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Compte-rendu de l’Assemblée Générale de l’AJCF à Aix-en-Provence le 4 juillet 2013

L’assemblée générale de l’Amitié judéo-chrétienne de France s’est déroulée le jeudi 4 juillet à la suite de la Conférence de l’International Council of Christians and Jews (ICCJ) qui, elle, s’est tenue du 30 juin au 3 juillet.

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Le cadre - la maison des jésuites à La Baume à Aix-en-Provence - ainsi que la douceur du climat provençal nous annonçaient les vacances mais le programme de la Conférence de l’ICCJ et celui de l’AG de l’AJCF ne nous permettaient de musarder dans les jardins de la maison !

Cette AG de l’AJCF a réuni environ 80 personnes, beaucoup avaient participé à la Conférence de l’ICCJ. La matinée fut consacrée à la présentation du rapport moral par Bruno Charmet et du rapport financier par Henri Planet. Une discussion s’en est suivie ne remettant pas en cause les rapports qui ont été votés à l’unanimité. Il s’agissait plutôt d’un échange entre membres de l’AJCF et entre responsables de groupe.

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Deux conférences occupèrent l’après-midi : la présentation de Jules Isaac, le fondateur de notre association, par le professeur Carol Iancu et la lecture d’extraits du Carnet du Lépreux de Jules Isaac par Marcel Goldenberg.

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Carol Iancu, professeur d’histoire du judaïsme à l’université Paul Valéry, Montpellier 3, et responsable du groupe AJC de Montpellier, a rappelé les principales étapes des quinze dernières années de la vie de Jules Isaac qui ponctuent l’action de celui-ci en faveur du dialogue judéo-chrétien afin d’en finir avec l’enseignement du mépris pratiqué par l’Église catholique durant presque deux millénaires ! Il évoqua bien sûr la sortie du livre Jésus et Israël en 1948, la réunion à Seelisberg en 1947 qui définissait les points essentiels sur lesquels devait reposer l’entente entre les chrétiens et les juifs, mais l’affaire Finaly (1953) montrait au grand jour que bien des catholiques n’étaient pas encore prêts pour respecter les droits élémentaires d’une famille juive. La lutte fut serrée. Ce qui n’empêchait pas Jules Isaac de continuer à écrire : Genèse de l’antisémitisme en 1956 et L’Enseignement du mépris, en 1962. Il cita encore les interventions auprès des papes : Pie XII, en 1949 pour changer le texte de la prière du Vendredi saint qui se récitait pour convertir les “juifs perfides”, Jean XXIII en 1959 pour revoir le déroulement de la prière de Pâques. Enfin, en juin 1960, Jules Isaac obtenait une audience auprès du pape du futur Concile du Vatican II, celui-ci lui promettant ”plus que de l’espoir” pour répondre favorablement à ses requêtes : redresser l’enseignement de l’Église concernant Israël qui n’est ni déicide, ni rejeté par l’Éternel. Il était nécessaire de nous rappeler ce parcours difficile entrepris par un homme abîmé par la disparition des siens parce qu’ils s’appelaient Isaac.

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Marcel Goldenberg, responsable du groupe aixois de l’Amitié judéo-chrétienne, nous a régalés de deux façons : en nous présentant des peintures de son cru et en nous lisant Le Carnet du Lépreux. Il commença donc par commenter les toiles qui représentaient les portraits de Jules Isaac bien sûr mais aussi d’Emmanuel Levinas, d’André Neher dont les traits et les expressions étaient bien reconnaissables. Il expliqua le choix des couleurs, où les marrons et les jaunes dominaient, ainsi que les formes et les accessoires. Puis il nous présenta Le Carnet du Lépreux, sorte de journal tenu pendant la guerre. Le Lépreux, ou encore le pestiféré (dans le même temps, réfugié sur le plateau du Chambon-sur-Lignon pour raison de santé mais y côtoyant André Chouraqui, Albert Camus écrit La Peste, roman qui a pour cadre une ville envahie par les rats prédateurs comme les nazis), ce fut bien sûr Jules Isaac rayé de l’enseignement public, obligé de se cacher parce que juif, renié par ses anciens collègues. Il est impossible de résumer toutes les pensées et les remarques de Jules Isaac qui savait être acerbe envers ses ennemis. Mais la justesse des mots et de l’analyse de situations dangereuses ou révoltantes est convaincante et nous engage encore maintenant à poursuivre son œuvre et son combat. Pendant la guerre, Jules Isaac entreprit la rédaction de Jésus et Israël mais il rédigea également Les Oligarques qui dénonçaient les compromissions et les turpitudes du gouvernement de Vichy en les transposant dans le cadre de la rivalité entre Sparte et Athènes dans Antiquité grecque.

Danielle Delmaire , Présidente de l’AJC Lille et Membre du Comité Directeur de l’AJCF

Photos : Robert Kaufmann sauf la première (La Baume) de Dick Pruiksma