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Retour d’Israël

Une délégation du Comité Directeur de l’AJCF s’est rendue en Israël du 9 au 15 février 2026 avec pour objectif premier d’aller à la rencontre d’un pays et d’un peuple, dans un esprit d’Amitié, d’Écoute et de Compréhension, dans un contexte marqué par le pogrom du 7 octobre 2023, afin de saisir la complexité d’un pays à nul autre pareil. Le programme parfaitement organisé par Iris Teplitzky, Danielle Guerrier, Perla Relkin, membres du Comité Directeur avec le soutien de Mireille Hadas-Lebel, vice-présidente d’honneur de l’AJCF, a permis en sept jours une immersion dans l’Eretz Israël plus de deux ans après le 7 octobre 2023 avec des rencontres exceptionnelles auprès d’universitaires, de diplomates, de journalistes, de religieux et des visites passionnantes de laboratoires de recherche scientifique et d’un hôpital. La disponibilité de chacune des personnes rencontrées a été remarquable. Nous avons participé à l’office de Shabbat le vendredi soir, puis partagé le dîner dans des familles.

Le parcours de la délégation s’est décliné en quatre temps :
 Un hommage aux victimes du 7 octobre et aux fondateurs de l’État d’Israël
 Des visites à l’Université de Tel Aviv et à l’Hôpital Sharee Tsedek à Jérusalem
 Le dialogue judéo-chrétien et interreligieux en Israël
 Le 7 octobre 2023 et les conséquences de la guerre à Gaza.

Le voyage a commencé en prenant la direction du Sud, par la route 232, empruntée par les terroristes du Hamas pour commettre leurs massacres au Festival Nova et dans les kibboutz environnants.
Le Centre mémoriel de Nova est particulièrement émouvant, avec des centaines de petits autels mémoriels, rendant hommage à tous ces jeunes gens fauchés, dans la joie de vivre et de danser, par les barbares islamistes.
Puis, nous nous sommes rendus sur les tombeaux les tombeaux de Paula (1892-1968) et David Ben Gourion (1886-1973), à Sde Boker dans le désert du Néguev où le fondateur d’Israël a vécu ses dernières années : « C’est dans le Néguev que la créativité et l’esprit pionnier d’Israël seront mis à l’épreuve », disait-il. Le 14 mai 1948, il proclama la Déclaration d’indépendance de l’État d’Israël, à la fois un État juif et un État démocratique :
« Cette reconnaissance par les Nations Unies, du droit du peuple juif à créer son État est irrévocable [ ..] Il sera fondé sur la liberté, la justice et la paix selon l’idéal des prophètes d’Israël ; il assurera la plus complète égalité sociale et politique à tous ses habitants sans distinction de religion, de race ou de sexe ; il garantira la liberté de culte, de conscience, de langue, d’éducation et de culture ; il assurera la protection des lieux saints de toutes les religions et sera fidèle aux principes de la Charte des Nations unies ».

Ce parcours des origines et de l’histoire, s’est poursuivi par un arrêt aux vestiges de Shivta, ville nabatéenne, et avec la visite du Musée Yitzhak Rabin à Tel Aviv.

Celui-ci s’appuie sur la biographie (1922-1995) de l’ancien général, tour à tour, Ministre de la Défense puis Premier ministre, à l’origine des Accords d’Oslo, Prix Nobel de la Paix, assassiné par un nationaliste juif, pour explorer l’histoire et le développement de l’État d’Israël dans de grandes salles d’exposition modernes et très documentées. La visite de la Wiener Library à l’Université de Tel Aviv, avec son fonds de documentation unique sur le nazisme et la Shoah, rassemblé par Alfred Wiener depuis 1933, permet de parcourir l’histoire douloureuse et toujours actuelle de l’antisémitisme.

La visite de plusieurs centres de recherche de l’Université de Tel Aviv a été déterminante pour prendre conscience de l’importance des recherches de pointe au service du bien commun universel sur l’adaptation des plantes au changement de climat, l’écologie, la biologie marine ou la médecine. Cette plongée dans la recherche israélienne s’est poursuivie à l’Hôpital Shaare Zedek, « Porte de Justice », de Jérusalem, fondé dès 1902. Cet hôpital est un bel exemple de vivre ensemble, tant du côté des personnels de santé, juifs et non juifs, que des patients, citoyens Israéliens ou Palestiniens sont accueillis. L’hôpital fonctionne selon l’éthique juive (cashrout et respect du shabbat) et comprend deux synagogues et une mosquée. Un souterrain a été creusé pour accueillir une unité de soins intensifs d’urgence en période de guerre.
L’Université et l’Hôpital sont des réponses vivantes aux accusations absurdes d’apartheid portées contre Israël.

