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Cinéma : "Une bouteille à la mer"

Un film qui parle du conflit israélo-palestinien à travers une histoire d’amour entre deux jeunes, une française installée à Jérusalem et un jeune palestinien de Gaza : sujet délicat au possible.
Les critiques sont parfois très bonnes, parfois mesurées ou plus dures, ce qui n’est pas étonnant avec un sujet aussi sensible.

A lire  : la présentation du film, quelques avis dont celui de membres de l’AJCF qui l’ont vu en avant-première.

imaginé à partir du livre de Valérie Zénatti «  Une bouteille dans la mer de Gaza », sortie en France le 8 février 2012.

Réalisé par : Thierry Binisti
Avec : Agathe Bonitzer, Hiam Abbass, Mahmud Shalaby...

Synopsis :Tal est une jeune française installée à Jérusalem avec sa famille. A dix-sept ans, elle a l’âge des premières fois : premier amour, première cigarette, premier piercing. Et premier attentat, aussi. Après l’explosion d’un kamikaze dans un café de son quartier, elle écrit une lettre à un Palestinien imaginaire où elle exprime ses interrogations et son refus d’admettre que seule la haine peut régner entre les deux peuples. Elle glisse la lettre dans une bouteille qu’elle confie à son frère pour qu’il la jette à la mer, près de Gaza, où il fait son service militaire. Quelques semaines plus tard, Tal reçoit une réponse d’un mystérieux « Gazaman »…

Critiques

Pour Le Figaro qui titre Une bouteille à la mer : message de paix, "Le propos du réalisateur est audacieux et habile. Il évite les clichés et la lassitude d’un tel sujet dramatique : la guerre israélo-palestinienne avec son cortège d’images de sang et de larmes diffusées par les journaux télévisés."

Mais dans Le Monde, Jacques Mandelbaum titre : "Une bouteille à la mer" : les bons sentiments sont solubles dans l’eau salée

Extrait : Trop de bons sentiments
Si le film a suffisamment d’intelligence pour cantonner cette histoire dans les quatre coudées du possible, et ne pas nous infliger un happy end qui défigure la réalité politique, il n’en demeure pas moins nourri par une candeur humaniste dont l’inefficience esthétique est proportionnelle à celle qui existe depuis plus d’un demi-siècle sur le terrain.

Ajoutons à cela la facilité qui consiste à élire pour personnages principaux un "bon Palestinien" (quittant Gaza pour s’ouvrir à la culture française) et une "bonne Israélienne" (sensible à la souffrance de ses ennemis) ; la distance à la longue frustrante qu’instaure le dispositif entre les deux héros ; l’inexistence à peu près totale des personnages secondaires.

Et l’on conclura logiquement que les bons sentiments ne font pas nécessairement les bonnes histoires.

Comme vous le constatez, les critiques sont partagées.

Vu par plusieurs membres de l’AJCF de Lyon en avant première, il semble que la bonne critique soit au milieu : bon film mais ... « au poids évoqué de la souffrance palestinienne aurait pu être suggérée en vis-à-vis l’angoisse des populations israéliennes en attente des roquettes qui allaient fondre sur elles »

La critique parue sur le site Guysen nous semble aller dans ce sens et est bien équilibrée, elle signale les qualités du film tout en mettant des réserves sur la simplification d’une situation complexe et sur certains manques d’objectivité.

"Gaza - Jérusalem, la relation impossible au cinéma" par Lise Barembaum

Source : Guysen

Avec « Une bouteille à la mer », Thierry Binisti propose une lecture romantique du conflit israélo-arabe. Inspiré du roman, « Une bouteille dans la mer de Gaza » écrit par Valérie Zenatti en 2005, ce film dépeint avec sentimentalisme la relation épistolaire d’un jeune Palestinien et d’une adolescente israélienne à l’heure du web 2.0 et des désillusions politiques.

