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"Le chat du rabbin" : le film

Ce film réalisé par Joann Sfar et Antoine Delesvaux reprend le scénario des tomes 1, 2 et 5. Sorti le 1er juin 2011, il s’agit d’une animation en 3D.

Quelques personnes de l’AJCF ont vu le film : leurs impressions sont concordantes. C’est un bon film à voir, pas un chef-d’œuvre, les livres sont meilleurs, sauf pour Zlabya qui est beaucoup plus belle dans le film ! La première partie est plus réussie que la seconde.

A lire : l’histoire et une petite revue de presse.

Et à vous aussi de laisser votre avis en commentaire.

Synopsis : Alger, années 1920. Le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet bruyant et un chat espiègle qui dévore le perroquet et se met à parler pour ne dire que des mensonges. Le rabbin veut l’éloigner. Mais le chat, fou amoureux de sa petite maîtresse, est prêt à tout pour rester auprès d’elle... même à faire sa bar mitsva ! Le rabbin devra enseigner à son chat les rudiments de loi mosaïque ! Une lettre apprend au rabbin que pour garder son poste, il doit se soumettre à une dictée en français. Pour l’aider, son chat commet le sacrilège d’invoquer l’Éternel. Le rabbin réussit mais le chat ne parle plus. On le traite de nouveau comme un animal ordinaire. Son seul ami sera bientôt un peintre russe en quête d’une Jérusalem imaginaire où vivraient des Juifs noirs. Il parvient à convaincre le rabbin, un ancien soldat du Tsar, un chanteur et le chat de faire avec lui la route coloniale...

 La bande annonce

Le site officiel "Le chat du rabbin"

 Revue de presse

- Le Point a proposé deux critiques, une bonne et une mauvaise : "Après son brillant "Gainsbourg, une vie", l’adaptation par Joann Sfar de sa BD divise. L’avis de Franz-Olivier Giesbert, directeur de la rédaction du "Point", et de François-Guillaume Lorrain, critique cinéma du journal. "

Trop fort, par Franz-Olivier Giesbert

"L’intelligence de Joann Sfar est d’avoir totalement repensé Le chat du rabbin en adaptant sa BD culte à l’écran. Il lui a redonné une jeunesse et une fraîcheur qui font sa force. Avec ce dessin animé qui entend célébrer l’amour des peuples malgré les religions, leurs interdits ou leurs obsessions, on va accuser le cinéaste de naïveté - et il n’y a guère de pire insulte dans notre monde désormais dominé par les mufles de l’idéologie réaliste. Mais, pour ma part, je revendique le droit d’être naïf, quitte à passer pour un imbécile. Le chat du rabbin est donc une petite merveille pour tous les enfants de 7 à 77 ans. À condition, si vous avez passé l’âge bête, de n’avoir pas tué l’enfant en vous. Alors vous vous laisserez embringuer dans cette histoire improbable à travers l’Afrique, vers un paradis impossible, avec pas mal de petits bonheurs, dont les moindres ne sont pas les voix de Maurice Bénichou (le rabbin) ou de François Morel (le chat) qui font vivre leurs personnages."

Trop bavard, par François-Guillaume Lorrain

"Un babil félin qui n’en finit pas. On a envie de crier pouce. Moins de mots. De grâce, un film, surtout d’animation, n’est pas un déluge de paroles. Nos enfants y risquent la noyade... On s’est noyé. Imaginez un texte de quatre heures qu’on ferait tenir en quatre-vingt-dix minutes et vous aurez une claire idée de ce Chat du rabbin. Ce chat, nous dit-on, a avalé un perroquet. Il ne l’a pas digéré. La BD était muette, le film en 3D jacasse, crie, saoule. Entre le visuel - le trait fin, élégant d’un conte orientaliste - et le verbe - une logorrhée bien pensante sur le racisme et le dogmatisme religieux -, Joann Sfar n’a pas choisi, torpillant son histoire, son image. Un film a besoin de souffler, de rêver. L’animation est un art du rythme, du rêve, de la suggestion. Ce chat, qui fut une poule aux oeufs d’or, ressemble à une oie gavée."

