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L’Omer, temps pascal et temps de deuil


Par Michel Remaud, paru sur le site Un écho d’Israël en 2007, repris sur le site AJCF avec l’accord de l’auteur.

La période qui s’étend de la fête de la Pâque à celle des Semaines (Pentecôte ou Cinquantaine en grec) est appelée dans le judaïsme la période de l’Omer. Ce terme désigne d’abord la gerbe dont l’offrande marque le début de cette période : « Quand vous serez entrés dans le pays que je vous donne, et que vous y ferez la moisson, vous amènerez au prêtre une gerbe (omer), prémices de la moisson. » (Lv 23,9). Par comparaison avec un passage de l’Exode (Ex 16,36), ce terme a été interprété comme désignant une mesure de capacité. Aujourd’hui, il est employé communément pour désigner les sept semaines qui suivent celle de la pâque.

« Vous compterez sept semaines (...) à partir du jour où vous aurez amené la gerbe ; (...) Vous compterez cinquante jours... » (Lv 23, 15-16). Selon l’interprétation traditionnelle de ce passage, le fait même de compter est considéré comme l’objet du précepte. On doit donc, dès le soir du dernier jour de la pâque, commencer à compter rituellement les jours : « Béni es-tu, Seigneur notre Dieu, le roi de l’univers, qui nous a sanctifié par ses commandements et nous a prescrit le compte de l’omer : aujourd’hui est le premier jour (puis, “le deuxième”, ”le troisième” etc.) de l’omer. » À partir du huitième jour, la formule inclut le compte des semaines : « Aujourd’hui est le huitième jour, ce qui fait une semaine et un jour, etc. »

Pour des raisons historiquement mal connues, les trente-trois premiers jours de l’omer ont acquis, à l’époque du Talmud, un caractère de deuil : on n’y célèbre pas de mariages et on évite de se faire couper les cheveux. La tradition l’explique par une épidémie qui aurait décimé pendant cette période les disciples de Rabbi Aqiva, au deuxième siècle de notre ère. L’explication la plus couramment reçue considère que les disciples de Rabbi Aqiva auraient été des partisans de Simon bar Kochba, instigateur d’un soulèvement contre Rome en 132. Une série de défaites se serait terminée par une victoire le trente-troisième jour de l’omer.

Une autre tradition rapporte que la manne aurait commencé à tomber au trente-troisième jour de l’omer.

Ce trente-troisième jour est aujourd’hui un jour de fête. Il est communément désigné par la formule Lag-ba-omer, les lettres lamed (l) et guimel (g), qui représentent respectivement les chiffres trente et trois, étant prononcées comme un mot, comme beaucoup d’abréviations en hébreu. Il est marqué par des réjouissances, comme par exemple des feux de joie. C’est aussi le jour de la première coupe de cheveux pour les enfants de trois ans.

Lag-ba-omer présente en outre une signification particulière pour les kabbalistes. Ce serait, selon leur tradition, l’anniversaire de la naissance au Ciel (Hilloula) de Rabbi Shimon bar Yohaï, considéré comme l’auteur du Zohar, le livre fondamental de la Kabbale. Selon une variante, ce serait le jour où il serait sorti de la caverne où il s’était caché douze ans plus tôt avec son fils lors de la persécution d’Hadrien. Ce jour est aujourd’hui l’occasion de grands rassemblements de kabbalistes au mont Méron, en haute Galilée, sur le lieu présumé de sa sépulture.


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