Pourtant, en ces jours de fêtes juives, et de commémoration du 7 Octobre, je veux souligner le courage de deux personnalités, deux intellectuels bien connus, qui savent se dresser et s’opposer à cette haine d’atmosphère qui nous envahit. Ils nous apportent, par leurs gestes, par leurs écrits et par leurs paroles, un réconfort précieux.
Jean Quatremer a eu le courage de quitter le quotidien Libération afin de préserver sa liberté de conscience. Il écrit dans « Adieu Libé », sa lettre d’adieu au journal où il a travaillé pendant plus de quarante ans, le 29 juillet 2026 :
« Je vous le dis, moi qui ne suis pas juif : l’antisémitisme sous toutes ses formes, même sournoises, est le marqueur incontestable de la haine de la République, des libertés, de l’État de droit, de l’égalité, de l’humanisme ; il prédit le totalitarisme. »
L’écrivain italien Erri De Luca, à la tête d’une œuvre foisonnante, aux convictions de gauche, s’affiche sans crainte comme un amoureux de la langue hébraïque, de la Bible et de la culture juive, qui a appris le yiddish comme « la seule façon – selon lui – de donner tort à l’Hitler et à l’Histoire », et surtout, comme un ami d’Israël. Invité au festival international des écrivains à Jérusalem en mai dernier, il s’est revendiqué comme sioniste, parce que, dit-il, « le sionisme est la reconnaissance la plus simple et la plus fondamentale du droit des Juifs à une patrie nationale ». Il a dénoncé aussi l’accusation de génocide à Gaza, comme « une distorsion historique et verbale du conflit ». Il ajoute : « Je le dis haut et fort, et le prix à payer m’importe peu ».
Dans les deux cas, le prix payé pour ce courage est élevé : ostracisme, déchaînement d’injures sur les réseaux sociaux, menaces. Jean Quatremer et Erri De Luca nous envoient un message : il est possible, même lorsque l’on occupe une position sociale en vue et que l’on a beaucoup à perdre, de refuser l’antisémitisme et d’affirmer sa solidarité avec les juifs et de défendre le droit à l’existence d’Israël. En ce sens, ils sont les héritiers des Justes des années 1940. Ne perdons pas espoir.

