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Intervention du Pasteur Florence TAUBMANN, Présidente de l’AJCF, pour le Prix AJCF 2012

Soirée pour le Prix AJCF 2012 décerné à Sœur Dominique de la Maisonneuve, nds, et à Sœur Louise-Marie Niesz, nds

Collège des Bernardins, 15 octobre 2012

Chers amis,

C’est avec bonheur que je préside ce soir la remise du Prix de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France à nos Sœurs Dominique de la Maisonneuve et Louise-Marie Niesz. Je sais que cela fait particulièrement chaud au cœur de Monsieur Hubert Heilbronn, fondateur de ce Prix.
Mon bonheur est accentué par le fait que je m’envole dès ce mercredi 17 octobre pour Jérusalem, afin de suivre pendant quatre mois les enseignements de l’Institut Albert-Decourtray dirigé par le Père Michel Remaud, lauréat de ce même Prix en 2010.

Toute protestante que je suis, je m’inscris donc au bénéfice de cette écoute et de cet enseignement catholiques du Judaïsme, source et vis-à-vis auxquels vous avez si profondément contribué, mes sœurs, depuis plus de quarante ans. Et je tiens à insister sur le caractère éminemment précieux de ce travail pour tout le monde chrétien, ce qui vaut encouragement à nous tous pour le soutenir. Alors soyez assurées que je porterai à Michel Remaud qui m’a demandé de vous saluer chaleureusement ce soir, les effluves bienfaisantes de cette soirée.

Mais, chères Sœurs, chers amis, mon insistance est également liée au contexte que nous connaissons aujourd’hui dans notre pays. Même la joie de notre soirée ne peut faire oublier les manifestations actuelles d’un antisémitisme violent et dévastateur, clairement combattu par les pouvoirs publics, mais aussi, de manière plus insidieuse, la résurgence de discours antijuifs sur fond d’obscurantisme, de fantasmes et de haine du religieux.

Disant cela, il faut aussitôt affirmer avec force que la gravité de ce contexte, en retour, ne peut ternir la joie de cette soirée mais au contraire lui donner une intensité et une profondeur particulières.
Car saluant vos travaux, vos présences, et la mission de votre congrégation, ce n’est pas un glorieux passé que nous cherchons à honorer comme passé, mais une intuition toujours vivante, une flamme toujours pétillante, une dynamique qui n’a encore porté que ses premiers fruits, tout splendides qu’ils soient, comme vous le laissiez entendre lors de votre entretien à Radio Notre-Dame.

Aussi la réponse de femme, personnelle, que vous avez apportée toutes deux à une vocation religieuse, votre choix et votre engagement dans la Congrégation enseignante de Notre-Dame de Sion, puis la consécration de vos jours à l’écoute du Judaïsme, de l’hébreu, de la spiritualité et de la prière juives…tout cela peut et doit résonner pour nous tous comme une invitation à partager votre passion. Vous avez ouvert et vous ouvrez toujours le chemin, offrant à ceux qui veulent l’emprunter les outils de base nécessaires à la marche, mais aussi la délicatesse indispensable pour les utiliser à bon escient, ce qui ne s’apprend qu’au prix d’une expérience très attentive.

C’est pourquoi nous sommes si heureux ce soir de l’affluence exceptionnelle d’amis voulant manifester leur reconnaissance, puiser courage et inspiration pour poursuivre la tâche de connaissance mutuelle, et cultiver les belles amitiés spirituelles qui se sont nouées entre des Juifs et des Chrétiens.

Mais tous nos amis n’ont pu nous rejoindre. Je dois associer à cette soirée la mémoire du Professeur Jean Halpérin qui a longtemps été membre du Comité d’Honneur de l’AJCF et qui nous a quittés le 4 septembre dernier.

Il me faut aussi vous adresser les messages d’excuses et de félicitations de certains d’entre eux. Et je veux citer en premier nos deux grands pionniers de l’AJCF, Fadiey Lovsky (qui vient de fêter ses 98 ans, dernier témoin vivant de la fondation de notre Amitié Judéo-Chrétienne, auprès de Jules Isaac, en 1948) ainsi que René Schaerer (ce dernier dirigeant toujours à Grenoble le Groupe d’AJC) qui ont particulièrement bien connu l’une de nos deux lauréates, Sœur Louise-Marie Niesz, nds, puisqu’ils ont longtemps été les responsables protestants des Avents, ces sessions de rencontre entre Juifs et Chrétiens qui se tenaient dans les années 1970. Je leur laisse la parole :

« Nous avons bénéficié, aux Avents, grâce à Sœur Bénédicte et à Sœur Louise-Marie, d’une approche et d’une connaissance particulières des souffrances les plus intimes de celles (et même de ceux) qui venaient pour de graves raisons personnelles et pour des motifs secrets aux rencontres des Avents. Les Sœurs s’en rendaient compte et orientaient ces gens vers le Père Dupuy, op, s’il s’agissait de Catholiques. Elles pressentaient les porteurs et les porteuses de grands chagrins. Elles savaient en informer discrètement les organisateurs de la session, non sans avoir dit d’abord des paroles de consolation. Elles savaient discerner les souffrances secrètes des mariages mixtes, et les motifs personnels qui avaient conduit tel ou telle assistants à venir aux Avents. Nous avons constaté l’esprit oecuménique dont elles étaient animées, et nous nous associons pleinement à l’attribution du Prix à nos deux Soeurs ».

