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Emile Shoufani : « Un arabe face à Auschwitz » et « Le curé de Nazareth »

" Si tu veux la paix, prépare la paix "

Deux ouvrages majeurs parlent de l’action du père Emile Shoufani et expliquent les raisons du choix de l’AJCF pour son prix 2014 :
-  Un arabe face à Auschwitz - La mémoire partagée par Jean Mouttapa (2004)
-  Le curé de Nazareth - Emile Shoufani, Arabe israélien, homme de parole en Galilée par Hubert Prolongeau (2002)

Sens, la revue de l’AJCF, en a publié les recensions et nous vous proposons de les lire ci-dessous.

 Un arabe face à Auschwitz -La mémoire partagée

par Jean Mouttapa
Éditions Albin Michel, 2004, 294 p., 19 €

Récit des préparatifs, puis des actes posés à Birkenau à l’initiative d’arabes israéliens conduits par le Père Emile Shoufani en mai 2003, ce livre plonge avec beaucoup d’intelligence dans les ressorts secrets des motivations des uns et des autres, dans les mémoires, souvent parallèles, des peuples juif et arabe. Mais en premier lieu, il s’agit d’un portrait remarquablement bien informé du "curé de Nazareth" ; il faut dire que Jean Mouttapa était particulièrement bien placé pour le réaliser en tant que coordinateur du voyage intitulé "Mémoire pour la Paix". Accompagnant depuis longtemps Emile Shoufani dans les préparatifs à cette initiative originale, il a pu mesurer ses convictions ainsi que l’approfondissement de sa perception de l’histoire du peuple juif. Une intuition s’est fait jour et s’est affirmée de plus en plus fortement au cours de ses multiples rencontres préparatoires avec ses frères juifs : "une grande vague de terreur historique remonte du plus profond de la mémoire juive. Le peuple qui aujourd’hui semble le plus fort est paradoxalement, de par son expérience séculaire, de plus en plus convaincu qu’il a à craindre pour son existence même" (p. 100). C’est à partir de ce constat en pleine seconde Intifada que le projet d’Emile Shoufani va se construire. Il faut souligner l’originalité d’une telle démarche qui vise à entrer dans la souffrance de l’autre, de son ennemi même, et qui, par un geste entièrement gratuit, ne demande pas la réciprocité, cassant ainsi la logique du "donnant-donnant".

Une autre dimension que met bien en valeur Jean Mouttapa, c’est celle de l’universalité de la Shoah, signifiée par ces quelque 500 personnes venues d’Israël, de France et de Belgique - Juifs, Musulmans, Chrétiens ou non-croyants, convergeant toutes vers Auschwitz : "la Shoah interpelle et concerne tous les peuples de la planète, y compris ceux qui n’y ont été mêlés d’aucune façon. Tout humain ne peut que se sentir bouleversé en profondeur par ce crime majeur contre l’ensemble de l’humanité, contre l’idée même d’humanité" (p. 101).

"Si tu veux la paix, prépare la paix" : cette formule résume bien l’inlassable combat d’Emile Shoufani qui nous invite tous à nous mobiliser afin de mettre un terme à la logique destructrice du refus de l’autre, quel qu’il soit.

Bruno Charmet , revue Sens, 11, 2004, p. 596.

 Le curé de Nazareth - Emile Shoufani, Arabe israélien, homme de parole en Galilée

par Hubert Prolongeau
Éditions Albin Michel, collection Espaces libres, 2002, 224 p.

Cet ouvrage retrace l’itinéraire d’un homme d’exception, Palestinien d’Israël, né le 24 mai 1947, formé à l’école des pères salésiens puis à l’école melkite (grecque catholique) Saint-Joseph qui a fait pour lui office de petit séminaire. Envoyé au grand séminaire de Morsang-sur-Orge puis à celui d’Issy-les-Moulineaux, il aura le privilège d’assister à la dernière session du Concile Vatican II. Mais c’est aussi à cette époque qu’il découvre l’horreur de la Shoah, d’abord au cours d’un voyage en Allemagne où il visite Dachau, puis par la lecture du livre de Jean-François Steiner, Treblinka, qui lui fera une très forte impression. C’est ensuite le retour au pays, sa première cure à Eilaboun, dans le village des siens, son travail pastoral et, déjà, des initiatives pour changer les rapports entre groupes et familles, pour faire reconnaître par Israël la dignité des Palestiniens, trop souvent considérés comme des citoyens de seconde zone. Il reçoit de son évêque, en 1976, la charge de diriger l’école Saint-Joseph de Nazareth qu’il remet sur pied et où il peut donner toute sa mesure, en particulier en promouvant et en développant des relations entre jeunes des communautés arabes et juives en Israël...

Homme d’action et de parole, le Père Shoufani a su, dit Hubert Prolongeau, unifier en lui des solidarités qui peuvent apparaître contradictoires : un patriotisme arabe affirmé, une loyauté sans faille à l’état hébreu dont il possède la nationalité et parle la langue, un attachement tranquille à la tradition chrétienne et au rite byzantin, une fidélité à l’Église catholique dont la communauté melkite fait partie et une affinité de cœur avec la France et sa tradition de liberté.

Yves Chevalier , revue Sens, 5, 2005, p. 312.