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Le Prix AJCF 2011 au Pasteur Alain Massini dans Réforme

Réforme, l’hebdomadaire protestant, avait annoncé le prix AJCF 2011 dès sa désignation, il a consacré deux articles après la remise du Prix au Pasteur Alain Massini.
Le site de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France les reproduit ci-dessous, avec l’accord du journal Réforme.


http://www.reforme.net/

 JUIFS ET CHRÉTIENS : Un pasteur ERF à l’honneur

Réforme n°3437 27 octobre 2011 p.19

Alain Massini, pasteur de l’ERF, est-il Aaron ou Abraham, s’interrogent avec humour quelques personnalités ? À la tribune, il ne bronche pas. L’heure est aux compliments et aux honneurs pour Alain Massini, ce soir du 24 octobre, au temple du Saint-Esprit à Paris.
Il y a là justement les amis de l’Amitié judéo-chrétienne de France (AJCF), d’anciens paroissiens de Clermont-Ferrand (le dernier poste d’Alain Massini), deux évêques catholiques, quelques rabbins, des confrères du groupe de recherche théologique et œcuménique des Dombes, la famille... .
Le pasteur réformé recevait en effet officiellement le prix annuel de l’AJCF pour son action et sa réflexion en matière des relations judéo-chrétiennes. C’est le deuxième protestant à être ainsi honoré par ce prix après l’historien Fadiey Lovsky, fondateur en 1948 de l’ACJF et initiateur en France du dialogue judéo-chrétien. Pour le professeur Armand Abecassis, Alain Massini fait partie de ces chrétiens qui «  approfondissent leur foi chrétienne avec leurs connaissances du judaïsme ». Réforme publiera, la semaine prochaine, un portrait d’Alain Massini.

Bernadette Sauvaget

 L’homme de la rencontre : Alain MASSINI.
Un pasteur à la barbe de rabbin, passionné par le dialogue judéo-chrétien.

Réforme n°3438, 3 novembre 2011 p.16 (Portrait)

« Si l’on regarde la vie de l’Église, le problème de la Shoah n’a pas été spirituellement et théologiquement intégré »

La vie et l’itinéraire d’Alain Massini se résumeraient, sans doute, par un mot : la rencontre. De lui, il aime dire qu’il est un « hapax », une hybridation en quelque sorte unique. Dans son ascendance, il croise des origines catholique et protestante, les émigrations et les soubresauts politiques et douloureux du XXe siècle. Mais protestant, il l’est indéniablement. Son protestantisme s’enracine dans les Cévennes et son enfance a été rythmée, enthousiasmée par les vacances chez sa grand-mère maternelle cévenole.
« Ce qui m’a ouvert à cette notion de service, c’est le scoutisme », explique Alain Massini quand on l’interroge sur sa vocation de pasteur. «  Je n’ai pas eu de révélation de type charismatique, poursuit-il. Un tas de choses se sont mises bout à bout ; un réseau s’est installé.  » Il y a, bien sûr, quelques noms qui surgissent, comme celui de Jacques Stewart, alors pasteur à Lyon qui l’amène à sa confirmation. Vers ses 15-16 ans, son choix s’affermit. « J’ai raté mes études classiques. Je me souviens qu’en cinquième, j’avais énormément grandi physiquement et j’ai dormi quasiment toute l’année. En fait, j’ai toujours douté de moi », avoue avec fraîcheur Alain Massini. Sa mère soutient son choix d’être pasteur. En revanche, son père lui enjoint d’attendre sa majorité. Quelques années plus tard, l’accord viendra, le père respectant le choix du fils.
Alain Massini est aussi un enfant des années 60, un « soixante-huitard  » même, comme il le dit. « En fait, nous avons été très vite récupérés en 68 par les syndicats et les partis politiques, estime-t-il aujourd’hui. Cela a ouvert des portes mais l’ennui, c’est que cela a produit des générations individualistes.  » Avant d’entrer à la faculté de théologie, Alain Massini, qui peine à avoir son bac, ira à l’école préparatoire théologique de Saint-Cyr au Mont-d’Or, près de Lyon. « Il y avait là des gens qui n’avaient pas eu un cursus normal. J’étais admiratif de certains copains. En quelques années, ceux qui n’avaient que le certif arrivaient au bac », raconte-t-il.
En 1973, il prend son premier poste de pasteur à Thonon-les-Bains. « Je suis plus transalpin que méridional », aime à dire Alain Massini. Il passera dans la Bresse, à Paris, à Firminy et enfin à Clermont-Ferrand. De poste en poste, la vocation particulière d’Alain Massini s’affine et s’affirme. Deux axes majeurs balisent son parcours, l’œcuménisme et les relations avec le judaïsme. Pour son engagement, Alain Massini vient de recevoir le prix 2011 de l’Amitié judéo-chrétienne de France (AJCF). Un chemin comme un destin, d’une certaine manière, tant dans les liens personnels que les intérêts artistiques ou intellectuels.

