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L’enseignement authentique de l’Eglise : LA PASSION D’APRES LE CATECHISME du CONCILE DE TRENTE

Nous venons de retrouver, dans le numéro 3-4 de décembre 1949 du Bulletin de l’Amitié Judéo-Chrétienne (l’ancêtre de la revue SENS), un article citant ce qu’écrivait en 1566 le Catéchisme du Concile de Trente.
68 ans après, cet article garde tout son intérêt.

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Il y a des déformations de l’enseignement religieux chrétien qui favorisent l’antisémitisme. Mais s’agit-il vraiment de déformations ? Leurs auteurs prétendent souvent exprimer la doctrine authentique de l’Église. De quel droit ? Leurs victimes, elles-aussi, croiront souvent avoir affaire à la doctrine authentique de l’Église et attribueront à l’Église ce qui n’est peut-être qu’une déformation de son enseignement. Est-ce à bon escient ? Quel est donc l’enseignement véritable de l’Église sur les points en litige, tel par exemple l’exposé de la Passion ? Les efforts déployés par l’Amitié judéo-chrétienne, sont-ils bien en harmonie avec cet enseignement ? Ou, en d’autres termes, cet enseignement authentique est-il conforme aux vœux de l’A.J.C. ? ·
Pour répondre à ces questions, nous mettons sous les yeux de nos lecteurs quelques extraits du Catéchisme du Concile de Trente.
Ce catéchisme, véritable somme de la doctrine de l’Église, fut rédigé sur l’ordre du Concile de Trente (1545-1563), l’un des plus importants et certainement le plus vaste de tous les Conciles généraux de l’Église. Il a été commencé pendant le Concile, par les théologiens les plus éminents choisis par le Concile lui-même parmi ses membres, et achevé ensuite, sur l’ordre du pape Pie IV, par saint Charles-Borromée, assisté par trois illustres théologiens de l’Ordre de saint Dominique, qui avaient travaillé, eux aussi, au Concile. Après avoir été minutieusement approuvé et publié par d’autres Docteurs, il fut solennellement approuvé et publié par le pape saint Pie V. Depuis lors, d’innombrables documents pontificaux et épiscopaux ont ajouté à l’autorité du Catéchisme de Trente le poids de leurs approbations et de leurs recommandations. Adressé aux curés, à ceux qui ont la charge d’instruire le peuple chrétien, ce Catéchisme a été pendant des siècles à la base même de l’enseignement chrétien, et son autorité reste entière ·jusqu’aujourd’hui. Aucun autre ouvrage ne représente d’une manière aussi ample et aussi sûre l’enseignement courant authentique de l’Église.
Après avoir lu les extraits que nous en donnons ci-dessous, le lecteur jugera facilement où est l’enseignement de l’Église et où sont les déformations ; de quel droit certains « antisémites chrétiens », conscients ou inconscients, prétendent parler au nom de la Tradition chrétienne, et de quel droit on incrimine celle-ci de manières de penser et de parler qui, en réalité, ne sont point les siennes.


 Lettre encyclique : Acerbo Nimis, 15 avril 1905.

Art. 6. - Mais parce que de nos temps surtout, l’âge plus avancé n’a pas moins besoin d’enseignement religieux que l’enfance, tous les Curés et tous les Prêtres ayant charge d’âmes... choisiront l’heure qui pourra attirer une assistance plus nombreuse, en dehors de celle qui est réservée à l’instruction des enfants, pour adresser aux Fidèles une catéchèse en un langage facile, approprié à leur intelligence. Dans ce but, ils se serviront du Catéchisme de Trente.
Voilà, vénérables Frères, ce que nous établissons et ordonnons par Autorité apostolique.
PIE X, PAPE


 CHAPITRE CINQUIÈME du quatrième article du Symbole : Qui a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, et a été enseveli.