Nous avons pu aussi observer la préoccupation pour le dialogue, judéo-chrétien, ou interreligieux avec l’islam, dans des lieux de paix comme le monastère des Bénédictines au Mont des Oliviers, dans Jérusalem-Est, avec sœur Marie-Bénédicte, et à l’abbaye Sainte-Marie de la Résurrection, avec frère Louis-Marie Coudray, Prix de l’Amitié Judéo- Chrétienne de France-Hubert Heilbronn 2025. L’abbaye se trouve dans le village d’Abu Gosch, village arabe, carrefour où juifs, chrétiens et musulmans prient et vivent en Israël dans sa diversité.

La délégation a multiplié les rencontres avec des responsables religieux comme Mgr William Shomali, vicaire général et évêque auxiliaire du Patriarcat latin de Jérusalem, ou le rabbin Gabriel Abensour à l’Institut Hartman, ou encore Ophir Yarden, Directeur du centre des rencontres interreligieuses de « Rossing Center » à Jérusalem, membre de la direction de l’ICCJ, avec des diplomates comme le Chargé d’Affaires de l’Ambassade de France à Tel Aviv et avec le Consul général de France à Jérusalem, la Directrice des Affaires religieuses, au Ministère israélien des Affaires étrangères, ou Ygal Palmor, ancien Directeur du Département Maghreb, Syrie, Liban au ministère des Affaires Étrangères, actuellement responsable des questions étrangères auprès de l’Agence juive, des intellectuels comme le journaliste Michel Gurfinkiel et l’universitaire Denis Charbit (désormais correspondant de la revue Sens en Israël), un juriste, Marc Lévy, représentant du CRIF en Israël, une ancienne députée travailliste, Emilie Moatti, candidate aux prochaines élections.

De toutes ces conversations, par-delà les différences des fonctions et des responsabilités, et des convictions personnelles, il ressort quelques constantes :
Israël est une vraie démocratie, très vivante, et même, nous dit Denis Charbit, « vibrante », avec des débats intenses qui traduisent une société historiquement très divisée, où les manifestations sont nombreuses.
Le pogrom du 7 octobre reste un traumatisme terrible, qui a mis à bas pour le moment les espoirs de paix ; en s’attaquant avec une cruauté inouïe des kibboutz très engagés dans le dialogue et dans la recherche de la paix, les tueurs du Hamas ont déstabilisé le camp de la paix.

Mais la société s’est mobilisée face à une crise existentielle, pour la défense du pays, et se montre remarquablement résiliente.
La paix ne peut passer que par une sécurité absolue assurée à Israël, et par une vraie reconnaissance mutuelle.
La paix passe aussi par la lutte contre les préjugés mutuels contre les juifs comme contre les musulmans, ce doit être une priorité dès l’école.
La paix ne peut passer que par des personnalités charismatiques, des deux côtés, mais que l’on ne voit pas émerger, pour le moment.

La société toute entière s’est durcie après le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza. Le danger actuel, ce sont les actions des fondamentalistes de tous bords, dont les chrétiens sont victimes en Palestine, mais aussi en Israël. « Les chrétiens sont en survie » nous dit-on.

Conclusion : Israël, un État comme les autres ?

Que retenir de ces sept jours vécus intensément en Eretz Israël ? Assurément des moments de rencontres et de partages dans lesquels la liberté de parole a permis une écoute attentive et l’expression d’une grande diversité religieuse, culturelle et politique de la société israélienne. Le traumatisme du 7 octobre 2023, toujours à vif, n’empêche pas la société israélienne de se poser de nombreuses questions sur les défaillances qui ont rendu possible ce massacre dans le pays du refuge et sur cet excès de confiance dans la toute-puissance d’Eretz Israël. La question du « jour d’après » le 7 octobre 2023 et celle du « jour d’après » la guerre à Gaza sont loin d’être résolues.
En tant qu’Amitié Judéo-Chrétienne de France, il ne nous appartient pas d’être donneur de leçon, mais plutôt d’apporter notre amitié à nos amis israéliens de toutes confessions, de faire connaître la réalité du volontarisme, du dynamisme économique, scientifique et sanitaire d’Eretz Israël, de la résilience constante d’un peuple immergé dans une guerre incessante imposée par ses voisins depuis 1948.

Ce séjour a été l’occasion aussi de faire connaître, auprès de nos interlocuteurs, les activités de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France par le biais de la revue SENS et la vigueur du dialogue judéo-chrétien en France.

Jean-Dominique Durand et Joël Thierry