La tourmente de la Shoah
Alain Massini insiste. C’est bien les rencontres qui l’ont façonné. Il y a d’abord eu un professeur de grec, Jacques David, qui lui donne des cours particuliers, des condisciples, un père prisonnier de guerre au sinistre camp ukrainien de Rawa-Ruska. Aux alentours, la Shoah par balles anéantit les communautés juives. « Mon père ne m’a jamais parlé du camp. Mais souvent, il faisait des cauchemars », raconte Alain Massini. Viendront ensuite un premier mariage et la rencontre avec sa belle-famille juive, originaire de Sarajevo. Son prix de l’AJCF, il l’a dédié, entre autres, à Tzaadik et Simkha Danon, les arrière-grands-parents maternels de son fils Nathanaël, morts dans la tourmente de la Shoah. Il y eut encore le pasteur Alain Blancy. Puis sont venues les responsabilités, à la Fédération protestante ou à la Concorde de Leuenberg pour réfléchir et développer les liens avec le judaïsme.
Alain Massini s’interroge, toujours et encore. La question de la Shoah est là, présente, le tourmente. Pourquoi et comment en est-on arrivé là ? Qu’est-ce que le christianisme en a fait ? « Si l’on regarde la vie de l’Église, le problème de la Shoah n’a pas été spirituellement et théologiquement intégré, estime-t-il. Cela n’a pas réellement remis en cause la théologie chrétienne. Certes, quelques théologiens l’ont fait. Certes, on dit que la théologie de la substitution est obsolète. Mais est-ce réellement vécu ? » Ses questionnements-là ont une résonance particulière pour le père et le grand-père qu’il est. « L’antisémitisme n’est pas loin, dit-il. Il y a une tradition toujours ancrée. Et je m’inquiète pour ma petite-fille juive. »

Bernadette Sauvaget

Parcours

- 1946 : naissance à Avignon.
- 1973 : pasteur à Thonon-les-Bains.
- 1976 : maîtrise de théologie sur Elie Wiesel.
- 1979 : intégration au groupe des Dombes, où se retrouvent théologiens protestants et catholiques.
- Depuis 1996 : commission des relations avec le judaïsme de la FPF, qu’il a présidée jusqu’en 2008.

 Comme une leçon inaugurale…

Ce fut une belle fête de l’amitié. Mais aussi pour Alain Massini, récompensé le 24 octobre par le prix 2011 de l’AJCF (Amitié judéo-chrétienne de France ; voir Réforme de la semaine dernière), l’occasion de donner une sorte de leçon inaugurale, à la manière du Collège de France, d’expliciter sa conception des relations judéo-chrétiennes. En voici un extrait. L’intégralité sera publiée dans le prochain numéro de la revue Sens.
« Je suis très inquiet de l’enthousiasme que suscite chez bien des chrétiens la découverte de la richesse de la tradition juive et qui s’y engouffrent sans discernement, se l’approprient sans l’approfondir et succombent à nouveau à la tentation séculaire de la captation d’héritage. Que dire des mouvements messianiques contemporains juifs ou chrétiens qui revendiquent être les héritiers des judéo-chrétiens du Ier siècle, et dont certains pensent ingénument qu’en réunissant un second concile de Jérusalem, à l’image du premier rapporté dans les Actes des apôtres, l’on pourrait combler la déchirure des origines ? C’est méconnaître le pouvoir dévastateur du temps lorsque la rupture est consommée et que la radicalisation des positions transforme le frère en étranger, voire en ennemi. [...] C’est aussi en méconnaître ou ne pas vouloir reconnaître les enjeux théologiques et culturels qui ont produit cette rupture. »

Bernadette Sauvaget