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Hommage du Père Jean Dujardin à Michel Remaud, Prix AJCF 2010

Père,

Je voudrais simplement vous exprimer la joie que j’éprouve à prendre la parole dans cette cérémonie de remise du prix de l’AJCF qui vous est faite de soir.

Nous nous connaissons depuis de nombreuses années sans pour autant, du fait de votre séjour à Jérusalem, que nous ayons beaucoup échangé oralement. Je vous connais surtout à travers vos écrits que j’ai voulu relire ces dernières semaines.

Le premier que j’ai relu, c’est la présentation et le commentaire que vous avez fait au sujet « des Notes de la Commission du Saint Siège pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’Église Catholique ». Ce travail vous avait été demandé par le diocèse de Paris et vous me l’avez envoyé avec un mot plein de délicatesse. Le document marque en effet une étape importante pour l’Église Catholique, même s’il ne rend pas caduque d’autre documents romains et français antérieurs ou ultérieurs, mais son intitulé est révélateur du travail pastoral qu’il nous faut encore accomplir. D’emblée votre introduction souligne que « ce n’est pas en lisant que nous rencontrons le judaïsme mais en réfléchissant sur notre propre identité chrétienne. Voilà pourquoi l’Église nous dit aujourd’hui que la connaissance du judaïsme relève d’une préoccupation pastorale touchant à la vie de l’Église ». Vous relevez à côté de cet appel pressant les limites et les richesses de ce texte. Vous demeurez modeste dans votre appréciation en parlant seulement de pastorale.
Car entre cet appel et les propos que vous avez tenu l’été dernier dans une homélie adressée aux chrétiens qui participaient à la session tenue à la Melleray de Bretagne, il y a tout un chemin parcouru . Vous nous dites à nous chrétiens : « Nous chrétiens, nous étions persuadés que nous avions tout à donner et que nous n’avions rien à recevoir …je crois que notre époque nous fait vivre le début d’un bouleversement dont nous ne mesurons pas la portée…Aujourd’hui, nous commençons à écouter les juifs. Nous commençons à réaliser que la Parole qui nous sauve nous est parvenue par leur intermédiaire. Jamais nous n’aurions entendu la Parole de vie et de salut si Israël n’avait entendu avant nous : « Écoute, Israël. » (Dt 6,4) »

Je crois que tout ce que vous avez écrit et dit va dans ce sens de cette évolution très positive dans ce dialogue de réconciliation à laquelle le Seigneur nous convie selon St Paul.

Je n’en ai sans doute pas une connaissance suffisante mais j’ai été touché par votre premier ouvrage :. « Chrétiens devant Israël serviteur de Dieu ». Depuis plusieurs années je travaillais d’un point de vue historique sur la Shoah et je pressentais que la connaissance de l’histoire ne serait pas sans répercussion sur notre foi chrétienne. La seconde partie de votre livre m’a fait découvrir l’attitude spirituelle et théologique requise par l’étude d’un tel événement. Un événement qui a provoqué dans la conscience chrétienne un bouleversement dans son attitude traditionnellement antijuive et un renouvellement dans la lecture qu’elle faisait depuis des siècles de ce que dit Paul dans sa lettre aux Romains (IX à XI).

J’ai lu plusieurs des autres ouvrages que vous avez publiés. Je ne saurais vous dire ce que je dois, du fait de la préface que vous m’avez demandée, à celui qui est intitulé « Chrétiens et Juifs entre le passé et l’avenir », entre hier et aujourd’hui. Je crois que la lecture de ce livre est indispensable pour une vison chrétienne trop ignorante du passé.
J’ai lu avec un très grand intérêt « Exégèse et Tradition Rabbinique ». A travers quelques exemples difficiles, vous nous aidez à mettre en application une suggestion exprimée par la Commission Biblique Pontificale en 2000 dans le document « Le peuple Juif et ses saintes Écritures ». Nous y sommes invités à tenir compte, pour bien comprendre l’enseignement de Jésus, de la tradition orale juive de son temps. La mise par écrit ultérieure de cette tradition n’enlève rien à l’importance de sa connaissance dans la mesure où il s’agit précisément d’une tradition orale déjà connue et vécue par Jésus mais ce n’est pas à la portée de chacun et vous nous ouvrez la voie d’une compréhension respectueuse de l’histoire et fort éclairante.

J’ai lu enfin votre petit ouvrage récent « L’Église au pied du Mur –Juifs et chrétiens du mépris à la reconnaissance ». Encore merci d’avoir mis à la portée de trop nombreux de chrétiens non initiés une approche simple et profonde de la nécessité du dialogue aujourd’hui.
J’en viens enfin un instant à votre thèse. Sans vraie compétence pour en rendre compte, je veux seulement dire que j’ai admiré votre connaissance de la tradition juive pour elle-même et le pas gigantesque qu’un tel travail représente du point de vue des rapports entre juifs et chrétiens. La volonté qui était la vôtre de ne jamais vous éloigner de la tradition juive en elle-même fait mon admiration et j’ai trouvé qu’ajouter, seulement en annexe, l’importance que cette connaissance pouvait avoir pour nous chrétiens, notamment pour mieux comprendre certaines affirmations de Paul, était un pas décisif dans l’évolution de nos relations.

C’est pourquoi Père je ne saurais trop me réjouir et me féliciter qu’on vous ait attribué le prix de l’AJCF. Je me réjouis surtout du travail que vous avez entrepris en créant l’Institut Albert Decourtray et j’espère qu’il sera de plus en plus reconnu par l’Église. Un grand merci Père.

Jean Dujardin