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Œcuménisme

Glossaire : Des mots pour dialoguer

Travail collectif du Groupe AJCF de Lille


Ce terme a des ambigüités, qu’il convient de relever. Son acception évolue au cours du temps et selon les lieux. Né dans la Grèce antique, le terme a été rapidement christianisé ; inversement, sa signification a récemment quitté le strict domaine religieux, pour s’élargir et désigner toute activité cherchant à dépasser les divisions et les polémiques.

La racine du mot vient du grec Oika (qui désigne la maison) et d’Oikuméné (qui désigne par extension l’Église universelle). On trouve plusieurs occurrences du terme dans les Évangiles et chez les Pères de l’Église. Tout particulièrement, Mt 24, 14 désigne par Oikuméné l’ensemble de l’humanité dont personne n’est exclu de la Bonne Nouvelle : « Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans le monde entier [Oikuméné], pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin ».
La notion d’Oikuméné a enregistré une nouvelle acception à partir des XVème-XVIème siècle, lorsque la Réforme s’est emparée du terme pour désigner la plénitude et l’unité de l’Église universelle.

Cependant, il faut attendre le XXème siècle pour que les termes œcuménicité et œcuménisme apparaissent. En milieu protestant, ces deux termes désignent le mouvement d’unité des Églises et les relations fraternelles que peuvent tisser entre elles les différentes Églises protestantes. Ces deux termes figurent dans le vocabulaire catholique à partir de la deuxième moitié des années trente.

Utilisé pour désigner la coopération et le mouvement de rapprochement des Églises, le terme œcuménisme a aussi été employé dans le cadre des relations judéo-chrétiennes. A cela, plusieurs raisons :
- Au départ, la semaine de prières pour l’unité (dans l’hémisphère nord, du 18 au 25 janvier, c’est-à-dire de la fête de saint Pierre à celle de saint Paul), fondée en milieu protestant au début du XXème siècle, et vite reprise en milieu catholique, dans les années 1930, inclut rapidement une prière pour la conversion des Juifs le dernier jour de son octave (fête de la conversion de saint Paul). La perspective de la désunion chrétienne s’élargit dans l’entre-deux guerres, du fait que certains théologiens parlent de la séparation entre Juifs et Chrétiens comme d’un premier schisme.
- Dans les années cinquante, le Père Paul Démann nds développe la notion de populo dei pour y englober les Juifs, en se séparant toutefois de la théologie de la substitution.
- Enfin, le Secrétariat pour l’Unité des chrétiens du cardinal Béa créé pendant le Concile Vatican II (1962-1965) se voit chargé de la rédaction d’un texte « Sur les Juifs » qui deviendra le § 4 de la Déclaration conciliaire Nostra Aetate (28 octobre 1965). Tous ces événements concourent à élargir les pratiques de l’œcuménisme dans le sens d’une ouverture au Judaïsme.

Au moment de Vatican II, le terme œcuménisme désigne trois éléments :
- l’Église universelle : c’est un concept géographique. Le Concile a pour vocation de rassembler les évêques catholiques du monde entier ;
- les Chrétiens en relation : le terme désigne l’ensemble de ceux entrés par le baptême dans la foi chrétienne. A l’intérieur des voix conciliaires, le cardinal Béa propose une définition encore plus audacieuse : « Le mot œcuménique tel qu’il est utilisé dans la plupart des cas aujourd’hui indique une sorte de fédération des Églises en tant qu’égales ».
- La parenté entre Juifs et Chrétiens. Le terme considère ici tous ceux entrés dans l’alliance avec le Dieu d’Abraham.

Un temps pressenti pour figurer dans la déclaration conciliaire sur l’œcuménisme, le texte sur les Juifs (Nostra Aetate § 4) est déplacé. Les protestants observateurs au Concile souhaitent limiter l’usage du terme aux seuls chrétiens. De leur côté, des Juifs orthodoxes expriment leur crainte d’être englobés dans le mouvement de rapprochement chrétien, et se déclarent contre l’usage du terme œcuménisme pour designer le rapprochement entre Juifs et Chrétiens. On voit bien là toute la nécessaire clarification de l’usage de ce terme.

Finalement, le décret Unitatis Redintegratio (Paul VI, 1964) énonce :
« À ce mouvement vers l’unité, qu’on appelle le mouvement œcuménique, prennent part ceux qui invoquent le Dieu Trinité et confessent Jésus comme Seigneur et Sauveur, non seulement pris individuellement, mais aussi réunis en communautés dans lesquelles ils ont entendu l’Évangile et qu’ils appellent leur Église et l’Église de Dieu. Presque tous cependant, bien que de façon diverse, aspirent à une Église de Dieu, une et visible, vraiment universelle, envoyée au monde entier pour qu’il se convertisse à l’Évangile et qu’il soit ainsi sauvé pour la gloire de Dieu ». Le terme est officiellement limité, dans l’Église catholique, aux relations entre Églises chrétiennes.

Si le terme œcuménisme a été restreint au seul mouvement d’unité des Églises, le terme oecumenism englobe encore cependant à l’occasion Juifs et Chrétiens, dans les pays de culture anglo-saxonne. On le trouve aussi sous la plume de certains auteurs chrétiens post-conciliaires, à l’exemple du Père Bruno Hussar op, lequel aimait à parler d’« œcuménisme à la racine » pour désigner la relation judéo-chrétienne. Une récente réforme du Saint-Siège a introduit dans le même Dikaster la Commission des Relations avec le Judaïsme et celle pour l’Unité des Chrétiens. Cet usage ne vise cependant pas à englober les Juifs dans une unité des Églises.
Il faut noter que la relation entre Juifs et Chrétiens n’entre pas dans le domaine de l’œcuménisme stricto sensu, lequel ne concerne que la relation entre Églises chrétiennes.