’au bout de l’ignoble puisque le héros a été condamné à mort en 1948 par les autorités polonaises communistes pour s’être opposé à elles !

L’ouvrage est intelligemment et utilement complété par des notes historiques d’une universitaire et par une postface d’Annette Wieviorka, spécialiste de la déportation et du génocide juif.