La première partie de cet article nous propose de croire que Notre Seigneur Jésus-Christ a été crucifié dans le temps où Ponce Pilate gouvernait la Judée, au nom de l’empereur Tibère. En effet, Il fut arrêté, accablé de railleries et d’injures, tourmenté de diverses manières, et enfin attaché à une croix... [1]
Quant au soin particulier avec lequel on a voulu rappeler que Jésus-Christ souffrit dans le temps où Ponce Pilate gouvernait la Judée, réduite en province romaine, le Pasteur ne manquera pas d’en donner la raison ; c’est que la connaissance d’un événement si considérable, et en même temps si nécessaire pour l’humanité, devenait beaucoup plus facile pour tous, en précisant l’époque certaine de son accomplissement. C’est ce que l’Apôtre S. Paul avait fait (1. Tim. 6. 13.). De plus, il faut voir dans ces paroles l’accomplissement de celle prophétie du Sauveur disant de Lui-même : (Matt. 20.19.). Ils le livreront aux Gentils pour être outragé, flagellé, crucifié. (1),
... Les Saints Pères ont longuement développé un bon nombre de raisons que nous pourrions reproduire, pour faire comprendre toutes les convenances de ce genre de mort, plutôt que de tout autre. Mais le Pasteur avertira les Fidèles qu’il leur suffit de croire que Jésus-Christ a choisi la Croix pour y mourir, parce qu’Il la trouvait la plus convenable et la mieux appropriée à la Rédemption du genre humain. En effet, il n’y avait rien de plus honteux ni de plus humiliant. Et ce n’étaient pas seulement les païens qui regardaient ce supplice comme abominable, et plein de honte et d’infamie, la loi de Moïse elle-même prononçait l’anathème contre celui qui est pendu au bois (Deut, 21.23. Gal. 3.13). Le Pasteur n’oubliera pas non plus de raconter l’histoire des souffrances de Jésus-Christ, si soigneusement décrites par les Évangélistes. Tout au moins il fera connaître aux fidèles les points principaux de ce mystère, c’est-à-dire ceux qui semblent plus nécessaires pour confirmer la vérité de noire Foi. C’est sur cet article en effet, que la Foi et la Religion chrétienne reposent comme sur leur base. Si l’on a soin de bien l’établir, tout le reste se soutient parfaitement. Car si l’esprit humain trouve ailleurs des difficultés, c’est sans contredit dans le mystère de la Rédemption qu’il en rencontre le plus. Nous avons peine à concevoir que noire salut dépende de la Croix et de Celui qui s’y laissa clouer pour notre amour. Mais, c’est en cela même, ·selon l’enseignement de !’Apôtre, qu’il faut admirer la souveraine Providence de Dieu... (1).
... Or (Heb. 2.14.) Il convenait que le Fils de Dieu mourût afin que par sa mort, Il détruisît celui qui avait l’empire de la mort c’est-à-dire le démon, et qu’il délivrât ceux que la crainte de la mort tenait pendant toute la vie dans un état de servitude.
Mais ce qu’il y a d’extraordinaire dans la Mort de Jésus-Christ, c’est qu’il mourut précisément en Maître de la mort, au moment même où Il avait décrété de mourir, el de plus, que sa mort lut l’effet de sa volonté, et non de la violence de ses ennemis... [2].
Il faut ensuite exposer les causes de la Passion, afin de rendre plus frappantes encore la grandeur et la force de l’Amour de Dieu pour nous. Or, si on veut chercher le motif qui porta le Fils de Dieu à subir une si douloureuse· Passion, on trouvera que ce furent, outre la faute héréditaire de nos premiers parents, les péchés et les crimes que les hommes ont commis depuis le commencement du monde jusqu’à ce jour, et ceux qu’ils commettront encore jusqu’à la consommation des siècles. En effet le Fils de Dieu notre Sauveur eut pour but dans sa Passion et dans sa Mort de racheter et d’effacer les péchés de tous les temps, et d’offrir à Son Père pour ces péchés une satisfaction abondante et complète.
Il convient d’ajouter, pour donner plus de prix à son Sacrifice, que non seulement ce divin Rédempteur voulut souffrir pour les pécheurs, mais que les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’il endura. C’est la remarque de l’Apôtre
