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Hommage de Monseigneur Jérôme Beau à Sœur Louise-Marie Niesz et Sœur Dominique de La Maisonneuve (Prix AJCF 2012)

Monseigneur Jérôme Beau est Évêque auxiliaire de Paris, président du Collège des Bernardins et directeur de l’Ecole Cathédrale.

Il est particulièrement émouvant pour nous d’être rassemblés autour de Sœur Dominique de La Maisonneuve, nds, et de Sœur Louise-Marie Niesz, nds. Moment émouvant parce que ce Prix de l’AJCF décerné à nos deux sœurs nous fait mesurer le chemin parcouru depuis plusieurs décennies.

Si l’amitié est irrévocable, pour qu’elle puisse se construire, il faut des artisans. Il faut des hommes, des femmes qui se consacrent à bâtir cette amitié entre Juifs et Catholiques. Sœur Dominique et Sœur Louise-Marie nous font mesurer aujourd’hui la qualité de leur amitié et nous appellent à en vivre. Vous allez recevoir ce Prix aujourd’hui 15 octobre 2012, quatre jours après le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, même si ce n’est pas exactement le cinquantième anniversaire de la Déclaration Nostra Aetate (28 octobre 1965).

Ce double anniversaire est pour nous extrêmement important, et vous nous honorez d’avoir accepté ce Prix au Collège des Bernardins.
En novembre 1965, le Cardinal Augustin Bea s’adressait aux Sœurs de votre Congrégation engagées dans les relations judéo-chrétiennes, en soulignant que ce qui était fondé sur vos Constitutions et sur vos Règles devenait une tâche pour toute l’Église. Dans l’Église, il est très important que des Communautés aient comme vocation particulière ce qui est la vocation universelle de l’Église. Elles en sont comme les ’’aiguillons’’... Elles forcent à ce que l’Église universelle puisse être toujours renouvelée dans sa vocation, et pour cela il faut effectivement des Communautés qui aient reçu une vocation particulière, à ainsi porter la vocation universelle de chaque baptisé.

C’est aussi important de mesurer que cette amitié entre Juifs et Catholiques a commencé bien avant Nostra Aetate. On mesure dans l’histoire de Théodore Ratisbonne que ces racines de votre Communauté prennent leur source au XIXè siècle. A vingt-quatre ans, cet homme originaire d’une famille juive, a reçu le baptême et avec son frère fonde en 1843, votre Congrégation. Le charisme est triple, envers l’Église, le Peuple juif et le monde. Votre responsabilité est de promouvoir compréhension et justice à l’égard de la communauté juive et de rappeler aux Chrétiens qu’ils sont mystérieusement liés au peuple juif depuis leurs origines jusqu’à la plénitude finale. Il faut sans cesse se rappeler que Jésus est juif, que la Vierge Marie est juive, que les Apôtres sont juifs, et que donc on ne comprend ce que dit Jésus que si on accepte d’être l’olivier sauvage greffé à l’olivier franc, sinon nous ne comprenons pas Celui dont nous sommes un des membres de Son Corps, le Christ ; et donc si nous refusons d’être ainsi greffés à l’olivier franc, nous perdons le sens de l’identité du Christ et nous perdons le sens de notre propre identité.

Cette mémoire, dans le sens d’une mémoire qui est action, est indispensable pour arriver au seuil suivant qui s’ouvre dans l’histoire de l’Église catholique, dans l’enseignement de la théologie et de l’exégèse. Il me semble que si aujourd’hui, cinquante ans après, nous mesurons une première étape de la réception du Concile, de Nostra Aetate, nous mesurons combien cette étape s’est construite ces dernières années. Et je fais référence aussi au travail persévérant, admirable du Cardinal Lustiger et à ses relations avec les autorités juives de New-York, à la manière dont il a pu, avec Jean-Paul II, collaborer et mettre en œuvre cette amitié et ce chemin, première étape indispensable.

Il me semble qu’aujourd’hui s’ouvre une deuxième étape, celle où nous devons nous poser la question de l’exégèse catholique car nous n’avons pas été jusqu’au bout de la compréhension des textes tels que Jésus les prononçait et tels qu’ils étaient compris par les Apôtres et par la foule. Nous avons un travail de reformulation à faire au niveau de l’exégèse, pour comprendre et ’’réarticuler’’ la théologie. Nous avons devant nous cinquante ans de travail pour une nouvelle exégèse chrétienne, à partir des racines et des textes compris, lus et interprétés à l’époque du Christ, sans lesquels nous faisons parfois des contresens.

Ce travail-là, Sœur Dominique, Sœur Louise-Marie, vous l’avez commencé d’une manière admirable et je voudrais le relier au travail exemplaire du SIDIC, qui est comme les prémices de ce que toute l’Église doit être amenée à vivre pour signifier sa vocation universelle.

Je pense que le SIDIC, dans sa vocation particulière, telle que vous avez su la mettre en œuvre, est destiné à renouveler la vocation universelle de l’Église dans son travail théologique et exégétique. Telle est la place que le SIDIC a trouvé dans son partenariat avec l’École Cathédrale et le Collège des Bernardins. Il va ainsi impulser un souffle pour entraîner une nouvelle manière de comprendre les Écritures pour les années qui viennent. Je rends grâce aussi que l’enseignement du SIDIC ne soit pas dispensé seulement par des Chrétiens puisqu’un certain nombre de rabbins ont accepté d’apprendre aux Chrétiens à lire l’Écriture.

Merci beaucoup pour tout ce projet et merci beaucoup de nous ouvrir cette grande perspective.