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Le 7 octobre, trois ans après Entre douleur et espoir

Éditorial de Jean-Dominique Durand
Octobre 2026

La fête de Simhat Torah se célèbre en cette année 5787 (2026), le 4 octobre. Ce jour qui marque la conclusion du cycle annuel de la lecture de la Torah, est un jour de fête.

Mais comment ne pas penser, trois ans presque jour pour jour après, à Simhat Torah de l’an 5784 ? Le 7 octobre 2023 restera pour toujours dans la mémoire du martyrologe juif, le jour où la Shoah s’est réactivée en terre même d’Israël, le jour où la volonté génocidaire s’est réaffirmée avec l’assassinat prémédité, soigneusement préparé par le mouvement islamiste Hamas, de 1 188 personnes, hommes, femmes, enfants, vieillards, massacrés après avoir subi des tortures, les femmes violées et éventrées, tandis que 251 otages furent enlevés. Ils ont été enfermés dans des souterrains, torturés, affamés. 103 d’entre eux y ont trouvé la mort, certains des suites des mauvais traitements subis, d’autres froidement assassinés comme les enfants Bibas, Ariel 4 ans et Kfir 9 mois de mémoire bénie. Les derniers survivants ne furent libérés qu’au bout de deux ans d’un calvaire innommable.

Et puis il y eut le 8 octobre et les jours qui suivirent, marqués dans le monde entier par une explosion de haine antisémite, avant même que l’État d’Israël n’intervienne à Gaza. Un antisémitisme qui n’a cessé de se répandre, de se radicaliser, de s’afficher sans aucun complexe, de se perpétuer au point que nul ne sait comment il pourrait ne serait-ce que se modérer, si tant est que la haine puisse se modérer.

Dans ma Lettre de septembre, j’ai voulu dénoncer le terrorisme culturel déchaîné contre les artistes juifs attaqués par des meutes pour les empêcher de s’exprimer. Ces meutes sont encouragées par la lâcheté ambiante, celle de responsables de salles qui s’empressent d’annuler des spectacles programmés depuis longtemps, celle d’élus au nom de la sécurité, celle de ceux qui préfèrent se taire, notamment dans le monde culturel.

Pourtant, en ces jours de fêtes juives, et de commémoration du 7 Octobre, je veux souligner le courage de deux personnalités, deux intellectuels bien connus, qui savent se dresser et s’opposer à cette haine d’atmosphère qui nous envahit. Ils nous apportent, par leurs gestes, par leurs écrits et par leurs paroles, un réconfort précieux.
Jean Quatremer a eu le courage de quitter le quotidien Libération afin de préserver sa liberté de conscience. Il écrit dans « Adieu Libé », sa lettre d’adieu au journal où il a travaillé pendant plus de quarante ans, le 29 juillet 2026 :
« Je vous le dis, moi qui ne suis pas juif : l’antisémitisme sous toutes ses formes, même sournoises, est le marqueur incontestable de la haine de la République, des libertés, de l’État de droit, de l’égalité, de l’humanisme ; il prédit le totalitarisme. »
L’écrivain italien Erri De Luca, à la tête d’une œuvre foisonnante, aux convictions de gauche, s’affiche sans crainte comme un amoureux de la langue hébraïque, de la Bible et de la culture juive, qui a appris le yiddish comme « la seule façon – selon lui – de donner tort à l’Hitler et à l’Histoire », et surtout, comme un ami d’Israël. Invité au festival international des écrivains à Jérusalem en mai dernier, il s’est revendiqué comme sioniste, parce que, dit-il, « le sionisme est la reconnaissance la plus simple et la plus fondamentale du droit des Juifs à une patrie nationale ». Il a dénoncé aussi l’accusation de génocide à Gaza, comme « une distorsion historique et verbale du conflit ». Il ajoute : « Je le dis haut et fort, et le prix à payer m’importe peu ».
Dans les deux cas, le prix payé pour ce courage est élevé : ostracisme, déchaînement d’injures sur les réseaux sociaux, menaces. Jean Quatremer et Erri De Luca nous envoient un message : il est possible, même lorsque l’on occupe une position sociale en vue et que l’on a beaucoup à perdre, de refuser l’antisémitisme et d’affirmer sa solidarité avec les juifs et de défendre le droit à l’existence d’Israël. En ce sens, ils sont les héritiers des Justes des années 1940. Ne perdons pas espoir.