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Liliane Apotheker : À propos d’un moment de vérité- Kairos Palestine.


Une voix juive, Liliane Apotheker , adhérente de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France.

© Sens, Amitié Judéo-Chrétienne de France, ajcf.fr

Si ce document suscite l’engouement général c’est parce qu’en apparence sa tonalité est nouvelle et son argumentaire non-violent.
« Kairos » signifie un moment particulier, moteur, en grec et le choix de ce mot fait écho au document appelé « Kairos Soweto » de 1985. La comparaison entre l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid et la situation en Israël et Palestine est fréquente et les images de la dernière guerre à Gaza, des check point et de la barrière de sécurité ne font que l’alimenter.
Faut-il le rappeler : comparaison n’est pas raison.

Il ne s’agit pas en Israël et Palestine d’une minorité opprimant une majorité par idéologie raciale mais d’un conflit territorial dû à de nombreuses guerres entre les Israéliens et leurs voisins arabes avec pour conséquence la souffrance du peuple palestinien. S’il s’agissait d’un conflit racial, les Arabes israéliens, donc citoyens du pays, seraient également concernés par cette discrimination. Or ils votent et sont éligibles à la Knesset, 14 membres du parlement sur 120 sont Arabes, occupent des postes dans la fonction publique, dans la société civile et à l’armée et ne font ni plus ni moins l’objet d’une discrimination que d’autres segments de la population juive. Quant à l’appel aux sanctions économiques, au retrait des investissements et autre forme de boycott, en écho à ce qui a fait tomber le régime raciste sud-africain, il trouve désormais un retentissement favorable en Europe, comme si cela tombait sous le sens. Qu’attendons-nous d’ailleurs pour l’appliquer à la Chine ou à la Russie ?

Manifestement il faut encore et toujours rappeler que le sionisme n’est pas une idéologie raciste ou coloniale mais l’aspiration politique du peuple juif à vivre dans un état souverain sur la terre dont la Bible nous parle tant. La Bible n’est pas un cadastre me direz-vous, c’est certain mais faut-il pour autant nier ce lien avec la terre ancestrale ?
C’est précisément ce que fait le document en question. Par une volonté mimétique étonnante, il évoque au § 2.3.2 le fait que la présence palestinienne « chrétiens ou musulmans sur cette terre n’est pas un accident… Une injustice a été commise à notre égard, lorsqu’on nous a déracinés. L’occident a voulu réparer l’injustice qu’il avait commise à l’égard des Juifs dans les pays d’Europe, et il l’a fait à nos dépens et sur notre terre » Pas un mot du lien du peuple juif avec la terre biblique, terre appelée « notre terre » par les auteurs. Quant au parallèle établi entre les deux injustices, il fait les beaux jours de la concurrence victimaire et se passe de commentaire.

Je rappelle ici que ce lien est évoqué dans le document comme un fondamentalisme religieux alors qu’il est le témoignage de l’histoire d’un peuple et de sa vocation, telle qu’elle est dite dans la Bible suivie d’une aspiration spirituelle ininterrompue pendant près de deux mille ans d’exil. Un exil qui est lui aussi une constante de la mémoire juive, le mot est éloquent.
Mais il y aussi grave dans la réponse à la question : « Comment comprendre la parole de Dieu ? » (§2) « La parole de Dieu est une parole vivante qui jette une lumière nouvelle sur chacune des périodes de l’histoire et c’est pourquoi il n’est pas permis de transformer la parole de Dieu en lettres mortes… Cette parole morte est utilisée comme une arme dans notre histoire présente, afin de nous priver de notre droit sur notre terre » A votre avis contre qui est portée cette accusation familière de transformer ainsi la parole de Dieu en lettres mortes et à quelle fin ? Nous sommes là en pleine théologie de la substitution et tout cela au nom de la foi, de l’espérance et de l’amour.

On ne dira jamais assez les ravages que celle-ci continue de faire dans les consciences chrétiennes. Il faut bien reconnaître que si elle a été déclarée obsolète, rien ne l’a vraiment remplacée et que cette question du lien à la terre n’a pas été approfondie. C’est certainement la notion de sainteté qui pose problème, elle échappe forcément à une définition que l’on trouverait dans un dictionnaire. Elle est pensée de manière très différente selon si l’on est protestant, catholique ou juif et même à l’intérieur de ces groupes entre réformé, évangélique, charismatique, juif libéral, massorti ou orthodoxe et j’en oublie un grand nombre. On ne peut donc pas assener de vérités à ce sujet,mais peut-on nier qu’il s’agit bien de cette terre-là ? Une théologie chrétienne qui en tiendrait compte permettrait aux esprits de se calmer et apaiserait l’incandescence de la revendication et cela probablement de part et d’autre.

Il y aurait beaucoup de choses à ajouter. Je m’en tiendrai à l’appel formulé au §9.1. « à parvenir à une vision commune bâtie sur l’égalité et le partage, non sur la supériorité, ni sur la négation de l’autre ou l’agression, sous prétexte de peur et de sécurité. » Cette peur évoquée là comme un prétexte est réelle dans les deux camps. Elle constitue un obstacle majeur à la paix.
La peur des Israéliens est peu connue du grand public, tant l’état apparaît comme puissant et surarmé, mais il faut être sourd pour ne pas entendre les appels continus à son anéantissement par d’autres surarmés eux aussi !

Les deux peuples qui s’affrontent sur ce territoire plus petit que le parc national Krüger (en Afrique du Sud !) sont enfermés dans leur bulle narrative.
On peut craindre que les rédacteurs de ce texte ne soient plutôt inspirés par le nationalisme arabe que par l’amour prôné par les Évangiles. Où est le souffle prophétique qui permettrait d’envisager une réconciliation ? Où est la responsabilité des religieux de faire entendre une voix mesurée qui apporterait de la nuance ?

Il faut entendre toute la souffrance contenue dans cet appel car elle trouve sa source dans une identité fragmentée qui perd espoir dans son avenir. Mais il faut craindre aussi que cet appel qui ramène ainsi au premier plan la théologie de la substitution porte atteinte au dialogue fraternel établi entre Juifs et Chrétiens suite aux deux textes admirables que sont Nostra Aetate et le document Église et Israël de la communion ecclésiale de Leuenberg.

Il ne s’agit pas là d’effectuer un chantage mais de dire avec force que la belle exigence du dialogue nous rappelle le lien théologique entre tous les Juifs et tous les Chrétiens dans le monde. Tout appel à la paix doit tenir compte de ce lien entre nous. La théologie de la substitution appartient désormais au passé. Si Catholiques et Protestants l’ont rejetée c’est parce qu’elle est devenue incompatible avec leur conscience de croyant, ne l’oublions pas !

Liliane Apotheker


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