Sur la toile

  • JCRelations : Histoire et théologie des relations judéo-chrétiennes (recension de livre)
  • JCRelations : Le Pape François reçoit la Conférence des Rabbins Européens
  • JCRelations : « L’ancienne Alliance jamais révoquée » dans les interventions récentes des papes
  • JCRelations : Colloque de l’ICCJ à Rome pour le 50e anniversaire de Nostra Aetate
  • JCRelations : Ce lien qui unit les Chrétiens et les Juifs (Entretien avec Bogdan Bialek, co-directeur chrétien du Conseil Polonais des Chrétiens et des Juifs)

Rechercher

Florence Taubmann : Au Nom de Dieu ?


La tragédie qui vient de s’achever à Toulouse risque de faire apparaître à nouveau Dieu et la religion comme responsables de la haine entre les hommes. Or ce ne sont pas les religions qui tuent. Ce sont des individus ou des groupes. Ce n’est pas Dieu qui commande de tuer. Ce sont les hommes qui projettent sur Dieu leurs fantasmes de puissance et de destruction. Pourtant on accuse souvent Dieu, ou les religions, et on imagine que tout irait mieux s’ils disparaissaient d’un monde devenu enfin raisonnable et rationnel. C’est faire peu de cas des passions qui mordent le cœur humain, de génération en génération et de siècle en siècle : jalousie, haine, domination, cruauté.

Gageons que si elles n’avaient pas le nom de Dieu, ou la cause religieuse, pour les justifier, les parer d’un semblant de noblesse, leur fixer un but et une récompense, elles ne tarderaient pas à trouver un autre idéal, quelque nécessité suprême de remplacement pour s’autoriser à déferler sur le monde selon leur bon plaisir. Les totalitarismes athées nous en ont donné de terribles exemples.

Alors comment se fait-il que le Dieu des trois monothéismes, dont l’enseignement vise la justice, la sollicitude, la miséricorde, la paix entre les hommes puisse être, de siècle en siècle et en ce moment-même, métamorphosé au point d’apparaître en sa figure contraire ? Question terrible et douloureuse pour les croyants, souvent désarmés pour y répondre ! Textes à l’appui, les accusateurs de Dieu et des religions ont beau jeu de poser le doigt sur des versets impitoyables, aussi bien dans la Bible que dans le Coran. De fait ils s’y trouvent, – injustifiables mais explicables dans des contextes historiques où la violence n’avait pas le caractère scandaleux qu’elle revêt à notre époque. Mais rendons à Dieu ce qui est à Dieu et aux hommes ce qui leur appartient : croire que les textes et les Livres Saints sont inspirés ne signifie pas que Dieu les aurait écrits, ni même dictés lui-même, sauf de manière métaphorique. Ce sont des hommes qui ont écrit la Bible et le Coran, pas n’importe lesquels certes, mais des hommes, des témoins, des croyants, des transmetteurs. Dire cela n’enlève rien à la valeur unique de ces textes, au contraire. Reconnaître leur humanité, c’est aussi rendre à Dieu son altérité, sa transcendance : on ne saurait le contenir, ni emprisonner sa Parole, dans l’Écrit ni dans la pierre. Mais c’est aussi redonner aux croyants des différentes religions toute leur responsabilité de lecteurs, d’auditeurs, d’interprètes, et de témoins des Écritures. Sébastien Castellion en son temps disait : « Tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. ». Ceux qui tuent au nom de Dieu donnent raison à ceux qui rejettent Dieu au nom de l’humanité.

Alors Dieu, la religion, sont-ils des réalités trop dangereuses ? Si dangereuses que mieux vaudrait s’en passer ? En achevant le processus de sécularisation des sociétés et en reportant sur la seule conscience éthique de l’être humain la responsabilité d’assumer les devoirs, les interdits, les valeurs nous permettant de vivre dans notre société démocratique ? Certes la morale personnelle et la morale politique peuvent se ressourcer en elles-mêmes et dans des convictions humanistes. Mais l’être humain, comme les sociétés, recèlent des complexités, des zones d’ombre, des rêves d’absolu, des passions destructrices, des élans nihilistes devant lesquelles la réflexion éthique, le raisonnement moral sont à la fois candides et démunis. Et si la psychanalyse offre des outils d’exploration de l’âme et des comportements très précieux, cela ne suffit pas pour construire l’avenir.