Source  : lepoint.fr

- Le Figaro a publié le 31 mai 2011une critique du Rabbin Marc-Alain Ouaknin :

Le Chat du Rabbin, « une leçon de tolérance »

Disciple de Levinas, le rabbin philosophe et écrivain Marc-Alain Ouaknin livre son sentiment sur le film de Joann Sfar.

« L’œuvre d’art, disait le philosophe Alain, ne relève pas de la catégorie de l’utile. Si l’on veut juger de sa valeur, on doit donc se demander non à quoi elle peut servir, mais de quel automatisme de pensée elle nous délivre. » En ce sens Le chat du rabbin constitue une formidable œuvre d’art, car ici, l’intelligence, l’humour et l’esthétique nous délivrent de manière radicale d’un ensemble de préjugés néfastes, sur Dieu et la religion, la supériorité des religions les unes par rapports aux autres, et sur la simplicité des sentiments.

Impertinence sémantique, (car les chats et les rabbins ne forment pas un couple classique dans la tradition juive, et le mot n’apparaît pas une seule fois dans le texte biblique), le chat est une façon de faire un pas de côté pour regarder la réalité différemment, une façon de se détourner des chemins déjà tracés de nos perceptions et nos compréhensions du monde. En fait, le chat n’est ni pour ni contre, mais il est invitation à penser à nouveau, au-delà des modes, des clichés, des formules et des idées toutes faites. Sagesse d’un regard neuf. Et en cela emblématique de la posture artistique. Le chat offre un autre langage, radicalement autre, ni animal ni humain, tout simplement chat ! Comme si le chat donnait corps à une phénoménologie de l’essence du vivant, qui excède toutes les catégories, dont le personnage le plus proche, dans l’œuvre de Sfar, est la femme.

Le Chat du rabbin ce sont les fables de La Fontaine revisitées, un retour dans l’Algérie des années 30 avant l’indépendance, et le traumatisme de l’« Exode » des années 60 trop souvent passé sous silence, le soleil et la mer, les croyances populaires et la philosophie, la cohabitation des juifs, des chrétiens et des arabes, l’amour, le désir, l’érotisme, et une grande leçon de tolérance. Non seulement la tolérance par supériorité et condescendance, mais la tolérance de la tolérance, la compréhension de l’autre par l’écoute humble et vraie de son histoire, de son imaginaire, de ses récits et de son identité. Ce terme d’identité, à ne justement pas entendre comme le fait que tous soient identiques, mais que tous aient le droit à la différence. Ni exotisme, exclusion ou rejet, mais altérité qui rend la vie colorée et l’esprit curieux.

Voici une œuvre pleine de sensualité, c’est-à-dire pleine d’une exaltation des sens, de la lumière, des couleurs et des saveurs, de l’intelligence aussi, une œuvre qui donne l’impression de retrouver, sans nostalgie aucune, un lieu que nous n’avons jamais connu et dont pourtant nous avons toujours rêvé. Voici une œuvre qui réussit ce tour de force à rendre vraisemblable une relation entre un chat et des humains, tour de force qui est aussi celui du récit, du trait du dessin, des couleurs et des dialogues.

Avec l’humour et l’œil décapant de Joann Sfar, c’est une métaphysique du temps linéaire et progressif de la vérité religieuse qui est mis à mal, c’est toute une théorie de l’histoire des religions qui vole en éclat. Celui qui vient en dernier n’est pas mieux que celui qui vient en premier. Le christianisme n’est pas mieux que le judaïsme parce qu’il viendrait après « pour l’accomplir », comme l’islam n’est pas mieux que le judaïsme et le christianisme, une troisième religion comprise comme un progrès ultime. Ainsi, l’inverse le judaïsme, venu en premier dans l’univers des religions monothéistes, ne doit s’arroger aucune gloire de cette primauté. C’est sans doute ce que Jésus de Nazareth disait avec humour, « les premiers seront les derniers » et vice versa.

