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Corps

Quand le Tanakh parle du corps vivant, le mot hébreu est BaSaR
(d’une racine qui signifie « annoncer »). Traduit souvent aussi par « chair », il désigne l’humain tout entier - voire la parenté par le sang (Is. LVIII,7).
Un mot d’usage plus tardif : GouF, d’une racine qui donne l’idée de fermer, verrouiller, vient de l’hébreu biblique « GaF » ou « GueV » (« dos ») dont les dérivés désignent le cadavre (cf. 1 Chr. X, 12).

Sur le plan sémantique, l’hébreu distingue donc entre :
- BaSaR - le corps comme annonce, message, signification ;
- et GouF - le corps comme mutisme ou fermeture.

Dans la Bible, il n’y a pas de mot pour le corps en opposition à l’âme - opposition héritée de Platon : le corps in-animé n’est pas autre chose que de la matière putréfiable. Pour l’Hébreu, l’éminente dignité du corps humain est affirmée dans sa création « à l’image et la ressemblance » du Créateur. Comme une matrice d’imprimerie ou de médaille, cette « Image » est en nous quand nous venons au monde, mais elle n’est « à la ressemblance » divine que par nos actes, qui la développent dans notre être.

Pour les mystiques, l’image divine « attend » d’être réalisée, incarnée ici-bas dans ce que les hommes - corps et âmes - disent et font. Les mitsvot, qui engagent non seulement l’intention, mais l’acte concret, sont les moyens de rendre la Transcendance perceptible dans la Création.

Chacune des fonctions du corps humain étant un miracle renouvelé chaque jour, la prière du matin loue le Maître du monde d’avoir « modelé l’homme avec sagesse et créé en lui des issues et des canaux » qui lui permettent de subsister.

Les organes du corps humain, outre leur fonction vitale, ont aussi un rôle psychologique : le cœur est le lieu de l’intelligence et de la mémoire ; le foie, de la colère ; les reins, de la vigueur physique et morale ; et le sang, lieu des échanges respiratoires et physiologiques, de la vitalité.

Par une connexion entre l’anatomie et la cosmologie qui sera reprise dans le système kabbaliste des Sefirot, les Sages de l’époque talmudique ont mis les 248 mitzvot positives en correspondance avec 248 organes du corps (les 365 négatives étant reliées aux jours de l’année).

La mortification et l’ascèse systématique sont étrangères au Judaïsme. L’abstinence, à quelque jouissance qu’elle s’applique, est toujours temporaire. Mais il n’y a pas non plus de culte du corps à la manière grecque : ici comme dans d’autres domaines, il ne s’agit ni de brimer, ni d’aduler, mais de transfigurer en faisant du corps un outil de la spiritualité.

Seul de tous les animaux, l’homme a besoin d’un vêtement-écran pour sa nudité - autrement dit, sa sexualité. Non qu’il s’agisse de camoufler une quelconque tache originelle, mais pour que la sexualité soit intériorisée, responsabilisée, humanisée.

Les anthropomorphismes appliqués à la figure divine, et qui en suggèrent une image sensible, sont interprétés par les philosophes rationalistes comme des moyens pédagogiques : « ...Entre ces attributs qu’on prête à D. et ceux qu’on nous connaît à nous, il n’y a absolument aucune espèce de communauté de sens. La communauté n’existe que dans le mot.² » (Maïmonide - Guide des Égarés I, 55). Autrement dit, seul le langage est anthropomorphique.

Le Judaïsme ne parle pas de la résurrection des corps, mais de la ré­surrection des morts, et l’affirme en se fondant notamment sur Deut. XXII, 39 : « ...c’est moi qui fais mourir et qui fait vivre... » Affirmation pharisienne reprise dans le treizième article de foi de Maïmonide et dans la liturgie quotidienne : « Tu soutiens les vivants avec amour, Tu fais revivre les morts avec une grande miséricorde (...) ».

Le Talmud relate les discussions rabbiniques relatives à la résurrection et à ses modalités « corporelles » : les morts seront-ils nus ou habillés, identiques à ce qu’ils étaient sur terre ou avec un autre corps, avec leurs handicaps ou non, etc. Questions qui peuvent paraître futiles, mais qui portent en fait sur le sens donné à la résurrection, et sur les problèmes de justice qu’elle pose.

A.-M. D.