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Les lumières de Hanoukka

Par Armand Abécassis, Philosophe, Vice-président de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France

Tout est-il donné à l’avance, ou l’histoire doit-elle être comprise comme une création véritable ?

Lorsqu’au IIè siècle avant l’ère courante, les Séleucides occupèrent la Judée, l’un d’eux, Antiochus Épiphane, résolut de l’helléniser. Il interdit les rites aux juifs, installa dans le Temple de Jérusalem une statue de Zeus Capitolin et obligea les prêtres à lui sacrifier un porc. Alors, du village de Modin, se dressèrent les Maccabées qui entreprirent de libérer le territoire de l’oppression séleucide et de purifier le Temple. L’unique fiole d’huile qu’ils trouvèrent ne pouvait maintenir allumé le candélabre du sanctuaire que pendant 24 heures. Un miracle se produisit et elle dura le temps nécessaire à fabriquer une autre huile, c’est-à-dire sept jours. En souvenir de ces événements, les juifs allument une ménorah (petit candélabre ici à huit branches) pendant huit jours, de manière progressive, ajoutant chaque soir une lumière à celles des jours passés. Telle est l’histoire et tel est le rite. Quels enseignements en tirer ?

Tout d’abord, le miracle survenu dans le Temple signifie une sorte de justification des batailles entreprises par Judah Maccabée et ses frères. En effet les Séleucides occupaient le pays et voulaient détruire la spiritualité juive au profit de l’hellénisme païen, contrairement aux Perses qui avaient occupé le territoire en laissant une entière liberté religieuse aux juifs.

Le miracle, lui, peut être compris de deux manières. Ou bien l’huile du candélabre ne diminua pas chaque jour et ne brûla totalement que le septième jour, ou bien au contraire elle diminuait chaque jour d’un septième, ayant multiplié sa capacité énergétique. Le rite actuel, progressif, est fondé sur la première hypothèse, impliquant un miracle quotidien puisque chaque jour les Maccabées constataient que l’huile ne diminuait pas. À l’inverse, la seconde hypothèse traduit l’idée que la constatation du miracle a été faite dès le premier jour, à la fin duquel un septième de l’huile avait été consumé.

De quoi s’agit-il, alors ? De savoir si tout est donné à l’avance, et si l’histoire qui suit n’est que développement et commentaire de cette origine. Ou si, au contraire, l’histoire doit être comprise comme une création véritable de significations et une transformation des leçons laissées par les générations antérieures. Par exemple : l’essentiel est-il le don de la Torah à Israël, ou bien la vocation de celui-ci est-elle son interprétation créatrice, c’est-à-dire le miracle de l’élargissement quotidien de chaque verset et de chaque mot ? Ou encore : le miracle de 1948, après un exil inhumain et barbare, est-il l’essentiel, le retour d’Israël sur sa terre ne se présentant, plus dès lors, que comme l’occasion de constituer un peuple comme les autres, ou bien le miracle véritable est-il de montrer chaque jour aux autres peuples qu’Israël mérite ce retour chez lui - prouvant ainsi que ce qui donne sens à ce retour, malheureusement garanti par la guerre, c’est la spiritualité clamée par Israël face aux Nations depuis trente-cinq siècles ?

Enfin, alors que le candélabre du Temple n’avait que sept branches, le petit candélabre familial en possède huit : c’est dire la décision rabbinique d’imprimer, dans la fête dé Hanoukka, la dynamique messianique que traduit le passage du chiffre sept au chiffre huit. En cohérence avec le premier chapitre de la Torah, qui fait du septième jour l’ère de l’humanité, chargée pour sa part d’y ajouter le huitième jour des temps messianiques, suite espérée des temps historiques.

Texte paru dans l’édition papier du journal La Croix du 19-20 décembre 2009

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