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Michaël de Saint Cheron : Les Palestiniens chrétiens sous l’occupation

Dans un rapport d’une centaine de pages assez accablant pour l’Etat hébreu intitulé, Faith under Occupation ("La foi sous occupation"), publié par Commission of Churches in international Affairs (CCIA), le Conseil Œcuménique des Eglises (World Council of Churches), dénonce le sort des chrétiens Palestiniens dans les territoires occupés.

N’y a-t-il pas un message détourné, dés-orienté "sous occupation", anti-sioniste radical à travers cet accablant document ?


Dans un rapport d’une centaine de pages assez accablant pour l’Etat hébreu intitulé, Faith under Occupation ("La foi sous occupation"), publié par Commission of Churches in international Affairs (CCIA), le Conseil Œcuménique des Eglises (World Council of Churches), dénonce le sort des chrétiens Palestiniens dans les territoires occupés. On aurait pu croire ces dernières années, avec la recrudescence d’actes anti-chrétiens commis dans les pays islamiques, que ces chrétiens partageaient le sort des derniers juifs vivant en islam (hormis pour le Maroc et la Jordanie). Mais ce rapport essentiellement constitué de témoignages criants prouve qu’il n’en est rien, au contraire, et que les chrétiens partagent tout du sort de leurs concitoyens musulmans.

Ce constat est amer pour le Conseil œcuménique des Eglises. Il est amer pour Israël comme il l’est pour les juifs d’Occident persuadés que ces chrétiens en butte aux menaces latentes d’extrémistes musulmans étaient sans doute plus proches des Israéliens, qui au contraire les respectaient dans leur différence. À en croire les témoignages du document, il n’en est rien.
N’y a-t-il pas un message détourné, dés-orienté "sous occupation", anti-sioniste radical à travers cet accablant document ?

Cela nous trouble d’autant plus que d’une manière quasi générale les rapports d’Israël avec la plupart des Eglises chrétiennes, à commencer par l’Eglise catholique, surtout depuis le voyage historique de Jean-Paul II en Terre sainte-Eretz Israel en 2000, ainsi qu’avec les grandes fédérations protestantes, sont constructifs et bons. On sait que nombre d’Eglises protestantes américaines sont pro-sionistes. Qui a oublié, oui, ce voyage extraordinaire du vieux pape Jean-Paul II en Israël et à Jérusalem en particulier devant le Kotel, le mur occidental des ruines du Temple, puis de Benoît XVI ? Si Jean-Paul II, dans son pèlerinage historique incarnait l’Eglise catholique, nombre de protestants de par le monde ont bien senti ce jour-là que sa prière de pardon et de réconciliation dépassait sa pauvre personne déjà fort malade, englobant ceux des chrétiens qui se reconnaissaient dans son geste de réparation.

La violence suscite la violence et comment la violence d’une occupation n’en lierait les victimes qu’elles soient musulmanes ou chrétiennes ? Mais comment les chrétiens ne voient-ils pas, n’entendent-ils pas ailleurs les violences à l’égard de leurs frères dans la foi partout où l’islam dur agit ? Nous ne disons pas cela non plus pour monter chrétiens contre musulmans mais pour demander aux chrétiens, aux Palestiniens chrétiens, non d’excuser ce qui relève des exactions parfois criminelles, terribles de la part de la police ou de l’armée israéliennes, mais de considérer tout le travail fait depuis 1945 dans le sens du dialogue entre les Eglises et les Juifs d’une part, entre les Eglises et l’Etat d’Israël d’autre part.

S’il est vrai que les communautés chrétiennes de Terre sainte sont les plus anciennes au monde, il est vrai aussi que depuis 1948 leur nombre est passé de 18% à moins de 2% aujourd’hui. Cette réalité n’est-elle imputable qu’aux seuls Israéliens ? Entre 1948 et 1969, alors qu’ils étaient citoyens jordaniens, ces chrétiens n’ont-ils pas commencé à partir - comme le firent les chrétiens libanais ?

Ce rapport porte à croire que le peuple palestinien est un tout uni musulman et chrétien à la fois. La réalité est différente même si l’occupation doit aussi être un ferment dans la résistance. Les chrétiens, comme hier les juifs, en terre d’islam, s’ils étaient ou sont acceptés, sont le plus souvent tolérés et vivent comme dhimmis (protégés en arabe), situation qui peut devenir pour de courtes ou longues périodes de tensions, parfois fort délicate voire hostile.

Mais le rapport cherche seulement à faire porter toute la responsabilité de la condition menacée de ces chrétiens à la seule occupation israélienne. Autrement dit, les chrétiens palestiniens sont-ils devenus les "juifs" d’aujourd’hui dans une Palestine occupée ? Et peut-être même les "juifs" des "juifs" arabes, car d’aucuns ont pu voir les Palestiniens comme les "juifs" du Proche ou du Moyen-Orient, par la créativité et les qualités intellectuelles et artistiques de ce petit peuple.

Le Père Michel Remaud disait à Liliane Apotheker (tous deux spécialistes des relations judéo-chrétiennes), qui fut rapporteur du dossier devant une commission du CRIF : " On n’entend pas parler d’un exode musulman de Terre sainte. " Devant la commission du CRIF chargée du rapport avec les Eglises chrétiennes, L. Apotheker disait récemment : "Le déclin de ces chrétiens palestiniens est le même qu’avant 1967 (sous les Jordaniens). Il faut rappeler qu’Israël est le seul pays du Proche-Orient où les chrétiens sont en constante augmentation."

Ajoutons pour notre part que ce rapport fait clairement ressortir que les chrétiens palestiniens s’opposent au sionisme chrétien que l’on trouve, comme je l’ai dit, aux Etats-Unis certes, mais aussi en Extrême-Orient, par exemple en Corée, ainsi qu’en Afrique. Et n’oublions pas que ce rapport du Conseil Œcuménique des Eglises occulte tout à fait le point de vue capital d’un prètre palestinien comme le Père Emile Shoufani, curé de Nazareth et fondateur d’une école modèle, qui organisa fin 2002 le premier voyage judéo-arabe à Auschwitz-Birkenau.

Un dernier mot. Du 28 mai au 3 juin le COE va inaugurer une semaine mondiale pour la paix en Palestine-Israël.

Il faut espérer que très vite un nouveau gouvernement israélien responsable du futur, responsable pour la paix non seulement de ses enfants mais aussi, mais surtout des enfants de ses enfants, rende les clés de la Palestine à son peuple, qu’il devienne à son tour souverain et comptable devant le monde de ses actes. Nous verrons alors si la paix a des chances de croître parmi la population palestinienne vis-à vis de ses voisins Israéliens comme de ses concitoyens chrétiens ou tout simplement agnostiques ou athées. Il est grand temps que cette chance de la paix à travers un Etat palestinien responsable devant ses fils et ses filles devienne une réalité et non plus seulement un rêve messianique qui s’éloigne au fur et à mesure qu’il se fait proche.
Donner une chance à la paix n’est pas un vain combat !

Michaël de Saint Cheron est écrivain et membre de la Commission des relations avec les Eglises chrétiennes (CRIF).

Source : Le Monde.fr