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Intervention de Mgr Jérôme Beau

Bonjour à tous.

En tant que président du Collège des Bernardins, je suis très heureux d’accueillir une nouvelle fois le prix de l’Amitié judéo-chrétienne. C’est un grand moment, un grand rendez-vous et je suis très heureux d’accueillir ce prix au Père Emile Shoufani. Et je suis aussi très heureux de vous accueillir les uns et les autres. Vous vous connaissez, pour beaucoup d’entre vous très bien, donc je ne vais pas présenter tout le monde car je suis sûr de faire une gaffe, au moins une (je pense que j’en ferais beaucoup !). Mais je me permets de saluer et de dire ma joie d’accueillir le pasteur Clavairoly, président de la Fédération protestante de France - qui est un peu l’équivalent de la Conférence épiscopale pour les catholiques et nous sommes très honorés de sa présence. Et je suis aussi très heureux d’accueillir le président Prasquier qui est avec nous, ainsi que M. Gérard Israël, qui est responsable au CRIF de la commission des rapports de la communauté juive avec les autres religions. Pour tous les autres, vous me permettrez de vous saluer avec beaucoup d’affection et d’éviter les gaffes.

En accueillant aujourd’hui le Père Shoufani, je voudrais dire combien son action est une action importante, comme une action prophétique pour le monde que nous voulons construire. Et je pense que lorsqu’hier, à la convention du CRIF, nous parlions et réfléchissions à l’éducation, le Père Shoufani nous montre à travers l’expérience de ce qu’il a construit à Nazareth, combien l’éducation ne peut pas faire l’économie de l’expérience humaine, de l’expérience de la rencontre et que le lieu de l’éducation est le lieu de l’ouverture à l’autre. Et il me semble que, en repensant à un certain nombre des grandes étapes de ce que vous avez construit, c’est bien (et nous en entendrons parler tout à l’heure) ce voyage à Auschwitz qui a été comme un point crucial aussi de votre histoire, de notre histoire, de la manière dont le scandale des crimes commis à Auschwitz et dans d’autres camps, et de la shoah par balles, ces crimes sont donnés à la mémoire de la génération nouvelle. Et ils sont donnés à la mémoire de la génération nouvelle en se rendant à Auschwitz dans une rencontre entre jeunes et entre jeunes d’histoires et de confessions différentes. Et je le souligne d’autant plus aujourd’hui que le Train de la mémoire a commencé sa route lundi et vous savez que le Train de la mémoire (que vous connaissez tous) fait régulièrement, à l’initiative à l’origine du Père Dujardin, emmener un certain nombre de lycéens de l’enseignement catholique, de l’enseignement public, de lycées de la communauté juive, de les emmener ensemble, en train, à Auschwitz et, au long de ce trajet, de revivre l’expérience de la mémoire comme une expérience fondatrice de leur histoire. De l’histoire des jeunes d’aujourd’hui qui leur permette, par cette expérience fondatrice, de pouvoir dire, faire leur et construire leur vie dans la parole du « plus jamais ça ». C’est aussi à une période dramatique de l’histoire où nous sommes évidemment, je pense aussi au scandale de tout ce qui se passe avec l’Etat islamique, avec tout ce qui se passe pour les chrétiens d’Orient, avec tout ce qui se passe pour les Yézidis. Je pense que nous sommes à une période où la dignité de la personne humaine est comme oubliée par rapport à un fanatisme. Le fanatisme est l’expression la plus profonde d’un athéisme radical, qui est la négation pas seulement de Dieu, mais qui est la négation de l’autre, de l’existence et de la dignité de la personne humaine, et même de son existence en tant qu’homme, ramenant l’autre à un état sous-humain. Et c’est scandaleux. Et il me semble que pour dire cette dignité de la personne humaine, il faut parler d’Israël, il faut parler de l’élection d’Israël. Car c’est bien dans son élection et dans la dimension de ce qu’est Israël que nous comprenons quelque chose : dans l’élection, la dignité. Celui qui est choisi par Dieu n’en tire pas privilège, mais il en tire la responsabilité de signifier et de manifester la dignité de toute personne humaine en acceptant et en assumant sa propre dignité dans l’élection divine. C’est donc une mission d’universalité qui est portée par la particularité de l’histoire d’un peuple. Et donc, pour terminer, je me permettrai de vous citer, dans l’article qui est paru je crois lundi, ce matin, dans le journal La Croix. Je cite le Père Shoufani : « Je vis en Israël et je travaille avec des Juifs israéliens. C’est un peuple vivant qui doit continuer sa mission de montrer le visage de Dieu pour tous les peuples. Je dois vivre avec lui pour trouver le témoignage du Dieu vivant pour le salut du monde. Israël est le lieu où il faut vivre avec le monde juif pour qu’il montre la gloire de Dieu aux nations. »

Merci beaucoup. Très heureux d’être avec vous pour ce prix de l’Amitié Judéo-Chrétienne et je laisse tout de suite la parole à notre présidente, Madame Jacqueline Cuche.