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Palestine

Glossaire : Des mots pour dialoguer

Le mot « Palestine » ne se trouve dans aucun livre du Premier ni du Nouveau Testament. Il est pourtant fréquent que les auteurs chrétiens emploient dans les livres de catéchisme ou dans les cartes du pays où se situent les événements bibliques, le mot « Palestine » pour désigner la terre de Canaan, le pays des Hébreux (Gn 40,15) ou le pays d’Israël (Ez 7,2).


Le nom de « Palestine » vient du mot hébreu paleschet qui désigne d’abord la terre des pelishtim ou Philistins : la région de Gaza. Si par la suite il fut employé aussi pour tout le pays occupé par les juifs dans le sud de la Syrie, entre le Jourdain et la Méditerranée, ce furent les peuples voisins qui lui donnèrent cette extension, attestée par Hérodote (Ve siècle avant notre ère) ou par Dion Cassius (début IIIe siècle). Mais simultanément, le mot « Judaea » était familier, lui aussi, aux écrivains grecs et latins. Les monnaies, sous Vespasien, portent le nom « Palestine », mais celles qui commémorent la prise de Jérusalem « Judaea capta ».

Au Ier siècle, les écrivains juifs Philon et Josephe parlaient eux aussi de la « Palestine », sans doute parce qu’ils s’adressaient à des non juifs, mais Jésus et ses disciples avaient conservé les appellations de Judée et de Samarie (Actes 1,8), termes auxquels il convient d’ajouter la Galilée. Ce n’est qu’après la défaite de Bar Kochba en 135 que l’empereur Adrien changea le nom de Jérusalem en Aelia Capitolina, et appela l’ensemble du territoire Syria Palestina, nom qui ne demeura que cinq siècles, car entre la conquête arabe et la première guerre mondiale, des noms divers furent donnés par les occupants. C’est la Société des Nations qui, en 1922, valide le « Mandat de Palestine », situation qui dura jusqu’au partage de la région et à la proposition, par l’ONU en 1947, d’un Etat juif et d’un Etat arabe.

L’emploi abusif du mot Palestine pour les épisodes, les lieux et les personnages bibliques n’est pas seulement un anachronisme. Il révèle la réticence de certains auteurs à utiliser les mots « juifs » et « Israël ». Plus grave, il nie la notion d’enracinement de la Révélation dans un peuple bien précis, celui d’Israël. Et pour les chrétiens, il supprime le rattachement personnel de Jésus à l’histoire du peuple juif. La relation organique entre christianisme et judaïsme s’en trouve anéantie, et l’unité de l’Ecriture du Premier au Nouveau Testament brisée. C’est le retour à la situation antérieure au concile Vatican II.

Quelques lectures :
- Rome, la Judée et les Juifs, Mireille Hadas-Lebel, Picard, 2009
- Histoire universelle des Juifs, Elie Barnavi (dir.), Hachette Littérature, 2002

NB : Le Glossaire n’a d’intérêt que s’il résulte d’une recherche collective. Nous attendons vos remarques et vos critiques sur le travail présenté, mais aussi vos propositions de mots et d’analyses.

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