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Rosh hashana : Le « nouvel an » : retour, ou départ....

Par Anne-Marie Dreyfus, de l’AJCF Draguignan.

Rosh hashana, davantage qu’un « premier de l’an », est le premier des dix jours qui conduisent à Yom Kippour. Appelée dans le Pentateuque « Jour de sonnerie du shofar » ou « Commémoration de sonnerie du shofar » (Nb 29,1), le nom « Tête de l’année » (traduction littérale de Rosh hashana) n’apparaît que dans le livre d’Ezéchiel (40,1).

Selon la tradition talmudique, le 1er Tishri, date de Rosh hashana, n’est pas le seul jour inaugural d’une nouvelle année ! Dans le calendrier juif, le 1er Nisan (commémoration de Pessah et anniversaire de la naissance d’Israël comme peuple), le 15 Shevat (nouvel an des arbres) et le 1er Eloul (date du prélèvement de la dîme à l’époque du Temple) sont aussi considérés comme débuts d’année. Pour compliquer encore les choses, lorsque la Bible parle de la célébration du renouvellement de l’année au 7ème mois (Lv 23,24), elle compte ces mois à dater de Nisan, mois de la sortie d’Égypte, et non à partir des douze mois précédents...

Si Pessah ouvre le décompte des mois de chaque année, Rosh hashana ajoute une nouvelle année au calendrier. Ces deux « commencements » ont aussi en commun d’être les périodes-charnière de l’année agricole – moissons, semailles – et des équinoxes.

Les 14-15 septembre 2015 prochains, nous commencerons l’année 5776 du calendrier hébraïque (la fête durant 2 jours). Les Sages du Talmud ont avancé que Rosh hashana est l’anniversaire de la création d’Adam. Nous ne sommes évidemment pas ici dans le registre de l’anthropologie, mais du symbole : cet anniversaire pourrait être celui de l’émergence de la conscience historique dans l’humanité, il y a quelque 5000 ans. D’ailleurs, la liturgie de ce jour ne célèbre aucunement la nature ou le monde créé, mais avant tout, la royauté divine sur ce monde.

Rosh hashana est certes une fête – qu’on marque entre autres par la réunion de famille et d’amis autour de bons repas. Mais c’est une fête solennelle et grave, en ce qu’elle inaugure pour celui qui s’y prépare une période d’examen de conscience, de volonté de réparer ses fautes à l’égard de Dieu, d’effort de réconciliation avec ceux envers qui l’on a des torts. La tradition enseigne que tous les hommes comparaissent devant le Juge suprême le jour de Rosh hashana. Ils ont dix jours, jusqu’à la fermeture des portes du Tribunal céleste, pour obtenir le pardon et repartir, comme neufs, dans la vie. En effet, d’après le Talmud, c’est le jour de Kippour que Moïse a présenté au peuple les secondes tables de la Loi, données par Dieu en signe de pardon après la faute du veau d’or et l’expiation du peuple.

On comprend que la décade entre Rosh hashana - jour du jugement - et Yom Kippour - jour où la sincérité du repentir aura contribué à infléchir le Jugement divin – soit appelée : jours « terribles » ou jours « redoutables ». Mais c’est aussi l’occasion d’une re-création intime, favorisée par trois outils : la Tefila (prière), la Teshouva (repentir), la Tsedaka (charité).

La Tefila, particulièrement durant cette période, correspond à son étymologie : en hébreu, le mot « prière » vient d’une racine qui signifie « juger ». Prier, c’est me demander quelle cohérence il y a entre les mots que je dis, ce que je pense vraiment, ce que je fais réellement. Ce qui suppose non seulement la ferveur, mais un travail de purification. « Lorsque tu pries, sache devant qui tu te tiens » (Maximes des Pères).

La Teshouva, au-delà du repentir, implique une révolution intérieure : devenir capable de ne pas retomber dans la même erreur ou la même faute si l’on se trouve à nouveau dans des circonstances identiques à celles de l’erreur ou de la faute première. Ce « retour » (sens étymologique du mot hébreu pour « repentir ») permet, paradoxalement, d’aller de l’avant : autrement dit, le repentir permet un nouveau départ. Il est la condition préalable pour demander pardon - au prochain, et à Dieu. La Teshouva est aussi une « réponse » (autre sens donné par l’hébreu) à la question posée à Adam après la faute : « Où es-tu » ? que les commentateurs entendent comme une question posée à tout humain : « où en es-tu, sur ton chemin d’homme ? ».

La Tsedaka, « charité », est une exigence de justice sociale - et non un élan du cœur, versatile par définition. Cette exigence - qui devrait être quotidienne - est, là encore, réactivée par la prise de conscience auxquelles invitent Rosh hashana et Yom Kippour : si je suis privilégié par la nature ou par la fortune, je suis de ce fait responsable de celui qui est défavorisé. La Tsedaka, acte de justice, en réparant concrètement le tissu social, témoigne de l’amour de Dieu insufflé en l’homme.

L’apogée du rituel de Rosh hashana est, à la synagogue, la sonnerie du shofar – ou plutôt l’ensemble de sonneries de cette corne de bélier qui rappelle l’animal sacrifié à la place d’Isaac (Gn 12). Ce souffle sonore, inarticulé, qui vient d’en-deçà du langage est - pour le fidèle qui l’entend sous le châle de prière qui le couvre à ce moment-là – comme une prière primordiale. La succession et le rythme des sonneries - saccadées comme un sanglot, lancinantes comme un appel, prolongées comme une attente - provoquent la brisure, l’ébranlement intérieur, une mise en route - vers soi-même, et vers la Source de toute prière.

Cela se reflète dans d’autres aspects de l’office : le blanc - symbole du désir de purification, mais aussi rappel du linceul qui évoque la fragilité humaine - est de rigueur dans la plupart des synagogues, qu’il s’agisse des vêtements des fidèles et des officiants, des tentures qui ferment l’Arche sainte et recouvrent le lutrin, des robes qui enveloppent les rouleaux de la Tora.

L’après-midi du 1er jour, une cérémonie de confession collective réunit les fidèles au bord de la mer ou d’un cours d’ eau, et chacun y « jette » symboliquement tous ses péchés (en hébreu Tashlikh) – ce qui n’est pas sans rappeler un rite préalable à la fête de Pessah, où l’on brûle les dernières miettes de pain trouvées après le grand nettoyage – symbole des traces d’orgueil dont il reste à se débarrasser...

A la maison, au début du repas du soir de Rosh hashana, la bénédiction que l’on dit habituellement sur le pain trempé dans du sel est prononcée après l’avoir trempé dans du miel, symbole de la douceur espérée pour l’année qui commence. Une coutume ashkénaze veut que l’on trempe aussi une tranche de pomme dans le miel, tandis que le rituel séfarade, plus élaboré, offre un choix de nourritures dont les noms évoquent autant de bénédictions. Le second soir, on mange les premiers fruits de cette saison d’automne qui va être le cadre de toutes ces fêtes : Rosh hashana, Yom Kippour, Souccot, et enfin Simhat Tora.

Dans la ferveur et la gravité de Rosh hashana, je souhaite à mes amis de l’AJCF d’être inscrits dans le Livre de la Vie !

Anne-Marie Dreyfus

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