Accueil > Documentation > Politique > Israël et territoires palestiniens > Chrétiens en Israël et dans les territoires palestiniens > Une lecture du document « Un moment de vérité » par Peter A. Pettit et Bruce Chilton

Une lecture du document « Un moment de vérité » par Peter A. Pettit et Bruce Chilton

Peter A. Pettit and Bruce Chilton proposent à l’Amitié Judéo-Chrétienne de France (AJCF) un résumé en français de leur article paru en janvier 2010 sur le site de leur université : Assessing « A Moment of Truth ».

© Peter A. Pettit et Bruce Chilton pour Sens, Amitié Judéo-Chrétienne de France, ajcf.fr

L’article original en anglais

Le document intitulé « Kairos Palestine 2009 » paru le 15 décembre 2009 constitue un appel aux Églises du monde entier à entendre et à réagir à la souffrance du peuple palestinien.
Ce document parle d’une situation désespérée, en l’absence d’un projet politique en Israël/Palestine. Il parle néanmoins de foi et d’espoir dans la lumière de l’amour de Dieu. Nous entendons cette souffrance et la conviction avec laquelle elle est énoncée dans ce document du clergé palestinien.
Deux théologiens américains, le professeur Bruce Chilton (anglican) et le professeur Peter Pettit (luthérien) y décèlent quatre points et en propose la lecture suivante :

- Il est impératif d’abandonner toute théologie fondamentaliste qui soutiendrait l’oppression israélienne du peuple palestinien. Ces théologies fondamentalistes sont plus présentes aux E.U. d’Amérique que sur le continent européen, bien qu’il y ait des groupes dédiés à établir un fondamentalisme chrétien en Europe aussi.
- Il faut aider les Palestiniens à obtenir leur liberté.
- Il faut venir voir sur place.
- Il faut se servir du boycott afin d’avoir une attitude juste à l’égard de l’occupation israélienne des terres palestiniennes.

Rappelons au passage que le paradigme de cet appel est un document appelé « Kairos Soweto 1985 ».

Ces 4 points constituent en apparence un appel à un soutien non-violent de la cause palestinienne, mais la source en est une analyse unilatérale — et en fin de compte — fausse qui risque bien de prolonger le conflit plutôt que de contribuer à sa résolution rapide et pacifique.

Voici pourquoi :

- Il est vrai qu’il existe un soutien chrétien à Israël inconditionnel, non-critique et atavique qui est dommageable. Mais ce document fait totalement abstraction d’une lecture fidèle et théologique des Écritures qui établit le lien du peuple Juif à cette terre sans soutenir l’occupation et ses injustices.

- La situation des Arabes palestiniens est une réalité douloureuse qui en appelle à un changement, mais la demande de liberté pour « notre pays » telle qu’elle est énoncée dans ce document fait une entorse à l’Histoire. Israël n’est pas un pays impérialiste et illégitime, un intrus dans la région, qui a lui tout seul fait obstacle à la liberté et à l’autonomie du peuple palestinien.

- L’invitation à venir voir sur place en principe en appelle à venir tout voir : les Israéliens et les Palestiniens. Mais ce que les auteurs disent d’Israël fait craindre que les visiteurs ne sachent pas grand-chose de la réalité israélienne.

- L’appel au boycott et aux sanctions économiques contre Israël établit un parallèle avec l’action efficace menée en son temps par la communauté internationale pour mettre un terme au régime de l’apartheid en Afrique du Sud. Mais la société palestinienne en 2010 n’est pas celle des townships en Afrique du Sud. La Palestine ne fait pas partie d’Israël. Il ne s’agit pas d’une minorité blanche qui maintient arbitrairement une majorité noire dans une situation d’infériorité par la discrimination raciale. Le conflit et la situation qui en résulte sont le résultat d’une longue guerre entre les nations arabes et Israël et du combat d’Israël pour assurer la sécurité de tous ses citoyens, Juifs et Arabes.

- Ce document qui parle d’un avenir de paix ne dit rien des moyens pour atteindre cet objectif : pas de reconnaissance d’Israël comme état légitime, aucune mention de la nécessaire infrastructure à la création d’un état palestinien, pas d’appel impératif à la reprise des négociations en vue de réaliser cet objectif de paix.

- Pour les Églises locales, ce document voudrait être un appel prophétique à un avenir meilleur. En réalité, il ne fait que se plaindre d’une situation certainement très douloureuse. Une bonne compréhension de l’Histoire et de la dynamique de ce conflit est indispensable aux églises qui souhaitent apporter leur soutien à la cause palestinienne.

Dans le document « Soweto 1985 », dont celui-ci cherche à s’inspirer, il est dit que la parole d’espoir contenue dans les Évangiles doit également apporter de l’espoir aux opposants, qui sont eux aussi dans le désespoir de la peur. « Toute résistance qui ne contient pas la vision de justice et de sécurité pour l’ennemi ne peut que susciter une opposition plus grande encore ».

Si nous, chrétiens, souhaitons nous engager, il faut que cela soit avec et auprès des peurs et des espoirs de tous, Israéliens, Juifs et Palestiniens, et surtout avec une vision de la paix. Les Églises dans le monde doivent apporter une troisième voix qui ne serait pas celle d’un nationalisme Palestinien ou Juif mais engagée auprès de tous les peuples de Dieu dans la région.

Bruce Chilton est Professeur de Religion "chaire Bernard Iddings Bell" et Chapelain du Collège à Bard College , NY et recteur de l’Eglise Episcopalienne (Anglicane américaine) St. John the Evangelist à Barrytown, NY.

Peter A. Pettit est professeur associé d’études religieuses, directeur de l’IJCU ( Institute for Jewish-Christian Understanding, Institut pour la compréhension judéo-chrétienne) du Muhlenberg College (Pennsylvanie, USA) et pasteur de l’Eglise Evangélique Luthérienne.