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Des hommes et des dieux

Pourquoi parler de ce film qui parle de moines catholiques, vivant dans un pays musulman, sur le site de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France ?
La portée de ce film est universelle et il touche tous les hommes, croyants ou pas, chrétiens, musulmans, et juifs.

A lire : le commentaire d’un juif engagé dans le dialogue judéo-chrétien, Yeshaya Dalsace

 Présentation

- Film français de Xavier Beauvois avec Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin. (2 heures.)
- Grand prix du jury du Festival de Cannes 2010, sorti en France, le 8 septembre 2010
- Synopsis : Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s’installe dans la région. L’armée propose une protection aux moines, mais ceux-ci refusent. Doivent-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes qui les entourent, la décision des moines de rester coûte que coûte, se concrétise jour après jour…

Ce film remarquable de justesse s’inspire de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu’à leur enlèvement en 1996 et leur massacre jamais élucidé.

Des hommes et des dieux a reçu un accueil positif et unanime de la part du public, après celui tout aussi unanime et surprenant des journalistes présents au Festival de Cannes 2010.
Il a également suscité, dans les médias, un regain d’attention pour l’histoire des moines de Tibhirine, les circonstances de leur assassinat, la Guerre civile algérienne des années 90, et le dialogue inter-religieux.

 Le commentaire de Yeshaya Dalsace

rabbin de la communauté Massorti DorVador, publié sur le site Massorti.com

Voici un très beau film qui nous fait pénétrer dans l’univers fermé et de la vie monastique.

J’ai eu personnellement l’occasion et la chance d’être invité à enseigner le judaïsme dans divers monastères, c’est une atmosphère spéciale que celle d’un monde où le temps est suspendu et où le seul enjeu véritable est de partager une vie mise au service de la transcendance. Bien évidemment ce n’est pas la façon juive d’aborder les choses, mais c’est pour un juif une leçon de spiritualité très différente de celle de la synagogue ou de la yeshiva, très différente de la vie de famille juive ponctuée par le shabbat, mais c’est une vie spirituelle riche qui mérite d’être connue et qui est rarement présentée au grand public.

L’avantage de ce film est de bien montrer cette atmosphère et cet engagement spirituels, cela bien au-delà du scénario et du contexte politique. Ce travail a été fait avec beaucoup de justesse par le metteur en scène et les excellents acteurs.

Il s’agit donc bien d’une forme de rencontre inter-religieuse enrichissante que d’aller voir un tel film pour un juif et de tenter de mieux comprendre ce qu’est le monde spirituel chrétien.

Par ailleurs se film pose une question spirituelle majeure qui devrait intéresser le judaïsme, celle de l’engagement et du coût de cet engagement.

En effet, les moines sont obligés de se poser la question de savoir s’ils doivent partir ou pas face à la montée des périls. Ils se savent menacés et ne veulent pas pour autant céder à la terreur et remettre en cause leur engagement monastique au service d’une population civile, celle du petit village algérien où leur monastère se trouve.

Jusqu’où doit aller un engagement spirituel ? Que doit-on sacrifier pour celui –ci ? Ce dilemme va ici au paroxysme, mais il existe dans toutes les spiritualités impliquant un engagement et donc forcément certains sacrifices.

C’est un dilemme que le judaïsme connaît bien, de par la vie quotidienne qu’il engage, ne serait –ce que par le respect du shabbat et des fêtes dans une société qui n’y comprend rien, mais c’est aussi un dilemme poussé très loin dans le judaïsme, jusqu’au choix entre la vie et la mort, du fait de l’histoire juive et de la difficulté de l’engagement juif que cette histoire implique.

Dans « des hommes et des dieux », les moines se trouvent confrontés à une situation de minoritaires face à la montée des périls de l’extrémisme religieux du monde étranger qui les entoure. Appréciés par certains membres de la population musulmane parmi laquelle ils vivent, ils sont néanmoins vécus comme un corps étranger par les autres prêts à tout pour les faire partir. Ils sont une cible facile et n’ont aucun moyen réel de défense.

Ma subjectivité juive me pousse à voir ici une situation qui était celle de beaucoup de communautés juives au moyen âge, isolés et à la merci des attaques de la plèbe et des extrémistes (chrétiens en l’occurrence).

Bien évidemment ce n’est pas le sujet premier du film, mais il est intéressant de le regarder aussi avec un regard juif et de trouver dans ce cas précis une certaine communauté de destin.

Ce film m’a donc beaucoup plus, tout d’abord comme spectateur parce que c’est un bon film, mais aussi comme personne engagée dans un cheminement spirituel et enfin comme juif en y trouvant finalement une certaine communauté de destin.

Cela, même si tout le pathos chrétien autour de la personne du Christ ou même si la manière de prier « en suspension » avec des voix désincarnées caractéristique du catholicisme reste bien loin de la manière juive de faire, mais là encore, la rencontre est intéressante.