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Le Pape Léon XIV en France-Le mot de Joël Thierry

Le prochain voyage officiel du pape Léon XIV en France, durant quatre jours, du 25 au 28 septembre 2026, est incontestablement un événement historique. La dernière visite officielle d’un pape en France, Benoît XVI en 2008, remonte à dix-huit ans.
Des lieux et des rencontres qui ont du sens.

Les lieux, Paris, Lourdes et Metz, ainsi que le programme prévu, vêpres et messes solennelles, veillées de prières, rencontre avec des migrants à la Maison Bakhita, rassemblement avec les jeunes au Stade de France, rencontre officielle à l’Élysée, discours à l’UNESCO, dialogue interreligieux et rencontre aux racines de l’Europe pour la paix au Centre de Congrès Robert Schuman à Metz, seront autant de moments dans lesquels Léon XIV rappellera son message si bien exprimé dans l’introduction de sa première encyclique Magnifica humanitas : « faire mûrir l’histoire comme un lieu où la dignité de toute personne est préservée, la justice promue et la fraternité rendue possible ».

Magnifica humanitas

Sans nul doute, Magnifica humanitas fera date dans une Église en marche dans l’histoire de l’humanité. Première encyclique qui traite de notre humanité à l’ère de l’intelligence artificielle, elle vise à tracer « un chemin de discernement » à la lumière de la Doctrine sociale de l’Église. Pour protéger la personne humaine à l’ère « des espaces d’informations fragmentés » et « des algorithmes qui favorisent la confrontation », le pape Léon XIV nous invite à réfléchir à partir de « l’intérieur des catégories de la Doctrine sociale » sur le bien commun, sur la destination universelle des biens, sur la subsidiarité, sur la solidarité et sur la justice sociale. Il affirme clairement qu’il ne faut pas assimiler cette « intelligence » artificielle à l’intelligence humaine. La puissance des « prétendues intelligences artificielles » est « exclusivement liée au traitement des données », elles n’ont ni corps, ni joie, ni douleur et ne connaissent pas l’expérience de la relation d’amour et d’amitié.
Il expose les dangers de l’amplification de la désinformation par les réseaux numériques, notamment en consacrant un paragraphe sur la « perte inquiétante de la mémoire historique ». Concernant la mémoire de la Shoah et des deux guerres mondiales, il s’inquiète des dangers de la « réécriture sélective ou déformée du passé, dans un climat où les fausses informations et les manipulations narratives brouillent les leçons apprises ». Sa volonté de venir à Metz, terre de frontières et de réconciliation, est un signe fort en hommage à Robert Schuman, acteur de la réconciliation franco-allemande et de la construction de l’Europe après 1945, pour promouvoir une « culture de la négociation » face à une « culture de la puissance ». Citant Giorgio La Pira, il développe l’urgence de relancer la voie du dialogue et des relations diplomatiques : « Il faudra remplacer la méthode de la guerre par la méthode de la paix : la méthode de la négociation, de la
rencontre, de la convergence, c’est-à-dire la méthode véritablement humaine ». (§ n°221 Magnifica humanitas).
C’est dans cet esprit qu’il situe l’importance du dialogue interreligieux :
« En rejetant la logique de la violence, le dialogue interreligieux joue un rôle décisif, car au cœur des grands itinéraires spirituels se trouve un message de paix. Ceux qui utilisent le nom de Dieu pour légitimer le terrorisme, la violence ou la guerre en trahissent le visage : combattre au nom de la religion revient, en réalité, à porter atteinte à la religion elle-même ». (§ n°223 Magnifica humanitas).
La doctrine diplomatique du Saint-Siège
À propos d’un Moyen-Orient confronté à « la violence persistante et croissante » après le 7 octobre 2023, le pape Léon XIV s’est exprimé à plusieurs reprises conformément à la ligne diplomatique du Saint-Siège : demande d’internationalisation des lieux saints de Jérusalem en 1948 par le pape Pie XII et solution à deux États. Cette position a été constamment réaffirmée par les Papes dans une situation où la sécurité et l’existence même d’Israël sont de plus en plus contestées par le régime des mollahs iraniens et ses proxis islamistes radicaux. Le dimanche 16 août, lors de l’Angélus à Castel Gandolfo, il a rappelé la doctrine du Vatican : « J’appelle instamment la communauté internationale à œuvrer pour des progrès vers la solution à deux États, pour une paix juste et durable ».
L’Amitié Judéo-Chrétienne de France condamne toute « radicalisation des récits »
L’Amitié Judéo-Chrétienne de France dénonce les actions violentes d’extrémismes religieux visant les civils quels qu’en soient les auteurs et l’instrumentalisation des souffrances des victimes civiles « au service de discours idéologiques qui troublent et entravent le discernement » (cf. Déclaration de membres de communautés juives et chrétiennes, Des événements qui nous bouleversent », 15 janvier 2026
L’Amitié Judéo-Chrétienne de France réaffirme son « attachement indéfectible à la dignité et aux droits de toutes les populations de la région, dans la reconnaissance que chaque peuple porte une histoire, une vocation et une responsabilité propres ». La reconnaissance du lien historique et spirituel avec la terre et le droit d’Israël à vivre en sécurité n’ont-ils pas été rappelés par Saint Jean- Paul II dans l’encyclique Redemptionis anno (1984) : « Pour le peuple juif vivant dans l’État d’Israël, qui sur cette terre conserve de si précieux témoignages de son histoire et de sa foi, nous devons invoquer la sécurité et la juste tranquillité auxquelles il aspire, prérogative de toute nation et condition de vie et de progrès pour toute société ».

Joël THIERRY
Secrétaire général de l’AJCF