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Souffrance

L’hébreu désigne la souffrance de deux manières :
- SeVel - dont la racine signifie (sup)porter un fardeau, un chagrin, une faute. En sont dérivés SaVLaNouT (patience) et SoVLaNouT (tolé­rance) .
- YiSsouR - dont la racine signifie corriger, exhorter, instruire (le sub­stantif tiré de cette racine - MouSsaR - désigne la « morale »).

Selon cette double étymologie - dont il faut noter qu’elle est positive - la souffrance serait donc à la fois un chemin de patience et un enseigne­ment. Aucune souffrance n’est pourtant désirable, même à titre d’expia­tion ! « La souffrance t’est-elle chère ? Ni la souffrance, ni son salaire » (Berakhot 5b).

A fortiori, le martyre n’est pas un idéal : ce ne sont pas les morts qui chantent la gloire de D. (cf Ps 115,19) et la valeur la plus haute n’est pas la souffrance et la mort, mais la vie et sa plénitude. Le Judaïsme, au contraire du Christianisme ou de l’Islam, ne considère pas comme un privilège ou comme une grâce spéciale de mourir pour sa foi.

La violence que subit le « serviteur » du poème d’lsaïe (Is 52,13 ss) est exactement celle dont l’humanité doit se débarrasser. L’épreuve qu’il subit est - en miroir pourrait-on dire - la mise à l’épreuve de ceux qui en sont témoins. Qu’il s’agisse des individus ou des nations. De fait, les ca­tastrophes qui se sont abattues sur le peuple d’Israël sont toujours liées à l’état moral et spirituel des civilisations qui lui étaient contemporaines. Tout comme les souffrances de certains peuples aujourd’hui posent la question de notre indolence et de notre cruauté.

« Le potier ne fait pas ses essais sur des vases fêlés - il les briserait ; il éprouve des vases solides, qu’il peut frapper sans les briser. De même le Saint, béni est-il, ne met pas à l’épreuve les méchants, mais les justes :« D. mit Abraham à l’épreuve » ( Gn XXII,1) ». Selon cette conception, la souffrance n’est imposée qu’à celui qu’elle va épurer.
x/94 D’où l’idée qu’il existe des« souffrances d’amour » (

Talmud

des douleurs, fils de Joseph, puis par le messie de gloire, fils de David, avant d’atteindre la pleine mesure de la rédemption.

Le Midrach affirme que D. souffre lorsque les Égyptiens, ses créatures, se noient dans la mer Rouge ; ou qu’Il est en exil quand Son peuple est en exil. La Hagadah de Pessah associe Israël à la tristesse divine par le rituel des gouttes de vin enlevées de la coupe, et les Hassidim enseignent qu’il convient de prier aussi pour les souffrances de D. : L’aimer, c’est aussi sentir ce qui Le fait souffrir.

Quand le Psalmiste interpelle D. (en des mots qui viendront aux lèvres de Jésus mourant) : « Mon D., mon D., pourquoi m’as-Tu abandonné ! » (Ps XXll,2), c’est qu’à ce moment-là, paradoxalement, il est persuadé que « son » D. ne le quitte pas. Comme lorsque rabbi Akiba meurt dé­chiré vif par les Romains, articulant « Chema Israël ». Comme au mo­ment où les Juifs ont prononcé « ani maamine » (« je crois »), au bord des fosses ou des chambres à gaz de la mort nazie [1].

A la question universelle « pourquoi ? » - que défie toute justification ra­tionnelle de la souffrance - il est notamment une réponse que le Judaïsme... écarte de manière radicale : une force suprême aurait créé le bien, tandis qu’une autre aurait amené le mal dans le monde. Le texte de la Révélation dit « Voici, j’ai placé devant toi aujourd’hui la vie avec le bien, la mort avec le mal » (Dt XXX,15) ; et Isaïe invoque D. comme « celui qui forme la lumière et crée les ténèbres, qui fait la paix et crée le mal » (Is 45,7).

L’ascèse et la mortification - peut-être en raison du risque d’orgueil ou de masochisme qu’elles comportent - ne sont nulle part prônées dans la Torah sont limitées à une journée).

A.-M. D.

[1Il convient de préciser à nouveau que, pour la conscience juive, ces exemples ne sont que des références d’une mémoire meurtrie, et non des modèles qu’il faut décider de suivre.