Et puis, toujours au sein de l’Église réformée, nous avons reçu une lettre du Pasteur Michel Leplay qui fut longtemps Vice-Président de l’AJCF Je vous la lis :

« Chers amis,
Je regrette de ne pouvoir être présent pour la remise du Prix qui honorera à juste titre nos Sœurs Louise-Marie Niesz et Dominique de La Maisonneuve.
Nous sommes avec ces deux grandes amies, comme avec quelques autres, au carrefour des conversions. Il s’agit moins de repentance au sens pénitentiel du terme que de retournement des consciences et des comportements pour reconnaître dans l’autre, si différent parfois, mon vrai prochain : l’ancêtre juif, le voisin protestant, le fidèle catholique,... Notre chère Colette Kessler avait bien raconté cette merveilleuse aventure de la deuxième moitié du vingtième siècle : L’Éclair de la Rencontre, et Catherine Chalier a bien parlé à son tour des « histoires de conversion ».
Et voilà que sans préméditation, j’ai cité quatre femmes, deux sœurs religieuses et deux théologiennes de la conversion. Sans oublier notre Présidente qui transmettra à chacune l’expression d’un respect tellement heureux qu’il vous porte une immense amitié. Déjà, dans la Bible, les meilleurs ’hommes de Dieu’ sont des femmes...
 »

Le Pasteur Leplay vient d’évoquer à l’instant la grande figure de Colette Kessler, longtemps enseignante au SIDIC et qui fut aussi Vice-Présidente de l’AJCF. Nous avons justement reçu un appel de son mari, Paul, de cœur avec nous ce soir.

Il faut également évoquer la famille du Grand Rabbin Jacob Kaplan, ancien Grand Rabbin de France, et grand ami des Sœurs du SIDIC. Son fils, le docteur Lazare Kaplan, regrette beaucoup de ne pouvoir être parmi nous, mais ses fonctions de responsable du Maguen David Adom-France (l’équivalent de la Croix-Rouge) l’obligent à présider une réunion en Israël.

Un autre ami de longue date qui ne peut être parmi nous ce soir, c’est Mgr Francis Deniau, Évêque émérite de Nevers, et ancien Président du Service national pour les relations avec le Judaïsme. Il nous écrit le message suivant :

« Ne pouvant être là ce soir, je veux dire ma communion avec tous ceux et celles qui pourront être là – et la gratitude qui est nôtre pour les deux Sœurs Dominique de La Maisonneuve, nds, et Louise-Marie Niesz, nds. Le service du SIDIC, les relations personnelles, l’enseignement de l’hébreu biblique, les publications diverses... sont des engagements concrets dans les relations entre Juifs et Chrétiens, et il faudrait détailler bien d’autres dimensions encore... mais ce que je veux d’abord saluer, c’est l’engagement personnel de chacune, appuyé et nourri par l’engagement de leur Congrégation. Le charisme des Sœurs de Sion est bien le dynamisme dans lequel elles se situent et qui joue un rôle important dans la reconnaissance et l’amitié que peuvent se porter Juifs et Chrétiens, aujourd’hui dans le monde. Merci aux Sœurs et à toute la Congrégation  ».

Enfin, en dernière minute, nous recevons un message de Jean-Marc Chouraqui, historien, Directeur des études de l’Institut inter-universitaire d’Études et de Culture Juives d’Aix-en-Provence, qui a bien connu les Sœurs :

« (..) c’est en particulier parce qu’il y a des personnes telles que vous, membres des Nations, qu’autrefois au Temple de Jérusalem, et notamment à la fin de Souccoth, on faisait des offrandes en leur faveur. Et qu’on acceptait leurs offrandes.
Car toute votre vie fut offrande pour Israël, par votre ’conversion’ du regard des Chrétiens sur ce peuple que votre Ordre à l’origine (et pas seulement lui) avait vocation de convertir. J’associe à mon hommage la mémoire de sœur Bénédicte notamment, et l’oeuvre des ’pionniers’ avec lesquels j’ai eu le bonheur de travailler, tels notamment Fadiey Lovsky, Bernard Dupuy, puis Jean Dujardin et Patrick Desbois. J’associe aussi Yves Chevalier et le travail obstiné, inlassable et remarquable de l’AJCF
 ».

Avant d’inviter nos orateurs de ce soir à parler, il me semble important de signaler qu’en juillet 2013, à l’occasion du 50ème anniversaire de la mort de Jules Isaac,[ l’International Council of Christians and Jews (ICCJ) tiendra sa conférence annuelle en France, à Aix-en-Provence->http://www.ajcf.fr/spip.php?article1298], autour du thème de la laïcité. Ce soir nous avons le plaisir d’avoir parmi nous son Secrétaire Général, le Pasteur Dick Pruiksma, que nous saluons chaleureusement.