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Histoire de Judas

Un film de Rabah Ameur-Zaïmeche
99 MIN / France
Festival de Berlin 2015
Prix du jury œcuménique - Sélection Forum

Mireille Hadas-Lebel, vice-présidente de l’AJCF a vu ce film.

Le Judas des Évangiles serait-il en train de passer du statut de traître au statut de saint ? Il y a déjà eu côté savant la découverte de l’ Évangile gnostique de Judas ( IIe siècle) où est affirmée la mission du personnage qui doit contribuer à libérer Jésus de son enveloppe charnelle pour le salut du monde.Le public français ne tardera pas à découvrir le dernier livre d’ Amos Oz où Judas fait figure de héros solitaire incompris. A partir du 8 avril, « l’ Histoire de Judas » du cinéaste Rabah Ameur-Zaïmech fera sans doute parler d’elle.

Fasciné depuis toujours par la figure de Jésus, le cinéaste qui a choisi pour lui-même le rôle de Judas, se représente en disciple, le meilleur des disciples, celui qui a compris que la parole ne doit pas être figée dans l’écrit mais garder la vie de l’oralité. Loin de trahir son rabbi, Judas se battra pour préserver l’authenticité du message. Jésus avait-il besoin d’être livré ? Il se montrait en public et il était facile aux Romains de l’arrêter pour la subversion dont ils le soupçonnaient. Selon Rabah Ameur-Zaïmech, l’histoire de la trahison est une explication « minable » de l’arrestation de Jésus qui a permis de calomnier les juifs à travers l’histoire. Telle est l’idée force qui sous-tend le film.

Le réalisateur n’a pas seulement suivi ses intuitions. Certains passages du film montrent qu’il a beaucoup lu sur la période. C’est ainsi qu’il met en scène un innocent nommé Carabas qui correspond à un personnage réel, contemporain de Philon à Alexandrie. Et il n’ignore pas que, contrairement à la représentation habituelle, la croix au temps des Romains était en forme de T.

Le manque de moyens ou la fraîcheur d’imagination de l’auteur font que le film évite l’écueil du péplum. Jésus évolue dans un paysage algérien aride qui évoque celui de la Judée. Des foules d’enfants déguenillés, comme on en voit dans le bled, accueillent joyeusement l’ascète. Les personnages judéens parlent peu, disent des choses simples, comme partout les gens du peuple. Les Romains plus sophistiqués s’interrogent et semblent avoir lu l’ Ecclésiaste ; comme une prémonition de leur future décadence, ils habitent ces palais en ruines qui subsistent de leur province d’ Afrique.
Le parti pris un peu déroutant de naïveté est racheté par la beauté des paysages et des plans en clair obscur sur lesquels s’attarde parfois longuement la caméra. Il y a surtout, fait rare, une attention toute poétique aux bruits de la nature : chant d’oiseau, vol d’une mouche, vent dans les feuillages. On sort de là ressourcé.

Mireille Hadas-Lebel