Wiesel alterne impressions, commentaires et déductions. Il rapporte les légendes (dès sa naissance, Rashi aurait brillé d’une lumière bienfaisante, plus rare que celle d’une pierre précieuse), interprète ses silences (pourquoi parle-t-il si peu de sa vie, de son épouse, de ses filles ?) et mêle à ce portrait ses propres souvenirs.
À travers cette tutélaire figure rabbinique, Wiesel définit ce qui fonde une tradition vivante : la fidélité au texte, le refus de l’arrogance savante, le courage de dire « je ne sais pas », la responsabilité de transmettre. Rashi était un maître humble, subtil et humain dans une période qui ne l’était guère, celle de première croisade et des massacres de Juifs qui l’ont accompagnée : Godefroy de Bouillon, chef des croisés, déclara publiquement qu’il ne prendrait la route tant qu’il n’aurait pas vengé le sang du Christ dans le sang d’Israël.
Un manifeste pour une pensée libre, qui ne cède pas devant la brutalité.



