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Allocution du Rabbin Michaël Azoulay, Rabbin de Neuilly-sur-Seine

Je voudrais dire ce soir, en tant que rabbin de la Communauté juive de Neuilly à laquelle le Docteur Prasquier et sa chère famille appartiennent de longue date, bien avant que j’en devienne le rabbin, que c’est toute ma Communauté et au-delà c’est toute la communauté juive de France qui est très honorée à travers la remise de ce Prix si prestigieux.

Dans mes fonctions, j’aurai partagé certaines de ses joies (cérémonies religieuses de Bar Mitsva/accès à la majorité religieuse de ses petites filles) et aussi malheureusement des événements douloureux, lorsque je l’accompagnais lors de la disparition récente de sa mère qui a été évoquée tout à l’heure.
Et l’amitié et l’estime mutuelles sont nées de ces moments et de nos fréquentes rencontres en la synagogue de Neuilly.

Dans les quelques minutes qui me sont imparties, dans ce haut lieu de la réflexion, je souhaiterais partager avec vous une méditation qui me semble particulièrement appropriée à l’hommage rendu au récipiendaire de ce Prix. Je voudrais citer ce soir un rabbin qui a épousé en secondes noces, en 1955, la grand-mère de Richard Prasquier, Madame Yokheved Silberberg, née Barbanel, paix à son âme.
Ce rabbin, c’est Samuel Jacob Rubinstein. Nous avons beaucoup échangé à son sujet avec le Docteur Prasquier. Il a été le rabbin de la rue Pavée, dans le Pletzl, en plein quartier juif, dans le Marais, que vous connaissez. C’était après la Deuxième Guerre mondiale, à une époque où l’urgence n’était pas encore au dialogue entre Juifs et Chrétiens mais au renouveau de la vie juive en France, au sortir des affres de la guerre. Le Docteur Prasquier a réédité ses nombreux écrits et une biographie très complète vient d’être publiée.

Dans une longue dissertation portant sur le respect dû à Dieu et le respect que l’on doit témoigner aux hommes, en hébreu, kevod chamaïm et kevod haberiot,
le rabbin Rubinstein cite un célèbre apophtegme des Chapitres ou Principes des Pères (traité d’éthique juive, au 4ème chapitre) attribué au maître de la Michna, Ben Zoma : « Qui est respecté ? Celui qui respecte les créatures  ». Rubinstein met en relation cette sentence : « Est respecté celui qui respecte les créatures » avec un verset du Psaume 119 « De tous ceux qui m’ont enseigné, j’ai appris ».
Il en déduit, en faisant la relation entre ces deux textes, qu’ « est digne d’être honoré celui qui respecte chaque créature, chaque frère, chaque sœur en humanité parce qu’il a l’humilité de penser que celui-ci, celle-ci, peut lui apprendre ce qu’il est et ce que lui n’est pas ».

L’hommage que nous rendons ce soir à Richard Prasquier, c’est précisément parce qu’on a tous compris, tous vécu, le respect infini qu’il a à l’égard de son prochain. Beaucoup de qualités ont été citées ce soir concernant Richard Prasquier. Et parmi elles, j’apprécie particulièrement sa curiosité, à la fois intellectuelle et humaine, de ce que l’autre recèle de richesses.
Cet intérêt pour l’autre n’est-il pas une des raisons d’être de l’Amitié Judéo-Chrétienne ? Cette curiosité qui consiste à mieux connaître l’autre, à savoir ce qu’il pense pour mieux savoir aussi ce que nous pensons.
Cette conviction de tout ce que Juifs et Chrétiens peuvent s’apporter mutuellement, au-delà même de contribuer à favoriser l’instauration de la paix dans le monde. C’est important de le rappeler ce soir, en pleine flambée de violences au Proche-Orient, notamment dans la ville de la Paix, Jérusalem, regain de violences qui nous rappelle la difficulté à faire de ce rêve une réalité.
Une conviction que des hommes comme Richard Prasquier ont chevillée au corps et qui justifie pleinement qu’on leur rende hommage, comme nous le faisons ce soir.
Merci.