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Hanoukka-Noël 2016

Cette année, le premier jour de Hanoukka coïncide avec Noël !
Le Père Jean MASSONNET, lauréat du prix de l’AJCF 2016, nous invite à méditer sur ces lumières qui brillent à l’occasion de Hanoukka et de Noël.

L’AJCF souhaite à ses amis juifs et chrétiens de joyeuses fêtes de Hanoukka et de Noël !


Cette année, deux lumières commenceront à briller simultanément, l’une le 24 Kislev au soir (24 décembre 2016) et l’autre ce même 24 décembre puisque, selon la tradition chrétienne, la célébration de Noël commence durant la nuit du 24 au 25 décembre : la première, celle de la Hanoukkiah (le chandelier à huit branches), dont le feu s’alimente à une huile inépuisable, et la deuxième, dont le feu vient d’une étoile, celle de David.

La puissance des empires totalitaires a voulu à plusieurs reprises éteindre la première flamme, sans jamais y réussir. Antiochus « Épiphane », épiphanie de puissance et de nivellement, ne supportait pas cette lumière obstinée. Jupiter Olympien, « abomination de la désolation » (Dn 11,31 ; 12,11), devait la souffler. Mais la lumière éteinte dans le Temple continuait à briller dans les cœurs, jusqu’au jour d’exultation où elle a recommencé à briller de nouveau. Or, cela est rapporté par la tradition (bShabbat 21 b), la quantité d’huile non profanée qui restait dans le Temple ne suffisait que pour un jour, pas plus, et cependant elle put alimenter le chandelier pendant huit jours ! Signe que cette huile ne manquera jamais. Les Romains ont rasé le Temple, Hadrien a voulu effacer toute trace de cette lumière, là où précisément elle devait briller, dans le Temple, bien plus, il a voulu étouffer la voix de la Torah, en vain. Les empires ne peuvent rien contre cette petite flamme. La dernière entreprise ténébreuse, idolâtre, d’un orgueil infini, qui au siècle dernier a cherché à anéantir de cette flamme même le souvenir, a sombré dans le chaos. Au cœur le plus sinistre de cette entreprise, dans les chambres de la mort destinées à recevoir le souffle infernal, résonnait le Shema Israel, petite flamme vacillante qui refusait de s’éteindre, et devait un jour repartir de plus belle.

Noël : une étoile attire des savants d’Orient. Ils arrivent à Jérusalem : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » Il faut qu’Israël réuni au grand complet, prêtres et sages, leur en indique le chemin : Bethléem de Judée, car il est écrit : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda : car c’est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple » (Mt 2,6 ; Mi 5,2). L’étoile les conduit jusqu’à la maison où est l’enfant. Y étant entrés, « ils se prosternent devant lui, et, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent de l’or, de l’encens et de la myrrhe » (Mt 5,11), annonçant par leur geste le jour où les nations encore plongées dans les ténèbres monteront à Jérusalem, chargées de présents, attirées par cette lumière destinée à inonder le monde. Hérode le Grand, le Magnifique, le dictateur maladivement jaloux de son pouvoir, au point de trucider sa femme Mariamne et trois de ses fils, craint pour son trône. « Il entra dans une grande fureur et envoya tuer, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants jusqu’à deux ans, d’après l’époque qu’il s’était fait préciser par les mages » (Mt 2,16). Ces récits midrashiques accompagnent la naissance de Jésus. Si le premier annonce la rédemption finale, le dernier est un écho du massacre des premiers nés en Égypte (Ex 1,16) mais aussi, et surtout, une sombre préfiguration des génocides inspirés par l’idolâtrique volonté de puissance.

La lumière de Noël qui brille dans la nuit ne peut, pour les chrétiens, que prendre sa source dans l’espérance d’Israël. Grâce à elle, les nations sont invitées à reconnaître la flamme qui brille dans le peuple Juif, le feu au cœur de « l’ Étoile de la Rédemption », dont les chrétiens sont les rayons selon la vision de Rosenzweig. Les rayons jaillissent du feu de l’étoile, où brûle l’huile inépuisable. Par quel aveuglement les chrétiens, et non des moindres parmi eux, ont-ils cherché à réduire la flamme de Hanoukka à l’état de braise sous les éteignoirs des ghettos et de la théorie du rejet et de la substitution ? Hanoukka, lumière de la Présence divine, Noël, l’étoile de David : le feu de l’étoile et son rayonnement sont une espérance orientée vers l’avenir, lorsqu’une lumière Une, celle du Dieu UN, brillera dans le monde et dans le cœur de chacun. Mais ils sont aussi, dès aujourd’hui, une énergie capable d’exorciser dans notre humanité la mortelle volonté de puissance capable de l’entraîner dans le chaos. En aval et en amont de ce qui nous sépare, chrétiens et Juifs, il y a ce qui nous unit, la source et la fin.

Jean MASSONNET