Sur la toile

  • France 2 : Simone Veil, l’instinct de vie
  • L’Arche : Le Musée de l’histoire des Juifs de Pologne inauguré à Varsovie
  • Zenit : Shoah : une volonté métaphysique de faire disparaître les victimes (10e anniv. de "Yahad In Unum", intervention du card. Vingt-Trois)
  • JDD : Taguieff - "Les nouvelles passions antijuives"
  • Le Figaro : Alain Finkielkraut : « Au nom de la lutte contre l’islamophobie, on sous-estime la haine des Juifs et de la France »

Rechercher

Florence Taubmann : Au Nom de Dieu ?


La tragédie qui vient de s’achever à Toulouse risque de faire apparaître à nouveau Dieu et la religion comme responsables de la haine entre les hommes. Or ce ne sont pas les religions qui tuent. Ce sont des individus ou des groupes. Ce n’est pas Dieu qui commande de tuer. Ce sont les hommes qui projettent sur Dieu leurs fantasmes de puissance et de destruction. Pourtant on accuse souvent Dieu, ou les religions, et on imagine que tout irait mieux s’ils disparaissaient d’un monde devenu enfin raisonnable et rationnel. C’est faire peu de cas des passions qui mordent le cœur humain, de génération en génération et de siècle en siècle : jalousie, haine, domination, cruauté.

Gageons que si elles n’avaient pas le nom de Dieu, ou la cause religieuse, pour les justifier, les parer d’un semblant de noblesse, leur fixer un but et une récompense, elles ne tarderaient pas à trouver un autre idéal, quelque nécessité suprême de remplacement pour s’autoriser à déferler sur le monde selon leur bon plaisir. Les totalitarismes athées nous en ont donné de terribles exemples.

Alors comment se fait-il que le Dieu des trois monothéismes, dont l’enseignement vise la justice, la sollicitude, la miséricorde, la paix entre les hommes puisse être, de siècle en siècle et en ce moment-même, métamorphosé au point d’apparaître en sa figure contraire ? Question terrible et douloureuse pour les croyants, souvent désarmés pour y répondre ! Textes à l’appui, les accusateurs de Dieu et des religions ont beau jeu de poser le doigt sur des versets impitoyables, aussi bien dans la Bible que dans le Coran. De fait ils s’y trouvent, – injustifiables mais explicables dans des contextes historiques où la violence n’avait pas le caractère scandaleux qu’elle revêt à notre époque. Mais rendons à Dieu ce qui est à Dieu et aux hommes ce qui leur appartient : croire que les textes et les Livres Saints sont inspirés ne signifie pas que Dieu les aurait écrits, ni même dictés lui-même, sauf de manière métaphorique. Ce sont des hommes qui ont écrit la Bible et le Coran, pas n’importe lesquels certes, mais des hommes, des témoins, des croyants, des transmetteurs. Dire cela n’enlève rien à la valeur unique de ces textes, au contraire. Reconnaître leur humanité, c’est aussi rendre à Dieu son altérité, sa transcendance : on ne saurait le contenir, ni emprisonner sa Parole, dans l’Écrit ni dans la pierre. Mais c’est aussi redonner aux croyants des différentes religions toute leur responsabilité de lecteurs, d’auditeurs, d’interprètes, et de témoins des Écritures. Sébastien Castellion en son temps disait : « Tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. ». Ceux qui tuent au nom de Dieu donnent raison à ceux qui rejettent Dieu au nom de l’humanité.

Alors Dieu, la religion, sont-ils des réalités trop dangereuses ? Si dangereuses que mieux vaudrait s’en passer ? En achevant le processus de sécularisation des sociétés et en reportant sur la seule conscience éthique de l’être humain la responsabilité d’assumer les devoirs, les interdits, les valeurs nous permettant de vivre dans notre société démocratique ? Certes la morale personnelle et la morale politique peuvent se ressourcer en elles-mêmes et dans des convictions humanistes. Mais l’être humain, comme les sociétés, recèlent des complexités, des zones d’ombre, des rêves d’absolu, des passions destructrices, des élans nihilistes devant lesquelles la réflexion éthique, le raisonnement moral sont à la fois candides et démunis. Et si la psychanalyse offre des outils d’exploration de l’âme et des comportements très précieux, cela ne suffit pas pour construire l’avenir.