Ce que font éclater les personnages du chat, du perroquet, de la belle Zlabya et de ses prétendants, du cheikh et du rabbin, des peintres, des musiciens, du lion, de l’âne et de Dieu, c’est la notion de Vérité. Ils la mettent en morceaux, ils en soulignent le danger et le leurre, sa manipulation et son utilisation idéologique. Mais au lieu de produire un discours philosophique et critique sur cette question mille fois énoncée et mille fois oubliée, c’est un récit mis en images qui est proposé, un récit qui questionne d’emblée l’image elle-même, qui interroge la représentation et son pseudo interdit. Un récit où la métaphysique est lecture, interprétation, désir, érotisme, et non seulement lois, rites et spiritualité méditative.

J’aime ce chat follement amoureux de sa maîtresse, ce chat à la recherche de câlins, ce chat vivant, sautillant, dansant (n’est-ce pas lui qui aurait dit « Je danse donc je suis ? »), ce chat simple, honnête, ce chat jaloux, ce chat talmudique, ce chat historien, ce chat parfois naïf mais toujours plein de bon sens.

On s’attache à ce chat qui pousse les humains dans leurs contradictions, sans méchanceté, sans perversité, un chat toujours en situation, d’où sa crédibilité, un chat qui sait nous faire réfléchir sans superficialité à l’amour, l’égoïsme, la trahison, la violence, la transgression et les conflits toujours latent entre les générations et les différentes cultures.

Le chat est la conscience critique que chacun porte en soi. « On a tous quelque chose en nous d’un chat du rabbin », un chat qui parfois se tait par ignorance ou par manque de courage, par prudence ou par respect des anciens, jusqu’au jour où l’on s’aperçoit que les anciens peuvent, certes être sages et savants, mais somme toute qu’ils sont humains comme nous, fragiles, avec leurs peurs, leurs désirs, leurs frustrations, leur bêtise et leurs colères. Qu’ils peuvent aussi être prisonniers de leur propre idéologie et devenir de simples perroquets de la tradition, sans innovation, sans confrontation à la modernité, aux changements sociaux, technologiques, philosophiques et politiques. Ce jour là, notre chat intérieur s’éveille, prend son courage à deux pattes, mange le perroquet et commence à parler.

Dialectique du chat et du perroquet, dialectique difficile entre tradition et nouveauté, entre vérité et sens, qui va se déployer dans un dialogue permanent, parfois impertinent, dans des discussions où il ne s’agit pas d’avoir tort ou raison, mais avant tout d’être capable d’écouter, c’est-à-dire d’être capable de respect. Dans des discussions où l’on accepte aussi, surtout, de s’être trompé, de se remettre en question !

Ainsi, je dois avouer qu’il y a quelques années Joann Sfar m’avait demandé de faire une petite préface pour le premier tome du « chat ». J’avais refusé. Sans doute sa générosité fait qu’il a oublié. Moi pas. Je pensais que ce chat se moquait des rabbins, des juifs et du monde entier. Mais j’ai eu la chance d’avoir un entourage qui m’a fait comprendre la leçon du protégé de la belle Zlabya.

Le chat du rabbin ne se moque pas des religions, ni des juifs, ni des rabbins, ni de personne, mais tient la position du critique, d’une vigie face à toutes les dérives et les déviances de l’humaine condition. Sa critique n’est pas destructrice mais lucide et tendre. Car il y a beaucoup de tendresse dans cette œuvre, sans mièvrerie, sans consensus mou, sans globalisation théologique. Nous ne sommes pas dans « tout le monde est gentil et beau », mais dans tout le monde a la capacité de penser, de réfléchir, de s’interroger, de trouver de nouveaux chemins de vie, de chercher à construire un monde plus doux et plus tranquille, plus passionnant et plus fécond, plus ouvert et plus tolérant.

C’est cela faire sa bar-mitsva, c’est cela que désire faire le chat, grandir, non pas dans la solitude, l’enfermement et la folie d’avoir raison, mais dans la rencontre et l’ouverture, la lecture infinie des textes, la joie de leurs confrontations et de leurs interprétations.

Molière sera sans doute heureux d’apprendre que le petit chat n’est pas mort, ou en tout cas qu’il est ressuscité !

Notre chat philosophe écrit peut-être ici quelques nouveaux traités du Talmud, en tout cas, un chapitre important de la « Critique de la raison féline », qui sera je n’en doute pas, très bien compris des enfants, et, espérons-le, aussi de leur parents.

Source : lefigaro.fr