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Claude Lederer nous a quittés

Claude Lederer (1926-2017), Président honoraire de l’Amitié judéo-chrétienne de Bordeaux et fondateur de celle-ci, est décédé ce lundi matin 4 décembre 2017. Sa mise en terre a eu lieu le jeudi 7 décembre au cimetière de Pessac. Nous le remercions pour toute son œuvre de rapprochement, compréhension, amitié, travail de lecture de la Torah et partage entre nos religions juives et chrétiennes, de son souci de transmission de sa foi et d’ouverture à la vie.

Avec le Rabbin Rivon Krygier, de Paris, présent pour son intervention sur la fin de vie, nous lui avons dédié la soirée et rendu hommage dans la prière. Nous espérons que son épouse trouvera auprès de tous le réconfort pour traverser ce moment.

Didier GUEDJ, président de l’AJC de Bordeaux
Philippe LERUSTE, vice-président de l’AJC de Bordeaux

Claude avait, dans Sens, rendu hommage à ceux qui l’ont sauvé pendant la guerre (n° 368, avril 2012, p. 329-332).


Texte lu par Philippe Leruste au cimetière avant les prières dites par le Rabbin Emmanuel Valency et Didier Guedj, président de l’AJC de Bordeaux, à ses côtés

Mot d’Adieu à Claude Lederer

Permettez-moi quelques mots, au moment où Claude-Itshaq disparaît de nos yeux, pour dire ce qui ne saurait disparaître de lui, s’agissant de l’amitié profonde, et donc vraie, qui existe entre nous, Juifs et Chrétiens. Ce qui ne meurt pas chez des mortels. Une victoire sur la mort, déjà dans ce monde. Dans ce monde que Claude continue à faire vivre.

Claude a été la figure même du témoin. Je le sais par les 30 ans passés à ses côtés. Comme tout vrai témoin, il a témoigné de ce qui l’animait en vérité, qu’il avait reçu, qui l’avait traversé et qu’il a donné, largement, comme il avait reçu, largement. Je voudrais simplement rapporter ce qu’il a donné d’essentiel, ce que nous avons été nombreux à recevoir de lui, et qu’il faut entendre parce que ce sont des conditions pour que notre vie soit vraie.

Il a témoigné du refus - viscéral - de toutes les formes de pensée unique. Il a témoigné du danger d’oublier notre histoire (son histoire à lui, dramatique, mais belle aussi, il ne l’a jamais oubliée). Il a témoigné de la nécessité de toujours questionner, de mettre en question, pour débusquer des mensonges et pour avancer plus sûrement. Il maniait souvent le paradoxe, il aimait la provocation, mais c’était pour pousser son interlocuteur à descendre plus profond en lui-même. Il a témoigné, jusque dans son humour – l’humour lui était comme constitutif, de par son second prénom, Itshaq - d’une capacité plutôt rare à résister à l’adversité, avec à ses côtés la complicité de Ginette, sa femme. Claude a été une haute figure de ténacité. Devant les jeunes qu’il a souvent rencontrés, notamment les jeunes chrétiens, il a été l’image de l’homme solide, habité d’une force intérieure, qui était de nature à remettre debout.

Le lien qu’il a noué entre ce qui l’animait et la ténacité à le faire vivre, lui a permis au milieu des années 50, à l’âge d’une trentaine d’années, de fonder l’AJC de Bordeaux, peu de temps après la création de l’AJC de France. Et ce lien lui a permis de maintenir pendant plus d’un demi-siècle cette AJC, qui est restée, grâce à lui d’abord, l’une des plus vivantes de France.

Il était un empêcheur de penser en rond, il le disait. Sans trop d’illusions sur les hommes, mais avec quand même une confiance maintenue en la vie. Et surtout, une ouverture aux autres, à l’opposé des recherches identitaires fermées, excluantes, qu’il redoutait. Il savait que pour aller de l’avant, il faut être parfois réactionnaire, c’est-à-dire en réaction à ce qui empêche le développement de notre condition humaine. En cela, il a pu être un moderne, parce qu’il était ancré dans une Tradition vivante et donc ouverte.

J’ose dire qu’en cela, Claude a gardé et il a mis en pratique, comme le demande l’Éternel. C’était au-delà de simples traits de son caractère. Il a porté haut les Tables du Témoignage, luhot ha’édut. C’est pourquoi pour nous, chrétiens, il a pu représenter la figure du Juif, ‘or hagoïm. Nous en avons été illuminés. Nous portons sa lumière.

Que l’Éternel le prenne en grâce. Et qu’Il lui donne la vie éternelle.
« Ouvrez-moi les portes de justice : j’entrerai, je rendrai grâce au Seigneur - C’est ici la porte du Seigneur : qu’ils entrent, les justes ! » Ps 117
A-Dieu, Claude , et Merci.

Philippe Leruste 7-12-2017