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Trois questions au Pasteur Alain Massini, lauréat du prix de l’Amitié judéo-chrétienne de France 2011

Propos recueillis par Stéphanie Dassa, membre du Comité Directeur de l’AJCF, pour le CRIF.

Remise du Prix AJCF 2011 à Alain Massini par M. Hubert Heilbronn, le fondateur du Prix, le lundi 24 octobre 2011 à 18h30 au Temple du Saint-Esprit, 5 rue Roquépine 75008 Paris (M° St-Augustin).

J’ai souvent entendu le Pasteur Florence Taubmann, présidente de l’AJCF employer l’expression empruntée à Patrick Cabanel d’ « affinités électives » pour qualifier les relations entre Juifs et Protestants. Vous avez présidé la Commission Chrétiens et Juifs de la Fédération Protestante de France de 1996 à 2008. Depuis cette date, vous êtes membre de la Commission de la Fédération Protestante pour les relations avec le Judaïsme. Confirmez-vous l’expression de Patrick Cabanel : s’agit –il d’affinités électives ? Sur quoi reposent-elles ?

L’expression d’« affinités électives » qu’utilise le Pr. Patrick Cabanel pour qualifier la relation particulière qui a lié dans l’histoire les protestants français et les juifs est sans doute la plus appropriée.

Elles résultent, me semble-t-il, de plusieurs facteurs historiques.

Le premier est l’histoire douloureuse et tourmentée du protestantisme français qui a connu la persécution et l’exil. Cette proximité de destin a probablement renforcé ce lien et rendu proche les protestants des malheurs qui frappaient les juifs dans leurs exils successifs ou persécutions, jusqu’à l’horreur de la Shoah.

Le second est lié à la lecture biblique, notamment la lecture de l’Ancien Testament qui a rendu les protestants français proches des juifs. Cette lecture leur révèle que les juifs occupent une place centrale dans l’histoire biblique en tant que témoins de D.ieu dans l’histoire, et ils ont transmis la foi en ce D.ieu que le juif Jésus, le Christ, nous a révélé.

Enfin, le troisième facteur est théologique. Nous l’avons hérité de la tradition calviniste qui enseigne que « la nouvelle Alliance » n’élimine pas l’ancienne, mais que toutes deux constituent une seule alliance accordée de deux manières différentes (Institution II, 10.2).

On a pu donc induire que, comme tous les hommes, juifs et chrétiens sont soumis aux décrets éternels de D.ieu. Devant D.ieu, ils ne peuvent espérer qu’en sa grâce et témoigner, en restant fidèle à leur tradition particulière, la mystérieuse et indicible présence du Tout-Autre qui leur donne vie et les conduit.

Il faut noter que dans le monde protestant contemporain, ces « affinités électives » ont été pour le moins mises à mal ou remises en question en cette fin de XXème siècle, suite à la création de l’Etat d’Israël et la guerre des six jours et du débat idéologique qui a eu lieu au sein de nos communautés. J’ose espérer, comme le pense Patrick Cabanel, qu’elles se maintiendront après cette crise.

Vous vous êtes impliqué dans rédaction de la version française de la déclaration de Leuenberg. Qu’est ce qui a motivé la production de ce document fondamental ?

Ayant été désigné par le Conseil permanent luthéro-réformé pour représenter les français et participer au groupe de travail qui a mis au point le document « Eglise et Israël », je me devais au moins d’en contrôler la version française qui a été supervisée au final par le professeur André Birmelé.

Ce document part d’une affirmation que l’on trouve dans un autre texte de Leuenberg, sur l’Eglise de Jésus-Christ : il y est dit que : « par le fondement de sa foi, l’Eglise dépend d’Israël, et sa relation avec Israël fait donc partie intégrante de la question du fondement de sa foi ».

Il convenait donc tout en explicitant cette affirmation et orienter ce dialogue dans un respect absolu de l’altérité juive, de relire les résultats des consultations et discussions qui se sont déroulées dans les dernières décennies du XXème siècle, tant au Conseil Œcuménique des Eglises, dans l’Eglise catholique qu’au sein des Eglises protestantes.

C’est ce que les Eglises issues de la Réforme en Europe présentent dans ce document où, après avoir reconnu la co-responsabilité et la culpabilité des chrétiens dans le processus qui a conduit à la Shoah et présenté une demande de pardon, elles affirment avec force le rejet de la théologie de la substitution (l’Eglise n’a pas remplacé Israël dont l’élection aurait été retirée), rappellent l’élection irrévocable du peuple juif, les racines juives de la foi chrétienne, le lien indissoluble entre l’Eglise et Israël, invitent à abandonner toute « mission » envers les Juifs, et reconnaissent le rôle central de l’Etat d’Israël pour le Judaïsme tout en rappelant la nécessité de trouver une résolution juste et pacifique du conflit du Moyen-Orient.

Le CRIF et la Fédération Protestante de France sont en consultation permanente. Qu’est ce qui a provoqué la mise en place des ces échanges récurrents ?

L’on doit la mise en place de cette consultation permanente au pasteur Jean-Arnold de Clermont lors de sa présidence à la FPF. Sincèrement attaché à ce dialogue, qu’il souhaitait être mené en vérité, il considérait qu’il était important qu’il y ait un lieu d’échange permanent entre les protestants et les juifs et il lui semblait que le CRIF et la FPF, deux structures fédératives, fournissaient un lieu naturel et privilégié pour de telles consultations. Il chargea Jean-Noël de Lacoste, ancien ambassadeur de France, et le regretté professeur Etienne Trocmé d’entreprendre ces entretiens réguliers. Si souvent les prises de position de Jean-Arnold de Clermont, n’ont pas été comprises dans le monde juif et ont pu parfois provoquer quelques tensions, il faut lui rendre justice d’être à l’initiative de ce groupe qui proposa en 2004 un colloque commun, « Juif et protestants en France », qui se tint à la Maison du Protestantisme, et un voyage d’étude en Israël en 2006.

Aujourd’hui le groupe de contact CRIF/FPF est intégré dans la Commission de la Fédération Protestante de France pour les relations avec le Judaïsme.

Source : site du CRIF