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Histoire du christianisme magazine : dossier sur « Les Évêques et Pie XII face aux rafles »

Le n°58 de février 2012 de la revue Histoire du christianisme magazine présente un dossier sur « Les Évêques et Pie XII face aux rafles », p. 22-44.

Ce dossier est réalisé par Sylvie Bernay, auteur d’une thèse « L’Église catholique et la persécution des Juifs pendant l’Occupation en France 1940-1944 », soutenue en 2010, qui doit paraître aux éditions du CNRS sous le titre « L’Église de France face à la Shoah » en avril 2012.

Une recension proposée par Paule Marx de l’AJCF.

Ce dossier est organisé autour de quatre thèmes :

1- « Aux sources des réseaux chrétiens de sauvetage », p. 24-33
Cette partie décrit de façon très efficace le contexte national et international depuis 1933, permettant de comprendre certaines peurs sous le Front Populaire ou la guerre d’Espagne, puis le tournant dans l’opinion catholique à l’égard des Juifs en 1938, année de l’Anschluss et de la Nuit de Cristal. Elle rappelle l’action du cardinal Verdier à Paris avec le père Michel Riquet dans un comité interconfessionnel d’aide aux Juifs réfugiés d’Europe centrale, puis les difficultés croissantes, après la mort du Cardinal en avril 1940 et l’installation du Mgr Suhard, la défaite et le régime de Vichy. Le récit des rencontres entre autorités juives et chrétiennes montre bien la complexité de la mise en place des filières clandestines, les difficultés propres à la zone occupée, le rôle particulier du cardinal Gerlier en zone libre, où le Saint-Siège, par l’intermédiaire du nonce, encourage les évêques qui ont des camps dans leur diocèse, à mettre en place des systèmes d’assistance.
L’encadré sur « la position de l’épiscopat vis-à-vis du statut des Juifs » p. 27, est une occasion d’insister sur le poids de la doctrine traditionnelle de l’Église du « double protectorat » vis-à-vis des Juifs, doctrine selon laquelle « la société chrétienne se doit de protéger ses concitoyens de leur influence car ils ne reconnaissent pas le Christ », mais qui invite l’Église à les protéger de l’antisémitisme ; ce qui expliquerait la position « moyenne » de l’épiscopat de la zone libre lorsque ce dernier est consulté par le ministre Paul Baudouin sur un éventuel statut des Juifs.

2- « Face aux persécutions, le choix des hommes », p. 34-35
Cette courte partie éclaire le parcours très contrasté de quelques personnalités marquantes : Mgr Verdier, Mgr Gerlier, le nonce Mgr Valerio Valeri, Jacques Helbronner président du Consistoire, Xavier Vallat Commissaire général aux questions juives.

3- « Encouragés par Pie XII les évêques protestent », p.36-40
Cette analyse de la genèse des protestations des évêques aux grandes rafles de 1942 souligne le rôle du Nonce, qui les incite à protester en zone libre « en leur nom propre ». Un encadré rappelle l’action diplomatique secrète de l’Église en zone d’occupation italienne en 1942-1943, et les interventions auprès de Pétain par l’intermédiaire du cardinal Suhard ou de Mgr Chappoulie.

4- « Des diocèses refuges cachent les fugitifs », p. 41-44
L’étude des archives de sept diocèses - Annecy, Montauban, Toulouse, Marseille, Clermont-Ferrand, Lyon et Tulle – montre l’organisation hiérarchique des diocèses mise au service des activités clandestines de sauvetage et l’ouverture des couvents qui deviennent des refuges pendant les rafles.

Ce dossier, lourd d’informations, se lit facilement grâce à une illustration riche et un texte précis. Il utilise des recherches récentes. Sous le titre « La première synthèse sur l’Église et la Shoah », p.45-47, Agnès Vessilier situe la thèse de Sylvie Bernay, « L’Église catholique et la persécution des Juifs pendant l’Occupation en France 1940-1944 », soutenue en 2010, qui doit paraître aux éditions du CNRS sous le titre « L’Église de France face à la Shoah » en avril 2012. Sylvie Bernay a croisé des sources neuves provenant de l’ouverture d’archives de certains diocèses et d’institutions chrétiennes avec les sources juives, et elle a complété et nuancé les travaux historiques récents et fait ressortir l’action de Pie XII essentiellement par l’intermédiaire de ses évêques.

Dans ce dernier article du dossier, on peut regretter les deux phrases concernant l’acte de repentance de 1997 « Mais il faut distinguer la lettre et l’esprit. Si l’Esprit vivifie, la lettre tue », p. 46, qui sont malvenues dans une telle étude.

Autres titres au fil des pages  : Les évêques et Pie XII contre la Shoah, titre de 1ère de couverture ; L’Église face à la Shoah, titre du sommaire.