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Religieuses, elles œuvrent depuis plus de quarante ans au dialogue judéo-chrétien

Un article de Martine de Sauto dans le journal La Croix du 16 octobre 2012, paru sur le site de La Croix le 15 octobre.

Sœur Dominique de la Maisonneuve et Sœur Louise-Marie Niesz, Religieuses de Notre-Dame de Sion, reçoivent lundi soir 15 octobre, au Collège des Bernardins à Paris, le prix annuel de l’Amitié judéo-chrétienne de France.

Elle a, dit-elle, eu « la chance » de grandir à Anvers (Belgique) dans un quartier où vivait une communauté juive ultraorthodoxe. « C’était un peu comme le quartier Méa Sharim de Jérusalem », se souvient Sœur Louise-Marie. Pendant la guerre, elle assiste à l’arrestation d’une famille juive. L’interrogation en elle se fait dès lors lancinante. Elle s’accroît lorsqu’un Vendredi saint, elle « entend » pour la première fois que Jésus était juif. Pourquoi les chrétiens n’aiment-ils pas le peuple de Jésus ? La rencontre des Sœurs de Notre-Dame de Sion lui apportera la réponse attendue : « Elles priaient pour les juifs. Ma place était trouvée ! » commente simplement sœur Louise-Marie.

L’histoire de Sœur Dominique est différente. La congrégation, elle l’a connue en tant qu’élève du lycée Notre-Dame de Sion à Paris. Le désir de répondre à l’appel à la vie religieuse, conjugué à celui d’enseigner, l’a ensuite naturellement menée à choisir d’y entrer : « Les juifs, ce n’était pas vraiment mon souci ! Rien ne me prédisposait à aller à leur rencontre. »

« J’ai été frappée par la connaissance que les juifs avaient de la Parole de Dieu »
Durant plus de quinze ans, les deux religieuses seront enseignantes. Jusqu’à ce que le Concile bouleverse profondément leur parcours. Leur congrégation avait été fondée en 1843 par Théodore et Alphonse Ratisbonne, deux frères juifs convertis au catholicisme, pour tendre une main à l’Église et une main au peuple juif.

Faute de « débouché » apostolique – si ce n’est d’éventuelles conversions –, elle se consacrait depuis plus d’un siècle essentiellement à l’éducation. Néanmoins, quelques religieuses portaient en elles ce que le Concile allait entériner avec la déclaration Nostra Aetate, à savoir le lien spirituel qui relie le peuple du Nouveau Testament à la lignée d’Abraham. « Elles ont travaillé dans les coulisses du Concile pour que ce texte voie le jour, se souvient Sœur Louise-Marie. La congrégation va alors prendre un tournant, transmettre ses collèges pour se consacrer à ce qui était la fine pointe de sa vocation. »

Comme la plupart de ses sœurs, Sœur Louise Marie ne connaissait rien de la vie ni de la foi juives. Elle suit les conférences du centre universitaire juif, se met à l’école de la communauté juive et séjourne plusieurs fois en Israël. Sœur Dominique est quant à elle envoyée à Jérusalem, où elle étudie l’hébreu. « C’est là que j’ai véritablement découvert ma vocation, confie-t-elle. J’ai été frappée par la connaissance que les juifs avaient de la Parole de Dieu. »

« Ensemencer » le peuple de Dieu à qui « on n’a pas enseigné la judaïté et le judaïsme de Jésus »
Bientôt, les deux religieuses se retrouvent au Sidic Paris, une antenne du service international de documentation judéo-chrétienne, fondé à Rome par la congrégation pour accompagner la mise en œuvre de Nostra Aetate. Sœur Louise-Marie y enseigne la Bible, éclairée par la Tradition orale du judaïsme. Sœur Dominique, qui donne aussi des cours à la Catho, y enseigne l’hébreu, « la voix royale pour un accès direct à la Parole de Dieu ». Les enseignants juifs auxquels elles font très vite appel deviennent pour elles des amis.

Depuis plus de quarante ans, elles s’efforcent ainsi avec constance de faire découvrir aux chrétiens que la racine de leur foi est juive. « Il y va de la vérité de la foi chrétienne », disent-elles. Il y a quelques années, pour être sûres que cette tâche se poursuivra au-delà de leur engagement, et parce que leur congrégation n’a plus les forces nécessaires, elles ont transmis l’essentiel des cours aux Bernardins, où elles enseignent toujours.

Malgré leur âge, les deux octogénaires gardent en effet profondément ancré en elles le désir d’« ensemencer » le peuple de Dieu – y compris, insistent-elles, « la hiérarchie de l’Église » à qui « on n’a pas enseigné la judaïté et le judaïsme de Jésus », et qui oublie que « le peuple juif n’est pas un peuple parmi d’autres, mais un peuple à part, choisi par Dieu pour le salut de tous ».

Martine de Sauto, la Croix, 15 10 2012