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Ticha BeAv

Ticha BeAv est célébré cette année 5777 le 1er août 2017 (depuis la tombée du jour le 31 juillet).

« Qui pleure la destruction de Jérusalem mérite de se réjouir de sa reconstruction » (Traité Taanit) .

Pour situer rapidement les causes de la tragédie commémorée le jour de Tisha BeAv - le 9° jour du mois de Av - il faut remonter à la mort de Salomon ( 930 av.ec) et au schisme qui s’ensuivit, divisant le royaume en deux : Israel (capitale Samarie) et Juda (capitale Jérusalem).

Israel va disparaître en 722 av. ec. sous les coups de l’Assyrie : l’alliance du dernier roi d’Israel avec le Pharaon provoque l’assaut ; le royaume est écrasé et ses habitants dispersés dans l’empire. Mais aussi fulgurante que la décadence de l’Assyrie va être l’ascension de la Babylonie. Là encore, l’Egypte est la rivale du nouvel empire, et Juda se trouve au centre géographique du conflit. Parce qu’il est, lui aussi, l’allié de l’Egypte, les armées babyloniennes l’encerclent, font le siège de Jérusalem et, finalement, la détruisent et incendient le Temple (9 Av 586 av. ec). L’élite de la population est déportée en Babylonie.

Institué à l’origine par les prophètes pour pleurer la chute du Temple de Salomon, Tisha BeAv commémore en outre pour le peuple juif une série de calamités – et d’abord la destruction du second Temple de Jérusalem - par Rome, en 70 ec. C’est pourquoi le rituel synagogal comprend, outre la lecture du Livre des Lamentations de Jérémie, des élégies composées au fil des siècles et des persécutions : entre autres, les complaintes sur l’appel aux Croisades par le pape Urbain II (1096 ec) et sur le brûlement du Talmud à Paris (1240), sur les expulsions des Juifs d’Angleterre (1290), et des Juifs de France (1306), sur la mise en application du décret d’expulsion des Juifs d’Espagne le 9 Av 5252 (1492), et depuis la Shoa, en mémoire des victimes… Mais le symbole de toutes les catastrophes, c’est – pour les Juifs religieux - la destruction du Temple.

Autant dire que le 9 Av n’est pas une fête, mais un jour particulièrement sombre du calendrier juif. Précédé de trois semaines préparatoires au cours desquelles viande, vin, musique et réjouissance sont limités - et les mariages, interdits - il est marqué par un jeûne de 25 heures et soumis quasiment aux mêmes restrictions que Yom Kippour : onctions de crèmes ou parfums, chaussures de cuir et rapports conjugaux sont prohibés, mais ce n’est pas un jour obligatoirement chômé. Pour autant, si Yom Kippour est un jour solennel de retour sur soi, Tisha BeAv est un mémorial de chocs collectifs.

Mais que représente la destruction du Temple de Jérusalem pour la pensée juive ? Si Dieu a voulu avoir une demeure parmi les hommes – cela confère à cette Maison une portée universelle. Du même coup, sa ruine le 9 Av est le symbole tragique d’une chute spirituelle. Paradoxalement pourtant, une tradition talmudique indique que le Messie naîtra un 9 av – espérance qui a aussi une portée universelle. Le paradoxe n’est qu’apparent, si on admet qu’une chute peut être l’occasion de se hisser à un plan supérieur. Dans cette logique, il fallait que le premier Temple, pourtant construit par désir de servir Dieu, fût détruit. Le Temple reconstruit par ceux qui, avec Esdras et Néhémie au difficile retour de l’exil, avaient la volonté de servir Dieu malgré les obstacles, est spirituellement plus grand. Tout comme l’individu qui « fait retour » - qui se repent - est plus grand que le juste né parfait. C’est pourquoi, même si l’expression de la tristesse domine à Tisha BeAv, même si l’on est endeuillé, assis sur le sol et couvert de cendres, il reste des braises de joie...

Annemarie Dreyfus