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A la recherche de la paix intérieure

Le journal "La Croix" a publié dans son numéro du 29 décembre 2012 un dossier réalisé par un jeune journaliste Adrien Bail sur la recherche de la paix intérieure : "Ni satisfaction immédiate, ni simple absence de conflits, la paix intérieure est la quête de toute une vie spirituelle".

Parmi les témoignages recueillis (Sœur Marie-Claire Berthelin, de la Retraite, le P. Jacques Philippe, des Béatitudes, le F. Luc Mathieu, franciscain, le P. Jean-Michel Garrigues, dominicain, Jean Vanier, et d’autres...), nous vous proposons de lire en particulier celui de Liliane Apotheker, membre du Comité d’honneur de l’Amitié Judéo-chrétienne de France.

« Une vigilance de chaque instant »

Liliane Apotheker, 57 ans, juive, membre du comité d’honneur de l’Amitié judéo-chrétienne de France (AJCF)

« Pour moi, Shabbat représente souvent un moment de paix, lorsque je me retrouve avec les miens, ou lorsque je prie à la synagogue avec ma communauté. Ces prières du vendredi soir me font du bien, elles sont un lien direct avec notre tradition. La paix ne peut pas être permanente, elle est constituée de ces moments, de ces lieux de ressourcement qui restaurent nos forces avant de retourner au “combat”. Afin d’être capable de se retrousser les manches.

La paix est inquiète, elle s’accompagne d’une vigilance de chaque instant, d’une préoccupation pour l’état du monde. Comme toute juive, je suis profondément préoccupée par la Shoah. C’est un événement d’une telle nature qu’il devrait tous nous pousser à veiller. Début décembre, je me suis rendue en Hongrie, et j’étais désemparée par l’extravagance des propos antisémites tenus par certains députés. Dans ce pays, on ne parle pas de la Shoah.

comment vivrons-nous ensemble demain ?

Pour nous, juifs, avoir le sentiment de porter seuls la Shoah est une souffrance. Le deuil est impossible aujourd’hui, et on entend trop facilement dire qu’on en aurait “assez” parlé… Non ! on n’en a pas assez parlé ; il ne s’agit pas d’en parler pour nous cantonner à notre position de victime, mais plutôt pour que l’on s’interroge : comment vivrons-nous ensemble demain ? Cette question est empreinte d’une anxiété existentielle, héritée de la connaissance de ce qui peut arriver dans un monde où le dialogue n’existe pas : comme Caïn et Abel, on finit par se tuer. A cet égard, j’ai découvert dans le dialogue judéo-chrétien une merveilleuse réponse.

Je crois que le peuple juif sait dans sa chair qu’à tous moments, le pire est possible. Mais en même temps, il sait que cela ne doit pas l’empêcher de vivre. “C’est la vie et la mort que j’ai mises devant vous, c’est la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix et en t’attachant à lui” (Dt 30, 19-20). Une conscience du pire, et le choix de vivre quand même : c’est peut-être cela, la paix intérieure. »

Lire le dossier complet sur le site du journal La Croix