S. Paul dans son Épître aux Hébreux : (Hébr. 12.3) Pensez, dit-il, en vous-mêmes à Celui qui a souffert une si grande contradiction de la part des pécheurs élevés contre Lui, afin que vous ne vous découragiez point, et que vous ne tombiez dans l’abattement.
Nous devons donc regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre Seigneur Jésus-Christ le supplice de la Croix, à coup sûr ceux qui se plongent dans les désordres et dans le mal (Hébr. 6.6.) crucifient de nouveau dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés, et Le couvrent de confusion. Et, il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’Apôtre, (1 Cor. 2.8.) S’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne L’auraient jamais crucifié. Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains déicides.
Enfin la Sainte Écriture nous enseigne que Notre Seigneur Jésus­ Christ a été livré à la mort par son Père et par Lui-même. Le Prophète Isaïe fait dire à Dieu le Père : (Isaïe ; 53.8.) Je L’ai frappé à cause du crime de mon peuple. Et, quelques lignes plus haut, le même prophète plein de !’Esprit de Dieu, voyant dans l’avenir le Sauveur couvert de plaies et de blessures, s’écriait : (Isa. 53.6.) Nous nous sommes tous égarés comme des brebis. Chacun de nous a suivi sa voie, et le Seigneur a mis sur Lui les iniquités de nous tous. Puis en parlant de Dieu le Fils, il dit : (Isa. 53.16.) S’Il sacrifie sa vie pour le péché, Il verra une longue postérité. Et I ’Apôtre S. Paul confirme cette vérité par des paroles encore plus décisives, tout en voulant nous montrer d’ailleurs ce que nous avons à espérer de la Miséricorde et de la bonté infinie de Dieu, (Rom. b. 32). Celui, dit-il, qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui L’a livré pour nous tous, comment, avec Lui, ne nous aurait-il pas aussi donné toutes choses ? [3].
Ce n’est pas tout. Des hommes de tous rangs et de toutes conditions (Ps. 2.2) conspirèrent contre le Seigneur et contre son Christ. Juifs et Gentils furent également les instigateurs, les auteurs et les ministres de sa Passion, (Matt. 26 et 27). Judas Le trahit. Pierre Le renia. Tous ses autres disciples L’abandonnèrent. [4]. ·
Le Pasteur montrera que tous ces avantages, tous ·ces divins Bienfaits nous viennent de la Passion de Notre Seigneur. En premier lieu parce que sa Mort fut une satisfaction pleine et entière qui Lui fournit le moyen admirable de payer à Dieu son, Père toute la dette de nos péchés. Et ce prix qu’Il paya pour nous, non seulement égale notre obligation, mais lui est infiniment supérieure. En second lieu, parce que le sacrifice de la Croix fut infiniment agréable à Dieu. A peine Jésus-Christ l’eut-il offert que la colère et l’indignation de son Père furent entièrement apaisées.
Aussi l’Apôtre a-t-il soin de nous faire remarquer que la Mort du Sauveur fut un vrai Sacrifice. (Eph. 5.2.) Jésus-Christ nous a aimés, dit-il, et Il s’est livré Lui-même pour nous en s’offrant à Dieu comme une Victime et une Oblation d’agréable odeur. En troisième lieu, enfin, parce que la Passion lut pour nous celte Rédemption dont parle le prince des Apôtres, quand il, dit (1 Petr. 1.18.19.) : ce n’est ni par l’or ni par l’argent corruptibles que vous avez été rachetés de la vanité de voire vie, que vous avez héritée de vos pères, mais par le Sang précieux de [’Agneau Saint et Immaculé, Notre Seigneur Jésus-Christ. Et S. Paul dit à son tour (Gal. 3.13.) : Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, en devenant malédiction pour nous.
Voilà ce que nous avions à dire ici sur la Passion et la Mort si salutaires de Notre Seigneur Jésus-Christ [5].

[1Catéchisme du saint Concile de Trente, Desclées et Cie, Paris 1936, 1ère partie, chap. cinquième paragr. 1

[2Op. cit. paragr. II

[3Op. cit. Paragr. III

[4Op. cit. paragr. IV

[5Op. cit. paragr. V