Joann Sfar, Barbara Butch, Amir, et nous pensons aussi aux lycéens juifs chassés sous les injures au théâtre de La Scala à Paris... Et à Boy George avec sa magnifique chanson We Will Dance Again. Cet auteur-compositeur-interprète britannique n’est pas juif, et il ne supporte pas l’antisémitisme, tout comme les membres de l’Amitié Judéo-Chrétienne, et il défend le droit d’Israël à vivre en paix. Ce qui devrait relever de l’opinion, est en fait un acte de combat au sens le plus noble du terme, et un acte de courage car dans son cas, il se fait aux dépens de sa carrière. Tout comme dans un autre domaine, le journaliste Jean Quatremer, homme de gauche, collaborateur du journal Libération, qui a donné à ses confrères journalistes, et au- delà à nous tous, une belle leçon de courage en quittant son journal, sans oublier la formidable Sophia Aram qui résiste à toutes les pressions et injures.
La chasse aux juifs est ouverte, on le sait, cet été elle s’est étendue aux artistes. On sait que la culture est un enjeu, et les porteurs de haine en ont tout particulièrement conscience. Ils ont une stratégie : la violence, les manifestations haineuses, le fonctionnement en meute pour créer un climat de peur parmi les organisateurs d’événements culturels, les directeurs de salles, les élus locaux qui ne sont pas toujours des parangons de courage, pour les amener à renoncer et à déprogrammer au nom de la sécurité des spectateurs et des artistes injuriés, la lâcheté étant la meilleure conseillère. Avec ces manifestations de boycott, nous sommes en plein terrorisme culturel, visant à effacer de notre pays la culture juive, et tout artiste juif ou non, dès lors qu’il défend simplement le droit d’Israël à vivre. On se souvient d’un sinistre professeur d’université de l’Université Lyon 2 dénonçant publiquement une liste de « génocidaires », parmi lesquels le prêtre catholique Patrick Desbois, lui qui a identifié la « Shoah par balles » réalisée dans les plaines ukrainiennes par les soldats allemands. Les actes antisémites, agressions physiques (le rabbin de Nanterre récemment en a été victime), injures, vandalisme, même de plaques perpétuant le souvenir de l’héroïsme de Justes, se multiplient.
Ces porteurs de haine fonctionnent en meute, encouragés par un parti politique, dont nous savons que le Chef charismatique sera l’un des principaux protagonistes de la prochaine élection présidentielle. Il semble que ces meutes rassemblent de plus en plus de jeunes, ce qui rappelle les meutes antijuives nazies qui se répandaient en Allemagne avant même l’arrivée au pouvoir de Hitler, créant une atmosphère générale de peur.
On avait connu cela auparavant en France, au moment de l’Affaire Dreyfus, ce qui avait horrifié Theodor Herzl, et indigné Émile Zola.
N’est-il pas temps justement, de relire la magnifique Lettre à la jeunesse, écrite par Zola, qui, lui aussi a dû faire face à une meute portée par une haine paroxysmique, mais qui lui, n’avait pas peur :
« Des jeunes gens antisémites, ça existe donc, cela ? Il y a donc des cerveaux neufs, des âmes neuves, que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés ? Quelle tristesse, quelle inquiétude, pour le vingtième siècle qui va s’ouvrir ! Cent ans après la Déclaration des droits de l’homme, cent ans après l’acte suprême de tolérance et d’émancipation, on en revient aux guerres de religion, au plus odieux et au plus sot des fanatismes ! Et encore cela se comprend chez certains hommes qui jouent leur rôle, qui ont une attitude à garder et une ambition vorace à satisfaire. Mais chez des jeunes gens, chez ceux qui naissent et qui poussent pour cet épanouissement de tous les droits et de toutes les libertés, dont nous avions rêvé que resplendirait le prochain siècle ? Ils sont les ouvriers attendus, et voilà déjà qu’ils se déclarent antisémites, c’est- à-dire qu’ils commenceront le siècle en massacrant tous les juifs, parce que ce sont des concitoyens d’une autre race et d’une autre foi ! Une belle entrée en jouissance, pour la Cité de nos rêves, la Cité d’égalité et de fraternité ! Si la jeunesse en était vraiment là, ce serait à sangloter, à nier tout espoir et tout bonheur humain. »
Le grand écrivain se montrait inquiet pour le XX° siècle commençant. Comme il avait vu juste ! Il a parfaitement identifié l’homme qui a « une ambition vorace à satisfaire » et le fanatisme de masse.
Pourtant, ce qu’il écrivait n’était que prémonitoire, il ne savait pas ce qui allait survenir, qui était alors de l’ordre de l’impensable. Mais nous, nous le savons ! Nous n’avons pas l’excuse de l’ignorance. Nous savons qu’il existe un lien direct entre l’antisémitisme de meute comme on l’a connu à la fin du XIX° siècle et dans les années 1930, et Auschwitz, car il prépare les esprits à accepter le pire, il tend à annihiler les consciences.
C’est pourquoi le silence de certaines « élites », l’absence de fermeté de l’État, en dehors de quelques bonnes paroles, la lâcheté générale, n’en sont que plus inquiétantes. Silence des intellectuels, faiblesse de l’État, lâcheté, sont les ingrédients qui conduisent au génocide.
On a connu le vrai génocide, celui des camps d’extermination, comme celui perpétré par le Hamas le 7 octobre, en terre d’Israël. Alors que l’accusation de génocide portée contre Israël est devenue obsessionnelle, et semble remplacer celle de déicide, ou plutôt se superposer à celle- ci, en nazifiant Israël et tous les juifs du monde.
Dans ce contexte, il est plus que jamais nécessaire de revenir sur la notion de génocide et sur sa définition. Les travaux du juriste Raphaël Lemkin qui a forgé dès 1943 le mot « génocide » pour qualifier des crimes d’un type nouveau, le procès de Nuremberg qui a jugé en 1946 les principaux criminels nazis, la Convention du 9 décembre 1948, adoptée par l’ONU « pour la prévention et la répression du crime de génocide », éclairent bien la question, et devraient empêcher la prolifération de ce nouveau virus antisémite : l’accusation de « génocidaire » portée contre Israël et par extension contre les juifs et leurs amis. Il faut revenir aux faits pour déconstruire les slogans. J’invite à lire le remarquable numéro de l’été 2026 de la revue la Licra, Le Droit de Vivre. Universalisme & Antiracisme (n° 697), dirigé par Emmanuel Debono, consacré précisément à ce sujet, « Génocide. De la définition à la qualification ». Le prochain numéro de Sens, revue de l’AJCF, daté de septembre-octobre 2026, sera justement consacré au procès de Nuremberg. De quoi nourrir nos réflexions et argumentaires !


