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Lecture de la Bible dans le Judaïsme et le Christianisme

Le 20 mars dernier le rabbin Nissim SULTAN et Isabelle CARLIER, bibliste chrétienne du centre théologique de Meylan, ont fait une lecture à deux voix d’un même passage de la Torah, la ligature d’Isaac (Genèse 22).

Voici un résumé de cette lecture d’après René Schaerer .

Le 20 mars 2019, pour le Groupe d’amitié Judéo-chrétienne de Meylan, le Rabbin Nissim Sultan et Isabelle Carlier, bibliste du Centre Théologique de Meylan, proposaient une lecture à deux voix du texte de Genèse 22 qui relate le sacrifice, - ou plutôt la « ligature », - d’Isaac. Cette conférence avait été précédée, le 16 janvier, par une conférence du Rabbin sur « la lecture de la Bible dans le judaïsme » et, le 20 février, par une conférence d’Isabelle Carlier sur « la lecture de la Bible dans le christianisme ».
« Scandale ! » s’exclame en commençant, le Rabbin Sultan : Abraham est-il vraiment prêt à sacrifier son fils ? Serait-il allé jusqu’au bout s’il n’en avait été empêché ? Et d’ailleurs, les sages du Talmud sont partagés sur ce qui s’est vraiment passé : le sang a-t-il ou non coulé ? Les sages, il est vrai, déduisent du Lévitique que seuls les animaux peuvent être sacrifiés.
Le texte, remarque I. Carlier, relate la dernière des douze épreuves qu’Abraham a subies, d’après la tradition juive. Cette épreuve, selon N. Sultan est interprétée de diverses manières par le Talmud, mais elle constitue, au fond, une « épreuve de clarification » : en hébreu certaines formes des verbes « voir » (si souvent employé dans le texte) et « craindre » se ressemblent ; le rabbin en tire argument pour dire que quand Dieu dit à Abraham : « Je sais maintenant que tu crains Dieu », il veut dire qu’Abraham, au terme de ses épreuves, a maintenant acquis envers Dieu une foi adulte faite, non de peur mais d’un regard nouveau, une « révérence ».
Isabelle Carlier rappelle la place donnée à ce texte dans la veillée pascale. Elle rappelle aussi la réflexion conduite sur ce texte par les pères de l’Eglise, qui, comme la tradition juive, admettaient qu’Isaac était consentant au sacrifice. Ils y ont lu, bien sûr, une préfiguration de la croix. Avec la tradition juive, ils y ont lu aussi une préfiguration de la résurrection et du salut de toute l’humanité.
Un dernier détail est souligné par les deux orateurs : au début du récit, il est question d’un « agneau pour le sacrifice » mais à la fin, c’est un « bélier » qui est offert en holocauste : comme si la génération du fils était remplacée par celle du père ; comme si Abraham, le père, était appelé à donner la liberté à son fils, Isaac, qui d’ailleurs n’est plus nommé à la fin du récit… alors qu’on apprend la naissance de sa future épouse, Rébecca.