Il incombe aux croyants des différentes religions monothéistes – non pas de proposer leur religion comme un remède aux maux de la planète ou comme un ilot de pureté dans ce monde déchu – ce serait une imposture, mais de témoigner que le Dieu auquel ils se réfèrent, qu’il se nomme Hashem, Dieu de Jésus-Christ, ou Allah, est le contraire d’un tueur : un Dieu de vie et pour la vie. Et qu’ils le disent ensemble est d’une importance majeure pour déjouer les discours de ceux qui prêchent l’opposition, sinon la guerre des religions. Et qu’ils le disent haut et fort dans la cité est enfin le meilleur moyen de ne pas abandonner ce Nom aux fondamentalistes, aux intégristes et aux extrémistes, c’est-à-dire à ceux qui l’utilisent pour leurs fins propres, que celles-ci soient religieuses, économiques ou politiques.

Pasteur Florence Taubmann , Présidente de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, 22 mars 2012


Version imprimable de cet article Version imprimable :: envoyer l'article par mail envoyer par mail


Lire les commentaires (2)
Florence Taubmann : Au Nom de Dieu ?
de le 2012/03/25 :

Je suis musulman et je suis d’accord avec votre message de paix ! Bravo


Florence Taubmann : Au Nom de Dieu ?
de BURGAUD Brigitte le 2012/03/24 :

Merah n’était pas un religieux, c’était du vernis...

La paupérisation, l’absence de sens à la vie conduit des jeunes à aller s’entraîner dans des camps en Afganistan... pour devenir des tueurs au nom de la "guerre sainte".

Ce sont des cerveaux encore jeunes et fragiles que l’on arrive à "manipuler" pour les faire adhérer à une "idéologie".


Laisser un commentaire

Newsletter

Remise du prix AJCF 2014 au père Émile Shoufani

La remise du prix aura lieu le lundi 17 novembre 2014 à 18 h 30 au Collège des Bernardins à Paris

Plus d’informations

Agenda


<<  octobre 2014  >>
L M M J V S D
29 30 1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31 1 2
 

Mardi 4 novembre 20:30 :
Besançon - L’espérance biblique

Jeudi 6 novembre 17:00 :
Strasbourg - Femmes et religions

Jeudi 13 novembre 18:00-20:00 :
Paris-Ouest - L’antisémitisme en France s’aggrave-t-il aujourd’hui ?

Jeudi 13 novembre 19:00 :
Marseille - Mais où sont passés Rosh Hachana et Kippour dans le christianisme ?

Dimanche 16 novembre 14:30-17:30 :
Angers-Anjou - Israël et les nations dans le livre d’Isaïe

Dimanche 16 novembre 17:00 :
Poitiers - Élie (5)

Lundi 17 novembre 18:00-20:00 :
Draguignan - Circoncision et bar-mitzva, rites de transmission

Lundi 17 novembre 18:30-20:00 :
Le Père Emile Shoufani, lauréat du Prix de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France 2014

Mardi 18 novembre 18:30-20:15 :
Paris Est - Chants de détresse (Ps 13, 42, 55, 56, 57)

Mardi 18 novembre 20:30 :
Val de Marne - Le monothéisme, source d’union ou de division ?

Mercredi 19 novembre 16:00 :
Meylan-Grenoble - Vie et œuvre de l’Abbé Glasberg

Jeudi 20 novembre :
Arras : Journée d’étude "Les représentations juives du christianisme (XIXe-XXe siècles)"

Jeudi 20 novembre 20:30 :
Bordeaux - La pratique de la paix

Dimanche 23 novembre :
Charles Péguy et les Juifs

Lundi 24 novembre 20:00 :
Toulon - Témoignage après un séjour d’un an en Israël

Mardi 25 novembre 20:00 :
Colmar - Ce Dieu auquel je crois

Jeudi 27 novembre 18:00 :
Montpellier - Le premier vin bu dans la Gaule méridionale

Mardi 2 décembre 20:00 :
Annecy - Qu’est-ce qu’une liturgie protestante ?

Jeudi 4 décembre 20:30 :
Paris Banlieue Sud - Le rachat dans le christianisme

Lundi 8 décembre 20:30 :
Bordeaux - Le peuple juif et les chrétiens orthodoxes à travers notamment les Pères de l’Église

voir tous les évènements