Tal est née en France (plus précisément à « Créteil » comme elle le rappelle pendant le film, peut-être une réminiscence de l’enfance du réalisateur lui aussi natif de cette commune …) mais vit en Israël depuis plusieurs années. Sa famille fait mine de s’intégrer parfaitement et de s’extasier devant le moindre événement social auquel elle participe en Israël.
Tout est source d’émerveillement pour ces Juifs de diaspora qui ont trouvé refuge en Israël : de la souccah installée sur le balcon aux cours de Torah suivis par le père de famille. On aime Israël dans la famille de Tal, mais on regarde quand même France 2 pour suivre les informations…Binisti et Zenatti, co-scénaristes du film, ne choisissent donc pas n’importe quelle famille pour représenter le côté israélien : on parle ici de Juifs français fraîchement débarqués et pas encore tout à fait sevrés de leur vie parisienne passée. Leur fille, la jeune Tal fait sa crise d’adolescence.

Elle ne comprend pas le monde qui l’entoure, surtout quand elle assiste à un attentat qui la traumatise et la pousse à essayer de comprendre ce que signifie le « conflit » dans lequel son nouveau pays est empêtré. Son frère, enrôlé dans l’armée près de Gaza, se voit confier une étrange mission : jeter dans la mer de Gaza une bouteille contenant une lettre écrite par Tal où la jeune épistolière réclame à un hypothétique correspondant d’engager le dialogue par e-mails interposés.
Le romanesque fait le reste : la bouteille arrive à bon port puisqu’elle est réceptionnée par Naïm, jeune homme rêveur au regard indigo, qui se prend d’amitié (voire plus ?) pour sa correspondante au fur et à mesure de leurs échanges.
Les débuts sont houleux, surtout du côté de Naïm qui accuse Tal d’être l’amie de soldats sanguinaires et la citoyenne d’un Etat meurtrier. De son côté, la jeune fille, pétrie d’idéaux progressistes occidentaux ne réplique jamais cruellement et tente toujours de comprendre le point de vue de son détracteur.
Évidemment, ce sont deux jeunes gens à l’âme romantique, et même s’ils ne consomment jamais le fruit de leur fantasme, ils se laissent progressivement conquérir l’un par l’autre. Se croyant les Roméo et Juliette de la génération Facebook, ils se plaignent de ne pouvoir se rencontrer alors qu’ils ne sont séparés que par quelques dizaines de kilomètres.

Que dire d’une telle intrigue ? Tout d’abord, il s’agit d’une fable. Une telle histoire est impossible, et d’ailleurs, les scénaristes en montrent parfois les limites. Naïm est épié par les milices du Hamas au cybercafé qu’il fréquente, puis tabassé pour avoir échangé avec l’ennemi. Néanmoins, il s’obstine et c’est finalement le centre culturel français de Gaza qui lui offre une échappatoire. Tal est un personnage plus réaliste : jeune israélienne de 17 ans, elle se prépare à entrer à l’armée et souhaite connaître un vrai « Palestinien » au lieu de continuer à les fantasmer.
Certains critiqueront un manque d’objectivité de la part des auteurs quant à l’illustration des souffrances des deux peuples. On observe la vie misérable du côté palestinien pendant de longues séquences tire-larmes : blocages interminables aux check-points, entassement dans des appartements exigus, absence de perspectives d’avenir pour une jeunesse assoiffée de liberté.
De l’autre côté, les problèmes de Tal ont l’air dérisoire : la première fois avec un garçon, « le piercing, ça fait mal ? », le bac et la gueule de bois… Seul le personnage du frère de Tal, enrôlé en tant que combattant, ainsi que les attentats suicides dans les lieux publics viennent rappeler le difficile quotidien des jeunes israéliens.
Mais le souffle romanesque l’emporte, et malgré quelques longueurs dues aux lentes descriptions du quotidien des deux adolescents, on vibre avec eux jusqu’au dénouement. Les deux jeunes acteurs, Agathe Bonitzer et Mahmoud Shalaby, sont d’ailleurs très convaincants et soutenus par une brochette de rôles secondaires trois étoiles (Hiam Abbass, Jean-Philippe Ecoffey, Smadi Wolfman, Abraham Belaga et Loai Nofi en cousin oriental survolté et réjouissant !).
Comme dans tout conte, une bonne fée semble se pencher sur le destin du prince et de la princesse. Ici, c’est la France qui joue ce rôle. Et l’on rentre dans son jeu, espérant que Naïm et Tal se retrouveront pour un café place de la Bastille.

Utopiste ? Vous avez dit utopiste ?