Il incombe aux croyants des différentes religions monothéistes – non pas de proposer leur religion comme un remède aux maux de la planète ou comme un ilot de pureté dans ce monde déchu – ce serait une imposture, mais de témoigner que le Dieu auquel ils se réfèrent, qu’il se nomme Hashem, Dieu de Jésus-Christ, ou Allah, est le contraire d’un tueur : un Dieu de vie et pour la vie. Et qu’ils le disent ensemble est d’une importance majeure pour déjouer les discours de ceux qui prêchent l’opposition, sinon la guerre des religions. Et qu’ils le disent haut et fort dans la cité est enfin le meilleur moyen de ne pas abandonner ce Nom aux fondamentalistes, aux intégristes et aux extrémistes, c’est-à-dire à ceux qui l’utilisent pour leurs fins propres, que celles-ci soient religieuses, économiques ou politiques.

Pasteur Florence Taubmann , Présidente de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, 22 mars 2012


::


Lire les commentaires (2)
Florence Taubmann : Au Nom de Dieu ?
de le 2012/03/25 :

Je suis musulman et je suis d’accord avec votre message de paix ! Bravo


Florence Taubmann : Au Nom de Dieu ?
de BURGAUD Brigitte le 2012/03/24 :

Merah n’était pas un religieux, c’était du vernis...

La paupérisation, l’absence de sens à la vie conduit des jeunes à aller s’entraîner dans des camps en Afganistan... pour devenir des tueurs au nom de la "guerre sainte".

Ce sont des cerveaux encore jeunes et fragiles que l’on arrive à "manipuler" pour les faire adhérer à une "idéologie".


Laisser un commentaire

Inscription à la lettre de l'AJCF


Vendredi 12 février 09:30-17:00 :
Angers-Anjou - La sortie d’Egypte

Samedi 13 février 09:30-17:00 :
Angers-Anjou - La sortie d’Egypte

Du 13 février 20:00 au 14 février 17:00 :
Strasbourg : Colloque de la SHIAL

Mardi 16 février 18:30-20:00 :
Est parisien - Les douze prophètes : Nahum

Mardi 16 février 20:00 :
Montpellier - Jacques et Raïssa Maritain, leurs amitiés juives et le mystère d’Israël

Mercredi 17 février 16:00 :
Meylan-Grenoble - La circoncision

Jeudi 18 février 18:15-20:15 :
Paris-Ouest : Juifs et Chrétiens, repères pour dix neuf siècles d’histoire

Mardi 23 février 17:00 :
Strasbourg - Lecture juive de 3 passages du Second Testament

Mardi 23 février 20:30 :
St. Germain en Laye : Mysterium Ecclesiae - Paradoxes, lacunes et ouvertures de Nostra Aetate

Jeudi 25 février 20:00 :
Colmar - Israël, le Peuple et la Terre – La Terre d’Israël dans la conscience juive

Samedi 27 février 09:30-17:00 :
Colmar - Journée d’étude : La vraie pensée de Paul sur Israël et les Nations

Mardi 1er mars 18:00 :
Marseille - Assemblée Générale annuelle de l’AJC Marseille Provence

Mardi 1er mars 20:00 :
Colmar - "Oser la fraternité" : Fabrice Hadjadj

Dimanche 6 mars 15:00-17:00 :
Nantes - Les lamentations (1ère partie)

Mercredi 9 mars 16:00 :
Meylan-Grenoble : Réunion ordinaire

Mercredi 9 mars 20:30 :
Lyon - Comment le monothéisme peut-il lutter contre le fondamentalisme ?

Jeudi 10 mars 18:00 :
Montpellier - Guerre d’Algérie : la dernière génération du feu

Jeudi 10 mars 20:00 :
Lille - Les institutions juives

Samedi 12 mars 20:00 :
Annecy - La Shoah par balles : Une violence inouïe

Dimanche 13 mars 16:00 :
Val de Marne - Le couple moderne, entre sacré et profane

voir tous les événements