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"Pour un discours vrai" par Florence Taubmann

Éditorial du numéro de novembre 2010 de Sens, la revue de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France par Florence Taubmann, présidente.

Au sujet du conflit israélo-palestinien ...

Un de mes anciens professeurs de théologie, décédé il y a quelques semaines [1], m’a éveillée à une notion précieuse, qui est la falsification du discours. Contrairement aux apparences, cette notion est positive : un discours que l’on peut falsifier est un discours que l’on peut discuter, dans un débat contradictoire. Chacun s’informe, réfléchit, tente d’approcher une certaine vérité, sans prétendre la détenir tout entière, de manière absolue. Et cela permet le dialogue, l’enrichissement mutuel. En revanche, disait mon professeur, il faut se méfier de tout discours infalsifiable, dont l’auteur se prévaut de la Vérité, de Dieu, du Bien, ou encore d’une idéologie qui ne dit pas son nom pour asséner à ses interlocuteurs des propos indiscutables. Car un tel discours tue le dialogue dans l’œuf, et piège forcément celui qui voudrait s’y engager.

Ce sentiment d’être piégé, je le ressens très souvent dès qu’il est question du conflit israélo-palestinien, et a fortiori quand des militants ou des associations humanitaires, voire des mouvements d’Église se revendiquent du Droit International, de la Justice, et encore plus de la Compassion pour lancer de vibrantes diatribes contre l’État d’Israël et de non moins vibrants plaidoyers pour défendre les Palestiniens. Ainsi du courrier de dénonciation envoyé cet été à notre Premier ministre par le Secours catholique, la Cimade, l’Acat… [2] courrier s’appuyant, sans aucune réserve, sur l’appel Kairos Palestine, qui, lancé en décembre 2009, se présentait comme Un Moment de vérité, une parole de foi, d’espérance et d’amour venant du cœur de la souffrance palestinienne, mais dont la partialité a été démontrée et vivement critiquée dans plusieurs articles parus dans Sens [3] et sur notre site Internet !

Comment réagir face à la multiplication de ces discours anti-israéliens ? Ils semblent si assurés de leur lecture des faits, si aptes à donner à Israël des leçons de bon gouvernement que c’en serait ridicule si ce n’était si tragique. La répétition de contre-vérités crée une vérité fausse, là où un véritable travail d’information, d’analyse et d’écoute engendre une saine hésitation, une part de doute, et donne place à des points de vue différents. Or tel n’est pas le cas. Et ces discours condamnent bien souvent ceux qu’indignent leurs inexactitudes et leurs partis pris à répondre de la même manière univoque en développant une contre-information elle-même infalsifiable ! Guerre des discours ! Jeu terrible de la dénonciation et de la contre-dénonciation ! Est-ce ainsi que l’on prétend œuvrer pour la paix et la réconciliation ?

Israël n’est pas l’Iran, mais un État démocratique dont les citoyens exercent haut et fort leur liberté d’expression. Si le Proche-Orient nous intéresse vraiment, suivons plutôt avec attention et espérance les pourparlers diplomatiques qui ont lieu actuellement entre Israéliens et Palestiniens. Prions pour les deux peuples, et surtout n’oublions pas les Chrétiens actuellement persécutés et menacés dans plusieurs pays du monde.

[1Il s’agit du Professeur Jean Ansaldi, qui a enseigné l’Ethique à l’Institut Protestant de Théologie, Faculté de Montpellier, pendant de nombreuses années.

[2Lettre du 26 juillet 2010. Cf. site du Secours catholique : www.secours-catholique.org/espace-presse/communiques-de-presse/expulsion-de-palestiniens

[3 Cf. Sens, n° 351 (juillet-août 2010), pp. 497-502.